SCENE PREMIERE
CRIARDUS, TROTAS.
CRIARDUS 5 gesticulant avec les jambes.
Depuis long-temps , Trolas , je parcours ce palais, Sans savoir où je suis , sans savoir oii je vais.
TROTAS.
C'est Tusage, Seigneur.
CRIARDUS.
Quand j'ai quitté Corinthe, Croyais-je pour mes feux, que j'aurais quelque crainte?
TROTAS.
On traîne ses malheurs , en croyant qu'on les fuit.
CRIARDUS.
Un songe trop cruel sans cesse me poursuit.
TROTAS.
Détestez votre sort.
CRIARDUS.
Quel coup pour ma tendresse !
Je vois en d'autres bras ma divine Princesse .' Je ne puis de mon cœur bannir l'araoïir jaloux. Destin , cruel destin , ce sont là de tes coups I
TROTAS.
Je vous cache un secret, hélas !...
CRIARDUS.
Quoi ! la soupires?
Quel sujet? instruis-moi.
:iOO CRIAKDUS ET SCANDEE,
TROTAS
Non, je ne puis le dire.
CRIARDUS
Pourquoi dissimuler?
TROTAS.
Je songeais aux. tourments , Aux soupçons , aux ennuis , à la flamme , aux amants , A ce qui peut troubler une àme trop sensible, A tout ce <]uc lanioura de doux, de terrible, A ce qui doit causer le plus grand désespoir.
CRIARDUS.
Que dis-tu, cher Trolas; quoi! ne puis-je savoir....
TROTAS.
îNon , je ne puis parler.
CRIARDUS.
Quelle douleur le presse?
Faul-il mourir? mourons.... Oui , mais sans la Princesse?
TROTAS.
Il n'y faut plus penser.
(Il Se reuverse en arrière, et tombe sar le dos.)
CRIARDUS , le relevant avec le pieJ.
O ciel I quoi donc , Trotas?
Qu'est-elle devenue? Allons, viens, suis mes pas. Je ne saurais rester dans cette incertitude ; Marchons j courons, volons....
TROTAS.
Dans votre inquiétude Je dois vous arrêter 5 écoutez mon récit.
CRIARDUS.
Ah ! je n'y pensais pas. "*■
TROTAS
Je ne perds pas Tespril :
D'un confident discret c'est l'usage ordinaire ; Puisque je dois parler, je ne veux pas me taire. Daignez m'entendre , entin.
CRIARDUS.
Approchez ce fauteuil , Aussi-bien , cette nuit , je n'ai pas fermé l'œil.
TROTAS , traînant le fauleiiil.
C est donc le spectateur qu'ici je vais instruire : De grâce, écoutez- moi.
CRIARDUS.
Eh ! que veux.-tu me dire? •
Tu ne peux, adoucir le sort le plus afï'reux.
TROTAS.
Non , mais je dois parler de l'objet de vos feux.
Je reprends d'un peu haut. Lorsque pour la Princesse
Je vous vis de lamour, je fus dans la détresse ;
Je prévoyais les maux qni menaçaient vos jours.
Mais quoi, tu ne dis rien , et tu parles toujours !
TROTAS.
Voire amour pour Scand;-e enflamma de cplère Un père qui vous aime , un roi que l'on révère , Et qui vous destinait....
CRIARDUS,
Un objet odieux .'
TROTAS.
Parce que votre cœur aimait en d'anlres lieux. Avec Scandée , enfin , vous fuyez votre père : Nous abordons ici ; qu'y prétendez-vous faire? L'empeieur Poignardin a de l'esprit , des yeux , Et pour ne pas ai.mer, il n'est pas assez vieux : Auprès de la Princesse il paraît qu'il s'enflamme. Ah I craignez que l'amour n'embrase trop sonàme..,.
CRIARDUS.
Craiodrais-je que Scandée....
TROTAS.
Elle pourrait changer j J'en sais plus d'un exemple. Il y faudrait songer.
2U2 CniARDUS ET SCANDÉE,
CRIARDUS.
De quels soupçons cruels veux-tu ternir sa gloire? Malheureux ! que fais-lu? Non , je ne puis le croire.
TROTAS.
Je (lis que je le crains.
Rejetons loin tle nous....
Tu périras , tyran , redoute mon courroux : Mon bras armé , sur toi vengera cet outrage.
TROTAS.
Ah ! Seigneur, arrêtez; s'il ententl ce tapage.... On vient : si c'était lui , songez à (iler doux , Pensez à la Princesse , enfin pensez h vous,
CRIARDUS.
Puis- je ne pas crier dans ma juste colère?
TROTAS.
Fant-il pour étonner, devenir téméraire?
CRIARDUS.
De l'honneur s'il voulait ainsi trahir la foi.... A force de poumons je lui ferai la loi.
TROTAS.
Si vous vous enrouez....