PROVERBE XLIII
La Rose rouge. — Qui dit ce qu'il sait, qui donne ce qu'il a, quijad ce qu'il peut, n'est pas obligé à davantage, (Pag. 259.)
Nous ne sommes plus au temps oii Ton peignait tout bonnemont des roses rouges, cnnmie M. Brossard, et des bras d'or, comme M. Cmulon. La mythologie, Tliistoire, Tallrgoriesont mises à contribution pour di corer les boutiques des Parisiens du 19*' siècie. Queiqueîois l'enseigne vaut plus que tout le fonds du magasin. Quel est le marchand qui voudrait aujourdhui pour enseigne de sa boutique, une poignée de main, il n'y a plus d'amis que jusfju à la boufse; un signe de la croix, on n'en tait plus; une boune foi, cette marchandise n'entre jamais en magasin; une juste balance, ce serait une mauvaise plaisanterie, elle ne ressemblerait pas à celles de, la boutique. Il faut aux gros magasiniers des tableaux de grande dimension : desMercures, avec tous ses attributs et des ailes aux talons; des vestales ou desVénus sans ceinture, pour des magasins de mode ; Rousseau et sa cbère pervanche , pour une boutique d'àpotbicaire ; la fontaine de jouvence, pour une maison de baius à vapeurs; IMorphée versant ses pavots, pour les cabinet, littéraires;^ un tableau, représentant les onze mille Vierges, à la fenêtre d'une sage-femme ; les plaies d'Egypte, au-dessus de la porte d'un médecin; l'enfer de M. Ciceri, au fronton d'une maison de jeu ; Lucrèce ou la cliaste Suzanne, pour les appartements au-dessus; l'enfant prodigue, gardant des pourceaux, au-dessus de la boutique d'un juif ou d'un préteur sur gages; le portrait de la modestie eu pied, pour plus d'un Athénée; le sérail de Constanlinople, où de belles odalisques brûlent des pastilles de myrrhe ou d'encens, pour décorer des cabi-
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|\ij lî NTR ACTLS DES PROVERBES
notsiraisanco, ou des fosses mobiles inodores; des soleils levant pour cerLiins magasins, où l'ou n'j voit goutte en plein midi; et pour beaucoup de boutiques, des clairs de lune, afin que si l'occasion s'en préscute, les propriétaires puissent faire des tj ous à la maîtresse d'Endvmion.
La duclicsse de *** était en voyage, : elle est prise par les douleurs de l'cnfanlrment , et obligée de s'arrêter dans un bourg , et d'envover. chercber le barbier décoré du titre de rliirurgien du lieu; raccoucbemenl se fait le plus beurcusement du monde, presque sans mal ni douleur. Jusqu'ici le fratcr avait été plus occupé à guérir des maladies de cbevauv et d'àncs qu'à accoucber des ducbesses. La femme du procureur liscal se serait bien gardée de se faire faire la plus petite opération par un homme qui maniait mieux la flamme que la lancette, et plus expert à inciser des javarts qu'à opérer sur le corps bumain. (Glorieux de son opération, il sollicite et obtient la permission de décorer sa boutique dune enseigne, qui, se mêlant majestueusement avec ses savonnettes cl ses plats à barbe, attestât son bonbeur et ses succès. Il va trouver un Kapl)aclenlettresmajuscules,etlcpried inscrire, sur le fronton de sa boutique : J/' Guillaume, experl-chirurgicn juré, accoucheur de monseigneur le Duc de *** . Le peintre en devanture, qui était un malin, satisfait les désirs du fraler, et délivre au barbier de l'endroit un certificat de balourdise en lettres moulées.