M. GILLET
Eh bien , je m'en fie aux applaudissements du parterre.
M. CALIDAS,
Hé! ne me vantez pas tant votre parterre, vos snppôb du lustre, claqueurs impitoyables qui applaudissent jus(ju'au silence, ou crient à tue-lèle à bas les Icgts, au diable It paradis. Si vous leur demandez le sujet de leurs bravos si vils et si bruv.ints, ils vous diront qu'ils ne vous comprennent pas plus que la pièce; ils sont pav( s pour cela. Le parterre, auquel vous en appelez, fait paraître trop de caprice dans ses décisions. Souvent il applaudit ce qu'il devrait sillier, et siffle impitoyablement ce qu il devrait applaudir. La plupart du temps il est sottement entiché d'un mauvais ouvrage : heureusement l'impression le désabuse, et souvent, après un succès enlevé de vive iorce, l'auteur demeure dt'-shonoré.
M. GIELFT.
Je neredoutepas ce malheur-là. Jcfais imprimer mes pièces même avant quelles soient représentées; mais pour les comédies, ces petites productions d'esprit, ces bagatelles, je ne dis pas.
M. CALIDAS.
Tout beau , monsieur du Tragique , ne vous échaufiTez pas tant ; parlez de la com/'die avec un peu moins d'irrévérence. Pensez-vous qu'une pièce comique , qu'un sujet ingénieux , pris dans les mœurs du jour, doive moins coûter à composer qu'une tragédie? Détrompez-vous; il est plus facile aujourd'hui de faire pleurer les honnêtes gens que de les faire rire.
M. GIBLET , «l'nn ton railleur.
Voilà une singulière prétention : mais cessons loute dispute ; je veux, monsieur Calid.is, autant estimer vos chefd'œavres que je les ai méprisés jusqu'ici.
DU TOME IV. CXXXllj
M. CALIDAS.
Je me soncie fort peu de vos mépris, mon cher monsiem' Giblet. Je vous Hir ai même ma pensée tout entière , sans vous en épargner la façon. Vos vers sont ridicules, témoins ceux-ci :
Ou brillaut comme un feu que les villageois font, Pendant l'obscure nuit , sur le sommet d'un mont.
Pendant l'obscure nuit, sur le sommet d'un mont! Ne A^oilàt-il pas quelque chose de bien lumineux? Vous ne laites guère d'honneur aux anciens, que de les traiter d'une manière aussi plate. Et comment faites-vous parler les chevaux d Achille? comme des bétes , monsieur, comme des bêles. (Avec ironie.) Vous éticz bien inspiré î Et les mouches Iroyeunes dont Tliétis est occupée à garantir le corps dePatrocle, quen dites-vous? n'est-ce pas bien piquant?
M. GIDLET.
Eh bien , puisque vous avez si peu d'élévation de génie que vous ne sentez pas le sublime de ma poésie, je ne vous en dirai pas davantage.
M. CALIDAS.
Je vous en remercie de tout mon cœur : aussi-bien suis-Je déjà trop puni d'avoir entendu le commencement. Il vous sied btcu , monsieur de l'Emphase , de mépriser mes comédies ! La plus mauvaise est autant au-dessus de vos tragédies, que
M. GIBLET.
Trêve de comparaison. Grâce au ciel, la cour juge plus favorablement de mes ouvrages, et la pension dont elle a bien voulu
M. CALIDAS.
Croyez- vous m'éblouir avec vos pensions de cour? on sait trop de quelle manière on les obtient. Si jamais l'envie me prend de composer des tragédies, ou plutôt si le malheur veut que je ne puisse plus réussir dans le comique, en désespoir de cause , je me ravale à la tragédie.
CXXXIV E>*TR ACTES DES PnOVEr.BES
M. OfBI.ET.
Petit coniposltear de farces , vous avez bien de la vanité.
M. CAI.IDAS.
Grainl Pantalon, loul rlutmarr*'' des lambeaux du Pallios , ne vous gonflez pas tant.
M. GIBLET.
Si je n étais pas cbez vous, mon petit monsieur Calidas, la péripétie de celte discussiou vous apprendrait à respecter le
COtllUniC. ^11 fait un geste ofTensif.)