PROVERBE LXX
L'Amateur du tragique. — Il faut battre le fer tandis qu'il est chaud. (Pag. aSg.)
Qui néglige l'occasion La perd à sa confusion.
Ce proverbe a -pour but de démontrer que le meilleur moyen de réussir auprès de certains horauies , est de caresser leur foible : quand on le connaît , il faut tourner ses batteries de ce côté. SouA'ent l'expédient qui paraît le plus chétl! en luimême, est justement la clei qui ouvre leurs cœurs. Il faut les décider malgré eux , et brusquer l'occasion sans leur donner même le temps de réfléchir. Tendrevilie est enthousiasmé de la tragédie ; un petit coup du bout du doigt sur cette corde sensible le chatouillera plus que si vous vantiez sa probité, ses connaissances , son mérite ; pour lui ce dernier est dans son amour pour le tragique : le poisson est dans la nasse. Ariste se croit le plus bel homme du monde; il s'imagine que toutes les femmes raffolent de lui. Louez ses belles dents, sa main blanche, son teint frais et vermeil , sa mise recherchée, sa tournure élégante ; vous vous emparerez plus aisément de sou esprit, que si vous portiez aux nues toutes les brillantes qualités qu'il peut avoir d'ailleurs.
La sensibilité tragique de M. de Tendrevilie, est amenée adroitement au point précis où le veut Du Rivaut pour l'étourdir, et pour couronner les vœux de son ami. C'est surtout en intrigues d'amour qu'il faut saisir l'occasion.
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Xrviij ENTRACTES DES PROVERBES
Il ctl il'hrurrax momentl, des moments od le cœar l'Ul ourrri *.id> (lèfeDiC el D'allrrid qu'an vainqueur; Miia ii r«ut les Mitir , il faut qu'un Ira épie : L'occaaiun eal une el veut élr» rarie.
Oporttt fcrriint Utndci i.- ilutn nilnt. (Prov. latin.)
l'IUJN I.KHM LXXI.
Le Médecin gourmand. — Oui se fait brthis , le loup le mauge. Cl'.-«i<. 277.)
Trop dr bonté MiarrnI rnfiinle le mépris; Det bienfaits |>rudi^iiè« Ici est le juste prix.
hicn n'csl plus liiie tjui' la v<''rilable honli-; la plupart île ceux qui crovent eu avoir, uVmi orilinairi'iiient qui- ilc la laihk'ssc , coiunit' M. ilf Ikiruuilc du piovi'ihr. ImI iloiiccur, qui vient de la pusillaniinit'' ou de l'indolenre, n'est point l)nnt<' : poin- ('■iri- hon , il faut savoir ne Tihre pas toujours. I.a bonté p'.ail dans la con\eisali<>n plus que l esprit , el , peinte sur le visage, elle est plus aimable que la beauté. Il n'est ni commerce ni socii'lé dans le monde , qui puisse subsister loni;temps sans la bonté , ou du moins sans quelque chose qui lui ressemble , el qui en tienne lieu Cela est si vrai , que les hommes ont été obliijés d'inventer une espèce de bonté, artificielle qu'ils ont appelé ^o///«'.î.ïè , et de la ré'duire en art : mais sans un fond de bonté réelle, la polilcsse n'est qu une liApocrisie de convention. La bonté dans un prince, est une grande vertu sans doute , mais dans l'administration de la justice, ce qui est induli^ence excessive, devient faiblesse el injustice envers les autres. Bossuet dit à ce sujet , qu une once de justice, vaut mieux qu'une livre de clémence. Il esl presque passé en maxime, que les bonnes gens ne sont pas ceux qui ontle plus d'esprit. La Fontaine, si connu par sa bonhomie, serait une preuve du conli-aire. D o u peut provenir un préjugé si injurieux à la bonté? Le voici, si je ne me trompe. Le monde est plein de mauvais connaisseurs qui prennent volontiers pour spirituel ce qui n'est que méchant. Un trait malin lancé
DU TOME III. XCix
ilans un cercle met le feu aux étoupes. 11 enflamme tant de petites passions, (ju'il ne manf|ue jamais son efTet. Le I)rîilot communique de proche eu proche sou artifice , el le médisant est proclamé bel esprit par la coterie , sous la présidence de quelque î^rand sot. La bonté poussée jusqu'à la d« bonnaireté est du|erie ou bêtise. Je ne conçois pas comment on pourrait être bon , si, dans le comnicrce de la vie, on voyait toujours de sang-froid tout ce qui se passe dans ce méchant microcosme , où, parmi ce qu'on est convenu d'appeler les honnêtes gens; le meilleur ne vaut pas grand'chose, comme le ditGombaut, dans une bnutadc de mauvaise humeur.
Le vice est tout leur enlrelicii.
Le luxe estjeur suurerain bien.
Leur table eu délices abonde.
Leurs pieds au mal sont diligents , £t les plus grduds marauds du monde Se uouiment les honnêtes gens.
Mais tant de passions offusquent , et oblitèrent la vue de presque tous les hommes, et chacun, d ailleurs, a tant besoin d'indulgence pour soi-même, que celte vertu est devenue réciproque, et qu'on est obligé de se souffrir l'un l'autre par raison, et de se détester, sans mot dire.
Le meilleur moyen d'être bon, c'est de faire sentir aux autres qu'ils ne pourraient être impunément méchants envers vous; heureux, ceux qui sont de ce caractère, on les devine, et on n'ose jamais leur manquer.
On dit proverbialement : // m'a fait chère de médecin^ car il défend ce qu'il y a de meilleur , et il le mange. C'est effectivement ce qui arrive dans le proverbe, et ce que pratique fort adroitement M. Bremin pour mystifier M. de Belronde. Oxenstiern a i'ait un petit chapitre sur la médecine, en ajoutant cette restriction : sans choquer les bons médecins. Le nombre en est si petit que je ne sais, en conscience, si je ne dois pas rire de sa réserve, ou si je dois limiter. Je suivrai alors leprécept e de l'Ecriture, qui dit : honora medicutn proptcr necessitaieni; mais je dirai aussi comme Champ-