SCÈNE IX
M-ieDE CLERSEL, LE DUC, M. BOUFFI, LE BRUX.
LE BRUN
M. Bouffi.
M™= DE CLERSEL.
Je n'oserai seulement pas le regarder.
LE DUC
Avancez, monsieur Bouffi.
M. BOUFFI
Monsieur le Duc, je suis trop heureux que vous me permettiez de vous faire ma cour chez madamej je prévols l'obligation que je vais lui avoir.
M™s DE CLERSEL, indignée.
 moi?
LE DUC
Répondez-moi, monsieur Bouffi : vous connaissez sûrement M. le Comte de Valpreux pour un honnête homme?
M. BOUFFI
Oui, monsieur le Duc; il y a long-temps même qu'il m'honore de son amitié.
LE DUC
Eh bien, vous n'imagineriez pas de quoi il vous accuse?
M. BOUFFI
Moi?
LE DUC
Oui , vous : il prétend qu'il vous a remis en dépôt une somme de cent mille écus, et que, lorsqu'il vous l'a redemandée, vous avez nié ce dépôt; voilà ce que je ne saurais croire d'un homme comme vous.
M. BOUFFI
Monsieur le Duc a bien de la bonté.
JOp LC ir.IPON OIIGUEÏ^LEUX.
LE DUC
Il est important de savoir le vrai de celle afTairc.
M. BOUFFt.
Le vrai est que je crois quil plaisante.
C'est ce que je lui ai dilj car vous lui auriez donné une recounaissance d'un dépôt si considérable, vous, ou au moins votre caissier, qui était présent lorsqu'il vous l'a rerais.
M. BOUFFI
Cela n'est pas douteux.
LE DUC
Mais comment désabuser le public à qui il contera cette Jjistoire? Je ne sais commonl vous ferez, et il serait dt'sagréable pour vous de lui en donner une si mauvaise opinion : on vous recherchera sur d'autres imputations.
M. BOUFFI
Je reconnais bien la prolection dont monsieur le Duc veut bien m'honorer, et j'en suis comblé de reconnaissance.
LE DUC
Dites donc ce que vous ferez?
M. BOUFFI
Rien. N'ayant point de litre, celte accusation tombera d'ellemême.
LE DUC
Mais vous convenez que le Comte est un honnête homme?
M. BOUFFI
Il est vrai, monsieur le Duc.
LE DUC
Il serait affreux qu'il abusât de sa réputation pour vous déshonorer. J'imagine un moyen qu'il faut que vous employiez pour prouver que son accusation est fausse. M. BOUFFI.
Je suis pénétré de vos bontés, monsieur le Duc.
Mellcz-vous là, écrivez ce que je vais vous di.cl,er.
LE FRIPON ORGUEILLEUX. IJl
M. BOUFFI
Volontiers.
LE DUC
Celle leltre estpour votre caissier, écrivez, (ii dicte.) « Je suis )) acluelleineut vis-k-vis de M. Je Duc de Nervav, qui est in- )) struit du dépôt que m'a remis M. le Comte de Valpreux...
M. BOUFFI
Mais....
LE DUC
Ecrivez donc, (il dicte.) « Reuvoyez-moi les cent mille écus » par ie porteur de ce billet, sans retardj sans quoi, si cette )) ad'aire éclatait, je serais perdu sans ressource. »
M. BOUFFI
Monsieur le Duc, je n'écrirai pas cela.
LE DUC
Pourquoi?
M, BOUFFI
C'est qu'il n'est pas vrai que j'aie reçu cet argent.
LE DUC
S'il n'est pas vrai, nous verrons ce que répondra votre caissier.
M. POUFFI. •
Mais, en vérité , monsieur le Duc...
LE DUC
Avouez donc que vous clés un insigne fripon , et qu il ne tient qu'à moi de vous perdre ; songez que j'ai encore d'autres moyens, et que je les emploierai , si cet argent n'est pas rendu aujourd'hui.
l\i. BOUFFI.
Eh bien , monsieur le Duc , je vous demande bien pardon , mais je vous jure qu'il le sera.
LE DUC
Voilà, madame, l'homme que vous vouliez faire marquis.
M^e DE CLERSEL.
Ah ! monsieur, que me rappelez-vous !
LE DUC, àM. nouffi.
Restez ici. (Au Comte.) Monslcur le Comte , venez.