‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 73 sur 339 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

M-ieDE CLERSEL, LE DUC, M. BOUFFI, LE BRUX.

LE BRUN

M. Bouffi.

M™= DE CLERSEL.

Je n'oserai seulement pas le regarder.

LE DUC

Avancez, monsieur Bouffi.

M. BOUFFI

Monsieur le Duc, je suis trop heureux que vous me permettiez de vous faire ma cour chez madamej je prévols l'obligation que je vais lui avoir.

M™s DE CLERSEL, indignée.

 moi?

LE DUC

Répondez-moi, monsieur Bouffi : vous connaissez sûrement M. le Comte de Valpreux pour un honnête homme?

M. BOUFFI

Oui, monsieur le Duc; il y a long-temps même qu'il m'honore de son amitié.

LE DUC

Eh bien, vous n'imagineriez pas de quoi il vous accuse?

M. BOUFFI

Moi?

LE DUC

Oui , vous : il prétend qu'il vous a remis en dépôt une somme de cent mille écus, et que, lorsqu'il vous l'a redemandée, vous avez nié ce dépôt; voilà ce que je ne saurais croire d'un homme comme vous.

M. BOUFFI

Monsieur le Duc a bien de la bonté.

JOp LC ir.IPON OIIGUEÏ^LEUX.

LE DUC

Il est important de savoir le vrai de celle afTairc.

M. BOUFFt.

Le vrai est que je crois quil plaisante.

C'est ce que je lui ai dilj car vous lui auriez donné une recounaissance d'un dépôt si considérable, vous, ou au moins votre caissier, qui était présent lorsqu'il vous l'a rerais.

M. BOUFFI

Cela n'est pas douteux.

LE DUC

Mais comment désabuser le public à qui il contera cette Jjistoire? Je ne sais commonl vous ferez, et il serait dt'sagréable pour vous de lui en donner une si mauvaise opinion : on vous recherchera sur d'autres imputations.

M. BOUFFI

Je reconnais bien la prolection dont monsieur le Duc veut bien m'honorer, et j'en suis comblé de reconnaissance.

LE DUC

Dites donc ce que vous ferez?

M. BOUFFI

Rien. N'ayant point de litre, celte accusation tombera d'ellemême.

LE DUC

Mais vous convenez que le Comte est un honnête homme?

M. BOUFFI

Il est vrai, monsieur le Duc.

LE DUC

Il serait affreux qu'il abusât de sa réputation pour vous déshonorer. J'imagine un moyen qu'il faut que vous employiez pour prouver que son accusation est fausse. M. BOUFFI.

Je suis pénétré de vos bontés, monsieur le Duc.

Mellcz-vous là, écrivez ce que je vais vous di.cl,er.

LE FRIPON ORGUEILLEUX. IJl

M. BOUFFI

Volontiers.

LE DUC

Celle leltre estpour votre caissier, écrivez, (ii dicte.) « Je suis )) acluelleineut vis-k-vis de M. Je Duc de Nervav, qui est in- )) struit du dépôt que m'a remis M. le Comte de Valpreux...

M. BOUFFI

Mais....

LE DUC

Ecrivez donc, (il dicte.) « Reuvoyez-moi les cent mille écus » par ie porteur de ce billet, sans retardj sans quoi, si cette )) ad'aire éclatait, je serais perdu sans ressource. »

M. BOUFFI

Monsieur le Duc, je n'écrirai pas cela.

LE DUC

Pourquoi?

M, BOUFFI

C'est qu'il n'est pas vrai que j'aie reçu cet argent.

LE DUC

S'il n'est pas vrai, nous verrons ce que répondra votre caissier.

M. POUFFI. •

Mais, en vérité , monsieur le Duc...

LE DUC

Avouez donc que vous clés un insigne fripon , et qu il ne tient qu'à moi de vous perdre ; songez que j'ai encore d'autres moyens, et que je les emploierai , si cet argent n'est pas rendu aujourd'hui.

l\i. BOUFFI.

Eh bien , monsieur le Duc , je vous demande bien pardon , mais je vous jure qu'il le sera.

LE DUC

Voilà, madame, l'homme que vous vouliez faire marquis.

M^e DE CLERSEL.

Ah ! monsieur, que me rappelez-vous !

LE DUC, àM. nouffi.

Restez ici. (Au Comte.) Monslcur le Comte , venez.

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