PROVERBE XCV
Le Malentendu. — Le hasard sert mieux que la science. (Pag. 217.)
C'est ce qui arrive à bien des inventions humaines. Combien de découvertes ne sont ducs qu'au hasard. Les chances que nous appelons le hasard, nous servent quelquefois mieux que tout le mérite de nos travaux , et que toute la prudence de nos démarches. L'équivoque, qui (ait tout le nœud du proverbe, roulesur le mot os au lieu du mot eaux, li y a du naturel dans le personnage de M. Féhrui^m , médecin d'eaux douces, dont toute Tintelligence se trouve déroutée par les quiproquo qu'amènent ces deux mots. Il donne à madame l'abbesse une définition plaisante de l'avantage qu'il y a , pour la santé de sucer les os j ce qui ne conviendrait certes pas à l'estomac de bleu (Jes gens, qui aiment mieux avaler, que sucer. Le personnage de la sœur Saint-Basile, qui ne trouve jamais d'autre solution à une demande que cette répétition, parce que, est le portrait de beaucoup de personnes dont l'esprit ne seconde jamais ta mémoire ; qui ne savent définir ce qu'elles ont eu tète , et qui vous laissent toujours sur le hic.
On connaît le sens de ce dicton proverbial : de trois choses dieu vous garde : de et cetera de notaires , de quiproquo d'apothicaires et de boucons (appâts) de lombards (préteurs sur gage], J/isquaires (rusés). On peut y ajouter celui-ci : heureux le médecin qui vient sur le déclin de la maladie. Il s'applique parf'aitementau médecin du proverbe. Il a l'honneur d'une cure qui n'est due qu'au hasard. uTjn médecin , dit Duclos , ne saurait guère se passer duue sorte d'élouuence: éternelleracut obligé de conjecturer sur des matières très-douteuses, il l'est aussi d'appu\erses conjectures par des raisonnemenîs assez solitles, j'aurais dit spécieux , ou qui , du moins, rassurent et (lattent l'imngination ertrayéc. Il doit queiquefois parler pi-esque sans autre but que de parler, car il a le malheur de ne traiter avec les hommes que dans le temps préci-
cl entu'actes des proverbes
srmont où ils sont j)lus fail»lrsrl plus cnfanls r|iie jamais, Cctir puf'riliti' (le la malaclii" rci^nt' prinripalcniciil dans Ir grand inonde t-t surtout dans une moitié de ce grand monde qui occupe plus les m''dorins, qui sait mieux les mettre à la mode, el (|ui a souvent plus besoin d être anuisi-e que guérie. » Duclos a pillé ce passage dans Fontenelle : s'il ne l"a pas copié textuellement , il faut avouer qiie si les montagnes ne se rencontrent jamais , les beaux esprits peuvent se rencontrer.
Voici une petite anecdote qui prouve com])ien la dissidence, entre médecins , amène de bévues , et peut être fatale aux malades. Un malade fui visité par deux médecins , l'un lui ordonna Témétique, et Taulre le quinquina. C<'lte difTérence «l'opinion avant engagé le malade à consulter un troisième médecin. Celui-ci ordonna l'émétique et le quinquina tout ensemble. Ce mélange ne fit aucun effet : ce dont je doute j arriva un cbiniisle (|ui prouva que leffet dune de ces substances paralysait l'effet de l'autre. Quelle doit cire par exemple la perplexité d un pauvre malade qui se trouverait placé entre le
docteur P , et le docteur G... Leprenner d'il: si vous ne
saignez pas le malade , c'en est J'aie de lui. [/autre dit .-.<•/ vous le saignez, c'est un homme mort. Heureusement que le jugement n'est pas toujours sans appel.