CXXV ENTR ACTES DES PROVERBES
Voici ma tragi'dic. T..ii Mort de PaUocle. Écoutez : Scène \" . Le ihéatre rcprrsenle le camp des Grecs. Briseis, cl les autres captives d'Achille, sont coucliécs par terre. Phénix, gouverneur d'Achille, les aide a se relever l'ime après r.iutre. Iln-tis est ocriipoc «H chasser, avec uu plumeau , les mouches qui se posent sur le corps de Patrocle (i).
rn^NiX (d^cKimant nvec rmpliase).
Pri«m va perdre Hector et sa superbe ville : Lrft Grecs ve'ilent venger le cumpagnon d'Achille; Lefier Agamerr.nnn , le divin Cameins; Nestor, pareil aax dieux , le vaillant Eamelus ; Léonte , de la pique adruit à l'exercice ; Le nerveux Diomède et l'éloquent Ulysse : Achille s'y prépare, et déjà ce héros Pousse vers Ilion ses immortels chevaux. Pour arriver plus tôt où sa fureur l'entriine , Quoique l'œil qui 1rs voit ne les suive qn'i peine. Il leur dit : CherXantbns, Balicis, avances ; Et lorsque vous serez de carnage lassés. Quand les Troyens fuyants rentreront dans leur ville , Regagner, notre camp , mais uon pas sans Achille, Xantbus baisse la tète, et répond par ces mots : .Achille, vous serez content de vos chevaux. Ils vont aller an gré de votre impatience; Mais de votre trépas l'instant fatal s'avance. Junon, aux yeux de bœuf, ainsi le fait parler, Et d'.Acbille aussitôt le char semble voler. Les Grecs , en le voyant, de mille cris de joie Soudain font retentir les rivages de Troye. Ce prince, revêtu des armes de Vulcain, Parait plus éclatant que l'astre du matin , Ou tel que le soleil, commençant sa carrière. S'élève pour donuer au monde la lumière; Ou brillant comme un feu que les villageois /ont , Pendant l'obscure nuit, sur le sommet d'un mont.
(Il demeure essoufflé.) Je suspcnds ma marchc rapide pour
vous laisser respirer un momenl. (il se repose pour reprendre hal.ine.)
(i) Le lecteur peut se figurer qu'il a'^siste à une lerlure chez quelque moderne madame Geoffrin , et qu'il voit la carafe et le verre d'eau de •ervice.
DU TOME IV. CXXxi
Tous mes ouvrages sont marqués au bou coin. Quand je les lis , il laut voir coiuuie on les applaudit. Je m'arrête à cliaque vers pour recevoir des louanges. Je me souviens qu'un jour Je lisais une tragédie dans une maison, où il va tous les jours de beaux-esprits à l'heure du dîner. La grande comtesse de Vieille-Brune y était. Elle a le goût (m et délicat. Je suis son poète favori. Dès la première scène, elle pleurait à chaudes larmes ; au second acte , elle fut obligée de changer de mouchoir ; au troisième, elle ne fit que sangloter; au quatjième, elle se trouva mal, et au cinquième, elle entra en convulsions , et je crus que d cidément elle allait expirer de compagnie avec le héros de ma pièce.
M. CALIDAS , étouffant de rire.
Ah I je reconnais bien la comtesse à ce trait. Cette femmelà a tant d'aversion pour le comique, qu'elle sort ordinairement après la grande pièce pour emporter sa douleur tout entière, comme la veuve d'Hector. Franchement , si je composais des poèmes sérieux , je voudrais avoir d'autres approbateurs qu'elle.
M. GIBLET.
J'ai i approbation de mille personnes du grand ton, tant mâles que femelles
M. CALIDAS.
Je me défierais encore du suffrage de ces personnes-là. Elles n'arrivent jamais, par ton et par coquetterie, qu'au troisième acte dune pièce , chuchotent, babillent, remuent les banquettes et font murmurer le parterre. Au quatrième acte, elles braquent leurs lorgnettes sur les loges , fout des mines , drapent leurs cachemiî*ss , médisent de leurs voisines , et ne daignent pas abaisser leurs regards sur le modeste parterre , le juge souverain des auteurs , le Minos des comédiens , le centre des vents et des tempêtes. Au cinquième acte, elles baillent d'ennui, de vapeurs et d'indigestion. D ailleurs , ces sortes d'auditeurs ont une manière à eux de juger. lis se laissent prendre à la beauté d'un vers ou à la délicatesse d'un sentiment, fût-Il solitaire. Une autre fois, entendent-ils un vers
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dont la daret*' leur blesse loprille , n'y eût-il qne celui-là dans la piére . il n'en faut pas davantage pour la décrier, bien qu elle fourmille de beautés.