PROVERBE LXXVII
Le Mari. • — Qui se sent morveux se mouche. (Pag. 687 .)
Ce proverbe se dit lorsque dans la conversation on blâme quelque chose en général, et lorsque quelqu'un reconnaissant que sa conscience est chargée de ce tort, sait s'en faire justement l'application à lui-même.
Point de milieu : l'bjraen et ses liens
Sont les plus grands ou des maux ou des biens.
La vie humaine est une longue comédie. L'acte principal est le mariage. C'est celui oîi viennent aboutir tous les fils de l'intrigue, et qui noue toute l'action. C'est à la fois le centre des sympathies et des humeurs les plus contraires. Tantôt c'est un mélange de haut et de bas, de plaisir et de contrainte qui forme un spectacle vaiié à ! infini ; les scènes de ce drame sont quelquefois divertissantes et comiques , quelquefois sombres et terribles : tantôt c'est le tableau d'une félicité parfaite, ou d'un enfer anticipé. L'acteur chargé du rôle principal
CXIJ ENTR ACTIÎS DES PROVERBES
a des combats, des oppositions à soutenir, qui mettent sonvenl sa patience et son esprit à de rudes ('preuves. Ici , c'est un caractère d'ane trempe vigoureuse qui commande impérieusement l'obéissance ; là, c'est un compos*'- de pusillanimité et de faiblesse qui invile à le trabir ou à le jouer ; aujourd'hui c'est un tyran, demain un véritable Gtorgts Datidin; enlin , le mariai;e est le thermomètre du cœur humain. C'est souvent le temps où il est le plus bas que I on choisit pour songer à celte grande atlaire ; alors on se marie propltr opits, propter opes , propter opem ; et , après quelques mois d'expérience , on peut être dans le cas de dire :
Non, riiymen, qael qu'il soit, rst un dur esclavage, Une mer uù l'honneur bien souvent fait naufrage. C'est l't-cueil du plaisir : pour tout dire eu un mot, Cest une souricii re où l'on attrape un sot.
Pria d'entrar vi la f;abbia, Guarda con occhio attenta.
Che vane fian le lacrime.
Quando vi tarai dentro.
Le mariage est un singulier pays qui a cela de particulier : les étrangers ont envie de l'habiter, les indigènes voudraient en être expulsés. On a également comparé le mariage à une maison qui n'aurait qu'une seule porte d'entrée; il laut escalader les murs pour en sortir. Les moyens dont on se servait pour y parvenir, particulièrement dans ce qu'on ("lait convenu d'appeler le grand monde , étaient la séparation de corps et de biens, ou les appartements séparés. Le grand ton était de ne point cohabiter ; et deux personnes ayant contracté une société indissoluble , etohligées, par la loi civile et par la relii^iou, d'entretenir une union avantageuse à leur propre boubeur et à celui de l'état , étaient certes celles qui se voyaient le moins souvent : si cela arrivait , c'était par hasard ou par bienséance , ce préjugé si favorable à la morale relâchée :
Mariez-vons , c'est chose honnête. Je n'en serai jamais marri ; Mais ne soyez pas si béte Que d'épouser votre mari.
DU TOME HT. CXllj
et La relation sociale des sexes , dit J. J. Rousseau , est admirable. De celle société résuite une personne morale dont la femme est l'œil et l'iiomme le bras , mais avec une telle dépendance l'un de l'autre , que c'est de l'bomme que la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Dans l'harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin commune. On ne sait lequel met le plus du sien : chacun suit limpulsion de l'autre; chacun obéit et tous deux sont les maîtres. L'empire de la femme est un empire de douceur, d'adresse et de complaisance ; ses ordres sont des caresses, ses menaces sont des pleurs : elle doit régner dans la maison comme un ministre dans l'état , en se fiaisant commander ce qu'elle veut faire. En ce sens , il est constant que les meilleurs ménages sont ceux où la femme a le plus d'autorité. Mais quand elle méconnaît la voix du chef, qu'elle veut usurper ses droits et commander elle-même , il ne résulte jamais de ce désordre que misère , scandale et déslionneur. »
Quand un mari , quand une femme vivent de telle sorte entre eux, que ce n'est qu un corps et qu'une âme, ii n'est point d'état plus heureux; mais si Ton s'en rapporte à ceux qui sont sous la loi conjugale, c est la pierre phiiosophaie que n'être qu'un quand on est deux.
La chancelier Thomas Morus compare , assez brutalement, un homme qui se marie à un imbécille mettant la main dans un sac pour en tirer une anguille qui s'y trouve seule avec une centaine de vipères : il y a cent contre un, ajoule-t-il , que c est une vipère qu'il prendra. Le chancelier Bacon énonce une opinion directement contraire, et prétend qu'il y a tout au plus dans le sac du mariage une vipère contre cent anguilles. Le sceptique Lamothe-!e-Vayer nous assure que le sommeil dont Dieu assoupit notre premier père , avant de lui présenter une femme, est un avis de nous dé»ier de notre vue, et de prendre une femme les yeux fermés,
Saloxnon se connaissait bien en femmes , lorsqu'il s'écrie : Millier emfortem quis iiweniet/ Le choix d'une bonne lèmme
C\iv ENTR ACTES DES PROVERBES
ncst pas si Oicilc à l'aire (jue lUn pense; nioii n'en a fait qu'une, vl loul le monde sait <ju il eul I>ient<"»t .ieu «le s'en repentir. Souvent, dans ee choix , il laiit plus s'en rapporter à SCS oreilles (|U à ses \eux ; les unes vnu> disent a v. rite, les autres vous la caelient. I-e p.us i;ran<l ma l.iur (jui puisse arriver à uu hounéle homme, e'est d'être mal marie. Les anciens Juifs pensaient lort saj;eraent qu'il faut ile>cendre un d\'£^re pour prendre une lemnie, et en nionler un pour laire un ami, alin «juc eelui-ri notis protège et (jue l.iulie nous obéisse.
Une médaille ancienne représente d'un roté Ihvmen faisant le boni. eur d un couple inttressanl, et de l'antre rimn'.b.c lôlc de Méduse hérissi'-e de serpents qui lanrent leur venin. Un homme d un caractère biiarre et morose avait toute sa vie mal pari»' et plus mal pensi* des femmes ; il en ehoislt une à la (in , mais ilune peitesse extrême; e. lorsqu'on lui en témoignait de la surprise, il répondit : f^ous disitz loit.i que c'était un mal nécessaire ; hé bien , j'en ai pris le moins (jue j'ai pu. V\\ autre, à qui l'on conseillait tic se marier, répondit :
Dans les nœuds do l'Iivinrn à quoi bon s'engager?
Je soit un, cela doil suHirr;
Si i'6t.iis denx , mon état serait pire: C'est Lien assez de moi pour me faire enrager.
Mais, dans la nature humaine, il n'y a point de chose qui n'ait son bon cl son mauvais côté . ses avantages et ses inconvénients ; et comme l'on dit proverbialement, toute médaille a son revers.
Le mari du proverbe prend un parti sévère et vigoureux. A peine a-t-il monln'- du caractère, que sa (cmme perd son ton impérieux et nv prisant. Après avoir d'abord justidt' la moralité du proverbe, il tinit par prouver qu'un mari, quand il veut,
N'est pus un homme, non, qui se mouche du pied.
( Molirre.)
DU TOME Iir. CXV