M°"= DE CLERSEL , LEDLC, LE COMTE, LE BARON
LE COMTE
Monsieur le Duc , d'après ce que mon fils vient de me dire de vos bontés ^ je viens les réclamer.
LE DUC
Dites , mon cher Comte : vous connaissez toute mon amitié pour vous, je vous servirai de tout mon pouvoir.
l46 LL FhirON OUGULII.LEIJX.
LE COMTE
*Une parl'ie de ma fortune est perdue sans votre protection; les lois incmes ne siiuraicnt mètre favorables , puisque je n'ai poiut de litres contre !e niallieuieux. eu qui j'ai eu une confiance aussi indiscrète.
LE DUC
Expliquez-moi votre affaire promplenient.
LE COBITE.
J'avais , il v a un mois , trois cent mille francs à placer; on m'indique une terre a acheter qui nie convient ; il ne s'agit que de terminer, mais il faut encore quelques jours. Une autre affaire m'oblige d'aller à la campagne. Je laisse mes cent mille écus à celui qui m'a proposé la terre pour conclure le marché, et je pars, comptant sur lui.
LE DUC
Sans quittance de ce dépôt?
LK COMTE, l'as la moindre.
M""» DE CLERSEL.
Comment ?
LE DUC
C'est l'usage, on ne saurait en demander; mais les gens lionnêtes devraient toujours en donner, iorsqu ils s'en chargent.
LE COMTE
J'écris plusieurs fois pendant mon absence, nulle réponse, cela ne m'inquiète pas, mais me fait imaginer seulement que mon marché est rompu. Je reviens , et comme on m'avait trouvé un autre emploi pour mes cent mille écus, je vais les redemander.
LE DUC
Eh bien?
LE COMTE
On feint de croire que je plaisante; je parle très-sérieusemeutj et l on me dit qu'où n'a nulle connaissance de ce que je
LE FRIPON ORGUEILLEUX. l/^j
demande. Je me souviens alors que je n'ai point de titre; je veux consulter pour savoir quels sont les moyens que je dois employer; je trouve mon tiis : il m assure que vous seul, monsieur le Duc, pouvez effrayer le coupable, et me faire rendre justice, et c'est à vous que j'ai recours.
LE DUC
El quel est ce misérable d^^positaire?
LE COMTE
M. Bouffi.
W^^ DE CLERSEL.
M. Bouffi!
LE DUC
Madame , voilà l'bomme dont je vous parlais dans Tinstant.
W^f DE CLERSEL.
C'est un monstre I Mais, monsieur le Duc, est-il possible qu'il y ait des gens dans le monde qui s'enrichissent par d'aussi affreux, luojeos et qui n'en soient pas déshonorés?
LE DUC
Que trop! Mais, mou cher Comte, avez-vous quelque témoin de votre confiance en Bouffi, lorsque vous lui avez remis vos cent mille écus?
LE COMTE
Oui, monsieur le Duc, son caissier; mais il est riche aussi, et je ne doute, pas qu il ne parle comme luij il a sûrement sa part dans toutes ses friponneries.
LE DUC
Je connais sa réputation. Je me charge de votre affaire : je vais commencer par envoyer chercher Bouffi.
LE BA.RON
On ne le trouvera pas chez lui.
W"i= DE CLERSEL.
Non, il doit venir ici.
LE DUC
Je vais l'y attendre, et j'espère que je pourrai le confondre.
l/j8 LE FRIPOÎÏ ORGUEILLEUX.
LE COMTE
J'entends une voiture.
LE BARON, regar Jaat à U fenÊtre.
C'est lal-méme.
LE DUC
Baron, entrez là dedans avec le Comte, je vous appellerai quand il le faudra.
LE COMTE
Ah! monsieur le Duc, que d'obligations! —
LE DUC
Vous perdez du temps.