PROVERBE LXXVIII
La Perruque. — Il faut ménager la chlvre et les choux. (Pag. 407.)
Car, selon le proverbe \\.a\\Qn: Il jnontlo ejatto a scale ^ chi le scende , clii le sale. Le momie est lait à degrés, l'un y monte, l'autre en tlescenil. L'on ne sait pas à qui l'on peut avoir à faire ! Cela ne peut pas nuire.
Voici l'origine de celle façon de parler proverbiale : elle a donné lieu à une question propre à éprouver la sagacité de l'esprit. Un bomme étant d ms un bateau sur le bord d'une rivière, veut passer à l'autre rive un loup , un chou et une chèi're, sans qu'il puisse prendre plus d'un de ces objets à la fois. On demande lequel des trois ii transportera le premier, sans crainte que durant l'un de ces passages , le loup mange la chèvre ou que la chèvre mange le chou. Passera-t-il le loup le premier, voiià le chou en proie à la chèvre? prcndra-t-il le chou? le loup aura dévoré la chèvre avant qu'il revienne? donnera-t-il la prt'féreuce à la chèvre, il tombe dans le même embarras pour le vovage suivant j et pendant qu il viendra chercher ce qu'il aura gardé pour le troi>ième , la chèvjeou le chou seront croqués. Il y a néanmoins un moyeu. Quel est-il? C'est de prendre la chèvre seule au premier voyage. Le chou demeure avec le loup qui n'y touche pas. Au second il prend le chou et ramène la chèvre au lieu de laquelle il passe le loup qui , étant transporté à l'autre bord auprès du chou, n'y fera aucun dommage: enfin pour dernier voyage, Il revient prendre la chèvre qui étant demeurée seule, ne pouvait courir aucun risque.
C'est en suivant ce proverbe que bien des gens ont eu le bonheur de traverser sans encombre le torrent de la révolulion qui entraînait tout , et de paîvenir même aux premières dlgnlti's de lélat. Cela s'appelle bonheur ; mais il y a encore plus de souplesse que de bonheur. Il n'est pas donné à tout le monde d'aller à Corinlhe et d être assez maître de sa conscience pour transiger avec elle suivant les circonstances.