PROVERBE XCVIII
Les Voisins et les Voisini-s. — Qui trop embrasse mal étreint. (Pag. 285.)
Il faut se mesurer et ne prendre sur soi que ce qui est proportionné à ses ['orces. Le malheur de la plupart des hommes vient de ce qu ils se mêlent à la fois de trop d'affaires. Qui a trop d'emplois n'en remplit bien aucun . Ce proverbe a quelque analogie avec celui-ci : qui compte sans son hôte, compte deux fois. Ce dernier signifie qu'on se trompe bien souvent quand on fait quelque projet sans la participation de celui de qui dépend l'exécution eu tout ou en partie. En effet, Tubleu du proverbe, compte sur M. d Orson pour commencer son plan de fortune, et bâtir ses châteaux eu Espagne ; mais ses espérances sont on ne peut plus mal fondées , car M. d'Orson meurt dans l'intervalle, el les projets brillants de fortune de Tubleu , sa voilure , ses chevaux tout s'en va à vau-l'eau. Ses voisins et voisines lui font [a figue dune manière originale et plaisante. C'est un tableau d'intérieur des ménages bourgeois rendu avec le pinceau du naturel et de la vérité. A Pai-is , les marchands qui s'enrici issent par le commerce se perdent par la vanilé. Ils aiment à singer les grands et font sur leur compte des histoi'-es qui n'ont pas le sens commun. Leurs femmes qui n'oiit pas moins d envie de paraître au niveau des lumières du siècle, lisent des romans historiques ou non , estropient
cllv entu'actes des phoverbes
1rs noms, confbn<lrnl les liistoires , et porlt^nl tics jugcmenU Vfril.ibU'niciil coiui(|ui*$ : elles sont larges dans leurs dépeuses boivent cl mangent par état et par manière d"acf|uit. Les travaux et les occupations de la semaine leur loiit une obligation d avoir les dimanches et ie.s jours de lele une joie bruyante , assaisonnée de jeus. de mains , de niches et de grosses es ■ piègleries.
C'était sur la lin <lu règne de Louis XV. lusage adopt»- par tous les petits maîtres, de porter deax montres. Le maréchal tie Kichelieu , ijuoique octog<'naire, était trop esclave de la mode pour ne p.is la suivre des premiers. Il t'tait occupé un jour à s habiller devant sa glace, et a composer son visage pour en déguiser les rides , et pour faire le jeune homme. Ses deux montres étaient étalées sur sa cheminée. Un de ces hommes scrviablcs dont il «'tait toujours entoure-, le félicite sur la beauté de ces bijoux. Connue il les tenait toutes les deux, il craint qu elles ne lui échappent : ce qu'il craignait arrive, Tune par l'ellél de la force centripète , gagne le parquet, il veut la retenir, et lâche l'autre qui >nh sa camarade. Honteux de sa gaucherie , il se ronlond en excuses : pourquoi vous désespérer, lui dit U'ancpiillement le duc,ye ne Its ai jamais vu aller si bien ensemble, une autrefois souvenez-vous, que, qui trop embrasse mal étreint.