‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 291 sur 339 · PROVERBE LXIX · texte numérisé non relu

PROVERBE LXIX

îiA Guinguette. — Tout chemin mène à Rome. (Pag. a55.)

Cela signifie que quels que soient les détours qu on ait pris, les retards qu'on ait apportés , les moyens qu'on ait employés, on finit par toucher au même but,

II arrive souvent que, quoi qu'on se propose , Deux différents effets viennent de même cause. Et que trompant les soin'; de l'esprit le plus fin , Deux moyens dift'cients ti^ndeiit à même fin.

Il y a dans ce proverbe, un liuissier, M. Battu, qui sent bien son nom. Il est viai que le caractère de bassesse et d'ineptie des sous-officicrs de justice de ce temps-là , prêtait singulièrement aux plaisanteries bouflbunes des pelits-maitres , et ;iux incartades un peu brusques Aes pluniels , et des gens de guerre , espèce rudoyante et de nature peu courtoise : aussi servaienf-ils de plastron aux aventuriers qui frottaient souvent le dos de ces malheureux aveti de /^/i*/z7e de cotict, en paiemenfdes assignations dont ils étaient porteurs. Regnard a essayé sur eux le mordant de sa piume. Autrelois les huissiers n'étaient point obligés de savoir lire et écrire. Ils taisaient verbalement devant le juge le rapport de leurs exploits : c'est pourquoi on appelait leurs procédures, procès-verbaux du mot latin verbum. Ce que dit Piine le jeune, en se moquant des ('critures du palais [barreau) qu'il appelle , litterœ illilelatitsiniœ , des lettres très-illettrées , doit bien s'appliquera tout leur griffonnage.

Entre une infinité de traits qu'on pourrait citer de leur ineptie , on se contentera de rapporter le suivant : Le curé d'un village près de Paris , refusa les derniers sacrements à an moribond dont la conduite et les mauvais principes avaient causé un grand scandale ; les parents du malade i-equirCnt un huissier pour sommer le pasteur d administrer le mourant. Cet huissier dresse la sommation dans ces termes : sommé et interpelléM.*'^*, curé de***, d'administrer dans le jour /es der-

XCVJ ENTR ACTES DES PROVERRES

nicrs sacrements, au sieur***, son paroissien, étant h celte heure de relevée dangereusement malade, ce que de droit; suwn et à faute de comparoir, et défaire dans ledit jour, et i celui passé , proteste que la présente sommation vaudra h-sdits sacrements , à ce qu'il n'en ignore, u

Monsirar Loyal, porlear d'oue sentence , Chez Paul entra suivi de deux recors; l.» , tous les trois voulaient en conséquence Apprclicnilrr ce débiteur au corps :

(^ui rennaot l'huis , d'injure les accable. Procrs-verbai où l'huissier, peu traitabic. Sur ses genoux griffonne enfin ces mots : Et le iUtJit . d'engeanci- du grand diabU . 'l'railé m'aurait , tt mes recori, de lots; Ce que j' affirme être très-véritable.

C'est surloiit à l'art de plaire en littérature , qu'on peut appliquer cet axiome:

Tous les moyens sont bons, pourvu qu'on réussisse.

On accuse bien souvent les bons auteurs de plagiat. Molière lui- même ne lût pas exempt de ce reprocbc. I>a scène du pliilosoplie Pyrrhonicn, dans le Mariage forcé ^ se trouve mol pour mot dans Rabelais; le Médecin malgré lui , est tiré d'un récit de Grotius , et se trouve également dans Oléarius. Molière a dérobé à Cyrano de Bergerac une scène entière du pédant joué, pour la mettre en œuvre dans les Fourberies de Scapin. George Dandiu, est tiré diin conte du décaméron de Boccace. Mais ces génies privib'giés se sont rendus propriétaires des pensées de leurs devanciers par le tour beureux qu'ils leur ont donné, et par lingénieuse application qu ils en ont faite. D'ailleurs Ibomme est condamné par sa nature, à rouler dans un certain cercle d idées données ; ce n'est que le vêtement qu'il renouvelle sans cesse qui donne à ce qu'il revêt nn air nouveau et de mode. Le but est atteint, si le public y trouve son plaisir. >i'importe à quelle source un auteur ait puisé , s'il a ravivé cette source, et rafraîchi la pensée. Desraajeis accusait publiquement Boileau d'avoir pillé dans Juvénal

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