‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 283 sur 339 · PROVERBE LX · texte numérisé non relu

PROVERBE LX

L'Importun. — A quelque chosl- tnatheur est bon. (P;ig.65.)

Ail! que les graoïls paricars par moi sont détestés!

On dit ordinairement que celui qui parle beaucoup , dit bien des sottises :

Quand le malLcur ne serait bon Qu'à melire un sut à la raison.

Toujours serait-ce à ju^te cause, Qu'on le dit bon à quelque chose.

On soubaite la paresse d'un mécbant , et le silence d'un sol, a dit Cbampfort. Une des lois de la socif'té est de nclre point importun. Le Bavard tient le dé de la conversation, et comme le vicomte des Bornes du proverbe , il dit ce qu'il croit, ce qu'il souhaite, ce qui! sait, et ce qu'il ne sait pas : sa langue va comme un cliquet de moulin ; il joint tant de circonstances à son récit, qu'à la fin il oublie le sujet dont il parle. Son intempérance de langue, ne lui permet pas de s'arrêter un moment ,

C'est un moulin dont on entend le bruit.

Et dont Jamais on ne voit la farine. (Prov. arabe.}

et sop éternel refrain ; quand je dis cela, je ne dis pas cela, est le cachet des grands parleurs qui babillent toujours , et ne disent rien. C est un travei's très-commun dans ce bas-monde, et d'autant plus insupportable , quil est ordinairement le propre de la sottise et de l impertinence. Il ennuie et déplaît. Le Bavard est un homme gâté dout on écoute toutes les sottises avec trop de complaisance, et qu'on a accoutumé à les prodiguer sans raison.

Imprudence, babil et sotte vanité , Ont ensemble étroit parentage :

Ce sont enfants tous d'un lignage.

Il n'y a qu'un moyen à prendre avec de si grands causeurs, dit Tbéopbraste , c est de faire comme fait la comtesse , si

DU TOME m. IXXXV

l'on -veut du moins éviter la fièvre. Car quel moyen de pouvoir tenir contre des gens qui ne savent pas discerner votre loisir, ni le temps de vos affaires.

Tout homme qui parle tant ,

Et cherche en vain J'art de plaire..

Serait plus divertissant

S'il savait l'art de se laire.

Le vicomte des Bornes , a cependant un côté plaisant , c'est lorsqu'à l'exemple de certains auteurs dramatiques , il compose une pièce avec des bribes d'autres pièces , connue un habit d'arlequin; il lui importe peu que les vers soient trop courts ou trop longs : celle bagatelle ne l'inquiète guère. D'ailleurs , en ajoutant à ceux qui sont trop courts , ce qu'on peut retraucber de ceux qui sont trop longs, on est toujours sûr à la fin de trouver sou compte et sa mesure.

Page 1