SCÈNE IT
MiîeDE PRÉCINVT, M. BERNIQUET.
M. BF.RMQUET, avant de parairre.
Oui, oui, par ici : je connais bien la maison. Dites-lui de ne me pas faire attendre , car je suis b'en pressé.
(Paraissant en noir, avec des pleureuses.)
Al) , mademoiselle , c est vous.' cela n'est pas malheureux; je ne m'ennuierai pas d'attendre monsieur votre père.
DE PRECINAT.
En vérité , vous me faites peur avec cet habillement-là.
M. BERNIQUET
Je compte pourtant qu'il vous fera bien rire.
]m"« de préctnat.
Vous voulez que je rie de ce que monsieur votre oncle est mort? Vous me croyez donc un bien mauvais cœur?
M. BERNIQUET
Tout an contraire.
m"« de préctnat.
Comment, que voulez-vous dire?
M. BERNIQUET
Vous le devinez bien , mais vous faites semblant de rien.
M"^ DE PRÉCTNAT.
Je ne vous entends pas.
M. BERNIQUET
El) bien , tenez , ce que vous me dites-là fait que je vous trouve encore plus charmante, parce que, moi , j'aime que les demoiselles aient de la pudeur. J'ai peut-être tort, mais voil.^ comme je suis.
M"e DE PRECINAT.
Vous me tenez là des propos fort étranges.
108 LE SOT HÉHITIEH.
M. BF.RNIQUF.T.
Cela n'est pas rlonnant, puisque je suis un t'iranger qui n'est pris (le Paris. Je croyais en v arrivant (ju'on n v entendrait pas la langue que nous parlons à Bélliune; mais on m'a entendu tout de suite : il a y a que vous qui ne vou.ez pas ni'entendrc.
n"« de PRÉCIiNAT.
Cela est bien vrai.
M. BERXIQDET,
Cependant je vous entends Men , moi ; je n'ai pourtant pas plus d'esprit que vous , du moins h ce que je crois.
m"« de précinat.
Il est bien tlatteur que vous vouliez bien m'en trouver un peu.
M, BERMQUET.
Moi , j en troiivc toujours aux demoiselles qui sont jolies, je ne sais pas pourquoi ; c'est , je pense , parce quelles font | un certain plaisir qui vous réveille le cœur.
m"" de précinat.
Kl vous croyez donc leur faire ce plaisir-là , vous?
M. BERNIQUET
Eh I mais à votre avis ; c'est à moi à vous faire celte demande ; je ne vous en parle pas encore , et jai des raisons pour cela.
m"<^ de précinat.
Vous ne voulez pas me les dire?
M. BERMQt'FT.
Non , mademoiselle , parce que je suis discret, on ma élevé à cela. Quand j'étiis petit , il v avait un monsieur qui venait toujours voir ma mère, quand mon père était sorti, et on me disait : Petit garçon , si vous dites que M. Guemecbon est venu ici , vous aurez le fouet; et moi qui avais peur de l'avoir, je ne disais rien, et je me suis habitué comme cela à ne dire que ce qu'il faut.
Bl"« DE PRÉCINAT.
Mais vous m'avez pourtant dit que j'étais jolie.
M. BERNIQUET
Ah .' mais dame, cela n'est pas uu secret, puisque tout le monde le voit; mais je ne vous dis pas ce qui s'ensuit.
m"« de PRÉCIN'AT.
Mais si je le devine, me le direz- vous?
M. BERNIQUET
Cola ne sera plus nécessaire, puisque vous le saurez aussi bien que moi.
m"« DE PRÉCINAT.
Je ne suis pas aussi discrctte que vous, moi 5 car si vous voulez, je vous dirai mon seci'et.
M. BERNIQUET
Je ne demande pas mieux que de îe savoir, quoique je m'en doulCj mais dites toujours.
M"« DE PRÉCINAT.
Retenez bien cela .
M. BERNIQUET
Oh, j'ai bonne mémoire.
m"« de PRÉCINAT.
C'est que je ne veux, pas me marier.
M. BERNIQUET
Ah ! oui , comme je vous croirai ! Les filles disent toujours celaj mais quand on les niarie , elles en sont bieu aises.
jjlle DE PRÉCINAT.
Tenez, voici mon père, vous pouvez le lui assurer.
M. BERNIQUET
Ah! que je m'en donnerai bien de garde. A d'autres, je ne suis pas si béte.
M"« de PRÉCINAT,
Vous pouvez compter pourtant que rien n'est plus vrai.
(Ell« sort.)
1 lO LE SOT HERITIER.