‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 70 sur 339 · M«« DE CLERSEL, LE DCC · texte numérisé non relu

M«« DE CLERSEL, LE DCC

M'"« DE CLERSEL.

Quoi! monsieur le Duc, vous êtes ici, et l'on ne me le dit pas! je suis furieuse.

LE DUC

Vous étiez en affaires.

M'^e DE CLERSEL.

Il n'y a rien que je ne quitte pour vous ; vos moments sont précieux. Vous m'avez envoyé demander si vous pourriez me voir j mais toujours....

LE FKIPON ORGUEILLEUX. IZfS

LE DUC

C'est que je m'ennuyais d'avoir été si long-temps sans savoir de vos nouvelles , et j'en voulais venir cljercher moi-même. Vous êtes toujours la plus belle du monde.

M™« DE CLERSEL.

Et vous , toujours le plus lionncte , monsieur le Duc j mais vraiment , j'ai une grande affaire à vous.... , à propos.

Qu'est-ce que c'est. .

ni™e DE CLERSEL.

Promettez-moi de ne pas me refuser.

LE DUC

Si cela ne dépend que de moi , vous pouvez en être bien sûre.

M™e DE CLERSEL.

Nous avons besoin de votre crédit.

LE DUC

Pourquoi faire?

W"^ DE CLERSEL.

C'est un fort bonnête bomme qui voudrait faire ériger une terre considérable en marquisat.

LE DUC

Est-ce ungentilbomme?

M^ne DE CLERSEL.

Non pas absolnment j mais un honame anobli, je crois, par des cbarges.

LE DUC

C'est un titre fort commun pour bien des gens , et ces grâces-là ne s'accordent qu'en faveur du mérite ou des services rendus à l'état.

M"e DE CLERSEL.

Mais avec de l'argent?.

Ali ! je vois que votre bomme a plus d'argent que de mérite.

l44 LE FniPO:>i ORGUEILLEUX.

M"' DE CLERSEL.

Il est vrai qu'il fst fort riclie , et je suis dans le cas tic lui avoir les plus grandes obligations.

LE DUC

Vous, madame?

M™« DE CLERSEL.

Oui , monsieur le Duc; et si vous vouliez, vous itne feriez le plus grand plaisir, et vous me rendriez le plus grand service

LE DUC

Je sais de qui vous me parlez , madame , et je suis bien étonné que vous vous intéressiez pour cet bomme-là .'

M'"" DE CLERSEL.

Mais je ne vous ai pas dit qui c'est.

LE DUC

Je l'ai deviné. Vous autres femmes, vous vous Intéressez comme cela pour les gens sans les connaître. Apprenez qu'il n'a tenu qu à moi de perdre votre protégé , parce qu il le méritait.

ai"' DE CLERSEL.

Vous vous trompez , monsieur le Duc.

LE DUC

Je ne me trompe point , et je vais vous le prouver. Je m'intéresse pour le Baron , je venais vous proposer de l'épouser j c'est un bomme de qualité qui fera son cbemin , et d'une fortune assez bonncte, pour être préférable à ce faste, qui, au lieu d'éblouir, rappelle la source impure où il a pris naissance.

M™* DE CLERSEL.

Ab I vous êtes charmant, monsieur le Duc! j'aime le cas que vous faites des honnêtes gens.

LE DUC

Aimez-les donc aussi , et ne me parlez point pour des gens méprisables.

W"' DE CLERSEL.

Je n'en comiais point, ou je me suis aveuglée.

LE FKlPOiN ORGUEILLEUX. l45

LE DUC

En ce cas-là, je vais tous dessiller les yeux : l'homme dont vous venez de me parler se nomme Bouffi.

M™" DE CLERSEL.

Il est vrai ; mais....

LE DUC

Laissez-moi achever. Il veut vous épouser, convenez-en.

M™e DE CLERSEL.

Je ne saurais le dissimuler.

LE DUC

Eh bien , apprenez que c'est de lui que je faisais le portrait dans tout ce que je vous ai dit.

M^e DE CLERSEL.

Il a sûrement des ennemis qui vous ont indisposé contre lui.

LE DUC

Ses ennemis sont ses vices, ils parlent très-hautement. Si vous en avez bien pensé jusqu'à présent , soyez détrompée ; tôt ou tard vous verrez la vérité de ce que je vous dis. W^e DE CLERSEL , à part.

Je suis anéantie !

LE DUC

Àh ! voici le Comte, enfin.

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