‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 300 sur 339 · DU TOME III. CV · texte numérisé non relu

DU TOME III. CV

mettre que ce qu'ils approuvent eux-mêmes , et qu'ils sont tout prêts à trouver bon ce que les autres condamnent. Ce sont de véritables fléaux de société 5 et malbeureusement on n'en trouve que trop qui se font un jeu de fronder l'opinion , ou de traverser les desseins d'autrui tout étrangers qu'ils leur sont. On peut dire d'eux , que pour le plaisir de contrarier, ils trouveraient de l'bérésie dans le Pater noster.

L'envie, qui naît de la bassesse du cœur, est un vice qu'on ne saurait trop déguiser ; mais on est sujet , surtout dans ce siècle, à prendre pour de l'envie cet esprit judicieux de critique qui ne donne point d'entorse à la vérité, et qui ne bronclie point en fait d'honneur. Ce n'est pas toujours par un principe d'envie que les liommes sont fâchés du bonheur des autres. Si un homme, par exemple, est dur, hautain, superbe, tyrannique; s'il est parvenu, à force d'intrigues, aux cliarges , aux honneurs , aux avantages destinés à récompenser et à encourager les talents , le chagrin que son bonheur excite s'étend aussi loin que sou pouvoir : il est un mal pour ses égaux , pour ses inférieurs , pour ses supérieurs mêmes , non parce que cet homme est heureux , mais parce qu'il l'est injustement. Ce n'est plus de l'envie, c'est au contraire un sentiment d'équité conlorme à la morale , et qui s'accorde avec le respect dû aux lois.

Tous les grands moralistes auraient donc été taxés de cette envie! Et que deviendrait la morale publique, si la vertu et le mérite ne trouvaient pas des vengeurs dans ces esprits éclairés appelés par l'élévation , la justesse et la profondeur de leurs pensées, à démasquer le vice, à entretenir dans l'ordre social ce foyer de vérités premières et conservatrices que tous les efforts des philosophistes ne pourraient éteindre, et que les âges ne sauraient obscurcir 5 destinés par leur vocation même à tenir le fléau de la balance bumaine, pour faire sans cesse la part du bien et du mal, et à faire pencher, s il se peut , du côté de la vertu toute seule , le plateau de la balance, que tous les vices réunis dans l'autre s'efforcent d'attirer à eux?

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