‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 311 sur 339 · DU TOME III. CXXJ · texte numérisé non relu

DU TOME III. CXXJ

Elle enchante, ravit; tantôt douce et naïve,

Sa grâce au fond du cœur porte le sentiment :

Sa perfidie a l'air d'un long épanchement.

En passant par ses yeux, la noirceur, l'imposfnre "

Preunent l'expression de la simple nature.

Mais oa est souvent bien injuste envers les femmes, on en (lit toujours trop ou trop peu : ou ne parie pas assez des lemraes vertueuses et l'on parle trop de celles qui ne le sont pasj ou si l'on en parle, la moitié du monde prend plaisir à médire, et Tautre moitié à croire les médisances. I^e meilleur moyen d'engager les femmes à la constance, c'est de n'avoir pas l'air de se défier de leur fidélité.

«Une première aveuturequi inspire la fatuitéà un jeuneliomme,rend la fausseté nécessaire aux femmes, ditDuclosqui était tant soit peu épicurien; on a obligé un sexe à rougir de ce qui fait la gloire de l'autre. » Aussi une femme très-spirituelle disait un jour qu'elle rendait grâce à Dieu tous les soirs de son esprit, et le priait tous les matins de la préserver des sottises de son cœur.

Les dames, comme le dit Valpierre du proverbe, en savent plus long que nous en amour. Les liommes se laissent mener à la baguette comme les enfants à la férule; les premiers se façonnent an joug, comme les seconds apprennent à lire sans s'en apercevoir. Les femmes accoutumées à nous cacher sans cesse ce qu elles pensent, mettent surtout leur attention à dissimuler les mouvements qui les portent à la tendresse, et telle a peut-être à se vanter de n'avoir jamais succombé, qui doit moins cet avantage à sa vertu , qu à l'opinion qu'elle a su en donner.

l^a Bruyère, en parlant des femmes, semble, dès son début, les traiter avec beaucoup de réserve, de modération et d'indulgence; mais la fin de son chapitre ne répond pas au commencement. Ses derniers coups de pinceau sont hardis et vigoureux; et je doute qu il soit possible de peindre les femmes avec des couieurs plus trancliantes : j'en excepte cependant, au style près, un certain maître Olivier, licencié en droit ca-

CXXlj E.VTU ACTES DES PllOVERBES

non qui a friil un ouvr.ii^p iniituli- : .'llpUalnl de l'imnerfection et (te la rndtice tles Jemniex; avec cclu "^ p grapl e : île mille hommes j'en ai Irotn'é itn hon^ et de toutes tes J'emnies pas une. Il a drilit* son ouvrage à la plus mau\ aise (lu mnnfle..,. I>P (Irbul de sa prt'face n'est rien moins (luunc ;ipoiogie du beau sexe, car il dit à la première page, que In fcinme est la plus imparfaite crt'ature de l'univers, l'ennemie de nature, le séminaire de malheur, la source de querelles, e jc-net des insensés. Le lecteur s'attend bien que ce compendium trinjures trouve son développement dans la suite du livre qui ne laisse pas que d être rempli d'icU'es originales et s.ngu.iei es. Ne voit-on pas par expérience, dit-il , qne ics lenimes feront plus df'tit d"un Crésus et d'un INlidas en pi'cune, lût-il le p iis laid et le plus conlrelait du monde, que d un Soicn ou d un Arislolc en sagesse, fùl-il le p'.us gentil et e plus adroit de son siècle? En cflèt , sous le rapport des afièctions amoureuses, les caprices des femmes sont indéfinissables : tel e, comme la célèbre Nvpparcliia . pn'Ière un Crnlès difforme, crasseux et dt''goiii.uit, un vrai magot enfin, ;i un bomme qui, à tous les avantages extérieurs, joint toutes les grâces de l'esprit. Les mauvais sujets et les roiu-s sont la coquelurl.e de ces femmes élioiitt'es, aux veux desquelles un bonnèle bomme est un être insipide ; elles ne s'informent pas si un bomme a des ta'enls, des mœurs, de la probité, du mérite : pourvu qu'il ait ce je ne sais quoi qui les captive, ce ton libertin qui les enebantc, celte pbvsionomie de maître qui les entraîne, elles sont prises au filet. Si en voyant un fat, un freluquet, elles èisent: c'est un joli homme, c'est un charmant cavalier; c'est fini, leur to!e n'y est plus ; il faut que le cœur parte. Aussi voilà pourquoi il v a tant de sots mariages, tant de nœuds Ijiyarres. tant de réputations perdues, tant de faux pas , tant de brècbes à

l'bonneur, tant je n'en finirais pas.

Les Italiens ont un proverbe fort impertinent pour les femmes : la donna e conte la castagna, bella difuori, detitro è la magnana. La femme est comme une châtaigne, belle en dehors, mauvaise en dedans.

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Le Gouvé, dans son charmant poème du Mérite des femmes, les venge bien des satires des moralistes sévères, et des traits malins lancés contre elles par des écrivains cl des poètes trop causticjues .

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