PROVERBE LXXXII
Le Comédien Bourgeois. — A beau pré'eher qui n'a cœur debienjaire. (Pag. 4y5.)
Ne forçons point notre talent.
Nous ne ferions rien avec grâce.
Il faut dans le cLoix d'un état suivre rinspiration de son génie, si on en a; pour faire cuire un gigot de mouton, il faut d'abord du mouton, dit !e chevalier Gaulard : il franchira tous les obstacles et vous conduira sûrement au but qu'il a fixé luimême. Ovide, malgré les instances de son père, se fit poète. Ce qui arrive à Rohineau fils qui ne veut pas porter le moule aux tirets dans l'étude de son père, est précisément ce qui est arrivé k Crébillon. Son père, le destinant au barreau, l'avait placé chez un procureur; mais l'étude aride de la chicane est un aliment peu propre au g('nie. Toute la différence est que Rohineau père veut que son fils reste enfoncé dans la matière de la procédure et n'en veut pas démordre, tandis que le bon et loyal procureur deCrébiilon, attaqué d'une maladie mortelle, se lit porter à la représentation d'une des pièces du jeune renégat de la bazoche, et lui dit, après avoir été témoin de ses succès : je meurs content ; je vous aijaitpocte^je laisse un homme il la nation.
René Mole, qui a fait si long-temps le charme de la scène française, eut également à lutter contre les avis de ses parents, mais son goût passionné pour le théâtre décida de sa vie et de sa renomm('e. Placé dans un bureau de finance, il portait avec regret le fardeau dun travail dont laridilé lui devenait de jour en jour pius insipide, et dont ii (tait impatient de se débarrasser. L'ctude (le la comédie était un délassement plein d'altrails pour lui. Rendu de bonne heure à son bureau, très-
CXxiv ENTIi'aCTES des rnOVERBES
cxaclct laboricnx on apparence, il profitait de l'absence de ses chefs et «le ses camarades pour d«''rlamer des sct-nes de Iragi'-dles. Djnsson enthousiasme, et pn'ludantà ses liilurs snccès, il rangeait devant lui plusieurs chaises que l'ilUision lui garnissait de spectateurs, comme M. Itobineau se sert des tètes à pcrrufjue'i deson père pour conriiU'iil ou pour interlocuteur; du tapis vert de la tiibie, il se taisait un manteau lr;t:;i(juc,ct mont»'sur son bureau, (ju il se llgurait être un théâtre, il débiliùl tour à lonr les rôles de Séide, de Mahomet ou dEgyste. M. Blondel, intendant i]l'S finances, le surprit un jour dans le feu de la déclamation et de l'action ; il découvrit en lui le f^ermc dun grand talent , Tencoaragea, et lai procura même tous les moyens de donner l'essor à son goût pour le théâtre; c'est à cet homme géné-reux et éclairé que la scène française doit un excellent acteur <jui s'y est montré pendant tant d'années, et sans relàcht., sans émule comme sans rival.