PROVERBE XCVI
La Queue du CniFrs. — Ce qui tombe dans le fossé, c'est pour le soldat. (Pag. 5.4^.)
I/action de ce proverbe est fondée sur une gageure dont l'idée n a rien de bien saillautj mais elle se terjninc par uu trait de g;'oéro&ité auquel coopèrent les deux parieurs qui se trouvent s'etie joués l'un de l'autre. Ce qui motive le sens du proverbe , est le profit que tire la mère Babolein de ce qui fait l'objet même du pari , la queue du chien. Toutes les gageures dans le monde ne sont pas toujours aussi innocentes et ne se terminent pas toujours aussi beureuseinent que celle de co proverbe. C'est une question morale qui a souvent embarrassé les
DU TOMK IV. clj
jurisconsultes. Elle peut faire Tobjet d'une petite disserta tion qui , quoique ne tenant à la moralité du proverbe qu'assez indirectement , peut cependant occuper ici sa place , et n'est pas tout à fait hors d'œuvre , parce que cette question se reproduit souvent dans le monde. Mon but a été, je le répète, d'instruire en amusant, autant que le sujet pouvait le comporter. Celle analyse se réduit à l'examen de ces deux objets : Le premier, de savoir si les gageures sont des conventions licites : le second , si dans la supposition quelles soient licites , elles sont toujours ohiig.iloires : sous le rapport de la conscience , les gageures étant du nombre de ces jeux oi!i le b.asard seul décide , sans aucun concours de l'adresse ou de l'industrie, il me semble que la morale ne doit pas hésiter à les copdamner surtout à cause des conséquences qui sont presque toujours dangereuses. A la vérité, elles ne nous jettent pas dans un si grand désordre que le jeu , mais elles peuvent avoir en vue certains événements qui nous portent à des souhaits ou à des actions coupables. Par exemple, lorsqu'ayaut gagé qu'une telle personne mourra dans un tel temps , la crainte de perdre et l'envie de gagner, font désirer sa mort. La célèbre courtisane Pliryné, s'étant vantée d'avoir assez d'appas pour ne pas tendre inutilement des pièges à la continence de Xénocrate, mit en jeu tous ses charmes et tous les ressorts de sa lubricité pour le faire succomber, et n'ayant pu réussir, elle dit pour défaite , qu'elle avait entendu d avoir affaire à un homme et non pas à une statue. Les principes du droit sont conformes à ceux de la conscience. Plusieurs lois défendent les jeux de hasard et les jurisconsultes disent qu'il est de l'intérêt public de bannir d'un état les gageures de même que le jeu ; quia expedit reipublicœ ne quis rébus suis maie utatur. Il importe à l'état que chacun ne fasse point un mauvais usage de sa fortune. A Rome, il était défendu par des bulles, de faire des gageures sur la mort ou l'exaltation des papes , sur la promotion des cardinaux ; à Venise , surle choix des personnes qu on devait élever aux charges publiques. Un arrêt du parlement de Paris du ?.9 mars i'j63i, fait défense de gager qu'une telle
cîij entr'actes des proverbes
femme est grosse , ou cju'elle arcoucliera tl'un (ils on dune fille. Les casuistcs disenl que la i;.'igeure en soi el absliailcment prise est licite, el fjuVIIe n'est illicite qu'en tant (|u"elle a quelque rapport au péché , soit comme suite ou comme cause, soit comme motif ou comme objet; et les jurisconsultes tiennent «le même (|ue les i;ageures ne doivent élrc permises ou dilonducs, (|u'eo tant que leur objet est bon ou mauvais , que leur cause est honnête ou déshonnèie. En fait, les gageures appartiennent à ces conventions nue^ qui d'elles mêmes n'obligent [)()inl civilement : 1 boimeur souvent fait qu elles obligent : en droit elles ne sauraient obliger (|ue , lors(|u'à 1 exemple des obligations naturelles, elles sout aecompagn(-es dune condition (|ui équivaut à la stipulation, c'cst-à-dire la consignation du prix de la gageure.