M. DE LA RIVIÈRE, M. DAYARIN
ai. DK LA KIVIÈRE.
En vérité, monsieur, je me reproche tout ce que vous nie faites taire; c est une espèce d'inquisition, et vous allez l'aire décrier ce coUége-ci, avec toutes les entraves que vous voulez que j'y mette. .
M, d'avarin.
Ali! monsieur, vous ne me blâmerez plus quand vous serex Insliuit de tout ce que je viens d'apprendre.
M. DE LA RIVIERE
Tenez, vous et moi nous ne sommes plus jeunes : pourquoi vouiez-vous enipeclier la jeunesse de rire? Souvenez -vous quind vous étiez au collège et mol aussi , de toutes les plaisanteries que nous taisions, pour passer un temps que nous trouvions tort dur alors .
M. d'avarin.
Il est vrai, mais ni vous ni moi n avons jamais fait de pareilles intamies pour nous amuser.
M. DE LA RIVIÈRE
Mais où est donc votre charité, d accuser ainsi des gens qui n ont que de la gaieté?
M. d'avarin.
Si j'accusais à tort
M. DE LA RIVIÈRE
On croit souvent entendre des choses qui ont un tout autre sens quand ou est au fait.
M. d'avarin.
Eh hicn, monsieur, c'est que j'y suis au fait, voilà pourquoi je vous parle si hardiment; et quand vous craignez que cette maison- ci ne perde sa bonne réputation , moi je crains qu'il ne soit déjà trop tard pour la l'établir.
6o DAMF JRANNE.
M. Vt. LA UlVltRE.
Vous Ul'cfllMVCZ .'
M. u'aVARIN.
Vous u'ëtcs pas an bout.
ai. DE LA niviÈRt.
Parler donc.
M. d'aVABIN.
Eli bien , nionsieur lo pruu ipal , celle Daine Jeanne doui ils parlent luus les jours....
W. DE LA RIVIÈRE
Achevez,
M. DAVABIN.
Je ne sais romtnenl vous Une cela Rien ncst plus
allreux , et la pudeur —
M. DE LA RIVIÈRE
Mais entre nous autres tout se peut dire.
M. DAVARIN.
Je le sais bien. Celte Dame Jeanne l'ait tout leur bonlicur.
M. DE LA RIVIÈRE
Parce qu'ils rieul en en parlant; vous verrez que c'est quelque enlauce.
M. d'avartî*.
Enfance tant qu il vous plaira, mais elle est grosse.
M. DE LA rivière.
Que dites-vous là I
M. DAVARIN.
Elle est dans la maison , je viens de le leur entendre dire.
M. DE LA RIVIÈRE
Cela serait affreux ! et je ne puis le croire.
M. DAVARIN.
Vous le croirez peut-être , qunnd elle y sera accouchée.
M. DE LA RIVIÈRE
Accouchée?
w. d'avarin.
Oui, monsieur.
Ici?
Oui, ici.
DAME 3EA.NNE. 3l
M, DE LA RIVIÈRE
M. u'aVARIN.
M. DE LA RIVIÈRE
Quel cruel cgaremenl.' ô moa Dieu! comment permettezvous que des eufants élevés dans votre sein , tombent dans les embûches de fesprit malin.
jM, d'avarin.
Il n'y a point de temps à perdre.
M. DE LA RIVIÈRE
Inspirez-moi les moyens , ô mou Dieu ! de ramener vos ])rcbis égarées par la faute de votre pasleur trop indigne.
M. d'avarin.
Si vous le permettez , je Aals faire des perquisitions , qui nous metlroul à portée de prendre des mesures qui d- t:uironliC-. suites d'un pareil commerce, et le scandale qui pourrait tomber sur celle maison.
M. DE LA RIVIÈRE
Faites ce que vous croirez convenable, mais avec prudence 5 il. sérail aUrcux dliuniiàer ses litres injustement. Soyez bien siir avant que d'agir.
w. d'avarin.
Eh bien , interrogez-les , pendant que je vais chercher partout.
C'est à quoi je pensais.
M. d'avarix.
Vous devez vous attendre qu ils nieront tout, ainsi dites que vous eles certain de ce que vous avancerez.
M. DE LA RIVIÈRE
Mais le suls-je, et dois-je mentir?
M. d'avarin.
Mentirez-vous en leur disant ce que je viens de vous apprendre? ne i'avez-vous pas entendu?
52 DAME JEANNE
M. DE LA RIVIÈRE
Il est vrai ; in;iis les lioiiinics sont sujets l> rcrrear : Omnis Jiomo nn'iulax ; cl lors(ju'il est question d accuser son piocliaiu....
M. d'aVARTN.
Son procliain? ils sont confies à vos soins, et vous répondrez à dieu de leur c'^a renient.
IM. DF. LA RIVIÈRE
Eh bien , je vais 1 implorer pour savoir....
M. DAVARIN.
f jCS voici qu: viennent de ce côté-là , écoulez-les ; cela pourra peut-être vous délerminer.
M. DE LA RIViÈldif.
C est une trahison indigne de surprendre un secrel : je leur parlerai amicalenienl , avec douceur.
M. d'aVARIN.
Et ils se moqueront de vous.
Je ne saurais le croire.
M. d'aVARIN.
(^>uand on est criminel , on fait peu de cas des hommes vertueux 5 mais vous êtes le maître , et vous ferez ce quil vous plaira. Pour moi , je regrette le temps que j'ai perdu ici à vous parler, sans pouvoir vous convaincre. Je vais chercher les movens de vous prouver que je ne vous en ai pas imposé.