M. COLLIGER, LABBÉ
M. COLLIGER, à part.
J'apprendrai donc enfin ce que je veux savoir.
l'abbé.
Ah cà , où eu étions-nous?
M. COLLIGER
A la veille du sacre.
l'abbé.
Ah, oui : nous nous assemblâiMes tous chez le Doyen, la veii'e, pour délibérer sur ce que nous avions à faire. Ce n'était pas le Doyen d'à-présent; mais c'était un bon vivant, qui faisait la meilleure rlière du monde; je m'en souviens comme si j y étaisj il nous donna un dîner excelieut.
M. COLLIGER
Supposons le dîner (Ini.
l'abbé.
Un inonien». Tenez, il me «emhie que je vols le dîner. Nons avions Acu\ poUipes sucru'enls : le Dovcn ;iiinait le pot;i^e, il me semMi' ([ue je le vois lit à le manj^erj e.ir r'('tail ici, rt'Ue maison lui apparlenail. Il y avait à rùl«* de lui le cli.inoine Lon^-Bruo, qui «'tail maigre et sec, mais qui hu^.iil bien du vin.
M. COI.LIGFR.
Cela n est pas nécessaire à savoir pour
l'atik.
Pardonnez-moi, c est pour vous prouver que ma mémoire est (idèle. A chaque b<iul de la table i! > avait des colelei'es de veau Le cbanoine Gobarten mangea sept à lui seul, et Raclart onze; il me semble (]ue je les vois ous deux boire « t manger. Gobart avait une bonne trogne; et coinnir il riait toujours quand il avait la bouclie pleine, et qu'il pariait, il ne faisait p.ts bon cire de ses voisins. Ce même jour, le cbanoine Blondinau s"en plaignit beaucoup : il était ilans une colère qui nous fit bien rirej il me semble (jue je le vois, (il riUong-iempa.)
M. COLt.IGFR, à part.
Quel hommeî quel bomme! Il ne (inira jamais!
l'abbé.
Je vais par ordre, comme vous voyez.
M. COLLIGIR.
Que trop.
Enfin, le dîner fut très-gai, et nous bûmes^ que c'était uu V)laisirl Je me souviens ilun vin blanc, dont les vignes ont <'té gelées depuis; il me semble que je le bols encore. Ce (|ui nous fâcha beaucoup, c'est que Gobart en c^ssa une boutei le avec un tire-bouchon qull avait acheté la veille à Monlmirel.
M. COLLIGEB.
Mais, monsieur l'Abbé....
LE CHANOIfîE DE REIMS. 97
l'abbé.
Vous voyez si j'ai la mémoire bien présente.
M. COLLIGER
Oui, mais passons à ce qui m'amène.
l'abbé.
Ah oui, cela est juste : j'y viens. Je ne sais si je vous ai dit tout ce que nous avions à dîné?
M. COLLIGER
Oui, tout.
Bien exactement?
Je vous dis que oui.
LABBE
M. COLLIGER
L ABBE
Je ne vous ai pas parlé d'un ujouton de Beauvaîs, qui était excellent, et que mon (rère m av.iit envoyr^^^. Il < Uiit chanoine à Beauvais, cl tl une tiiliel li avait prcs de six pieds; comme il atteignait à tout iàciiement, on i appciait ie chanoine Long- Bras.
]\I. COLLIGER
Mais vous vovez bien (jue v<ius me menez a Beauvais, quand il n'est question que de ce qui s'est passé à Reims. l'abbé.
C'est pour vous prouver ma mémoire et mon exactitude.
M. COLLIGER
Oui, mais je ne sais encore rien. Passez à la fin du repas.
l'abbé.
Cela est bien aisé h dire; je n'ai pas encore eu le temps de rien manger. J'avais pourtant une l)onne perdrix sur mon assiette; (i me semble que je la vois encore; mais, puisque vous le voulez, il n'y avait que six heures que nous étions à table, lorsque l'on servit le dessert. Il était beau.' dans le milieu il y avait un jambon. ...
M. COLLIGER
Ah ! je vous en prie