‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 97 sur 339 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CRIARDUS, TROTAS.

CRIARDUS 5 gesticulant avec les jambes.

Depuis long-temps , Trolas , je parcours ce palais, Sans savoir où je suis , sans savoir oii je vais.

TROTAS.

C'est Tusage, Seigneur.

CRIARDUS.

Quand j'ai quitté Corinthe, Croyais-je pour mes feux, que j'aurais quelque crainte?

TROTAS.

On traîne ses malheurs , en croyant qu'on les fuit.

CRIARDUS.

Un songe trop cruel sans cesse me poursuit.

TROTAS.

Détestez votre sort.

CRIARDUS.

Quel coup pour ma tendresse !

Je vois en d'autres bras ma divine Princesse .' Je ne puis de mon cœur bannir l'araoïir jaloux. Destin , cruel destin , ce sont là de tes coups I

TROTAS.

Je vous cache un secret, hélas !...

CRIARDUS.

Quoi ! la soupires?

Quel sujet? instruis-moi.

:iOO CRIAKDUS ET SCANDEE,

TROTAS

Non, je ne puis le dire.

CRIARDUS

Pourquoi dissimuler?

TROTAS.

Je songeais aux. tourments , Aux soupçons , aux ennuis , à la flamme , aux amants , A ce qui peut troubler une àme trop sensible, A tout ce <]uc lanioura de doux, de terrible, A ce qui doit causer le plus grand désespoir.

CRIARDUS.

Que dis-tu, cher Trolas; quoi! ne puis-je savoir....

TROTAS.

îNon , je ne puis parler.

CRIARDUS.

Quelle douleur le presse?

Faul-il mourir? mourons.... Oui , mais sans la Princesse?

TROTAS.

Il n'y faut plus penser.

(Il Se reuverse en arrière, et tombe sar le dos.)

CRIARDUS , le relevant avec le pieJ.

O ciel I quoi donc , Trotas?

Qu'est-elle devenue? Allons, viens, suis mes pas. Je ne saurais rester dans cette incertitude ; Marchons j courons, volons....

TROTAS.

Dans votre inquiétude Je dois vous arrêter 5 écoutez mon récit.

CRIARDUS.

Ah ! je n'y pensais pas. "*■

TROTAS

Je ne perds pas Tespril :

D'un confident discret c'est l'usage ordinaire ; Puisque je dois parler, je ne veux pas me taire. Daignez m'entendre , entin.

CRIARDUS.

Approchez ce fauteuil , Aussi-bien , cette nuit , je n'ai pas fermé l'œil.

TROTAS , traînant le fauleiiil.

C est donc le spectateur qu'ici je vais instruire : De grâce, écoutez- moi.

CRIARDUS.

Eh ! que veux.-tu me dire? •

Tu ne peux, adoucir le sort le plus afï'reux.

TROTAS.

Non , mais je dois parler de l'objet de vos feux.

Je reprends d'un peu haut. Lorsque pour la Princesse

Je vous vis de lamour, je fus dans la détresse ;

Je prévoyais les maux qni menaçaient vos jours.

Mais quoi, tu ne dis rien , et tu parles toujours !

TROTAS.

Voire amour pour Scand;-e enflamma de cplère Un père qui vous aime , un roi que l'on révère , Et qui vous destinait....

CRIARDUS,

Un objet odieux .'

TROTAS.

Parce que votre cœur aimait en d'anlres lieux. Avec Scandée , enfin , vous fuyez votre père : Nous abordons ici ; qu'y prétendez-vous faire? L'empeieur Poignardin a de l'esprit , des yeux , Et pour ne pas ai.mer, il n'est pas assez vieux : Auprès de la Princesse il paraît qu'il s'enflamme. Ah I craignez que l'amour n'embrase trop sonàme..,.

CRIARDUS.

Craiodrais-je que Scandée....

TROTAS.

Elle pourrait changer j J'en sais plus d'un exemple. Il y faudrait songer.

2U2 CniARDUS ET SCANDÉE,

CRIARDUS.

De quels soupçons cruels veux-tu ternir sa gloire? Malheureux ! que fais-lu? Non , je ne puis le croire.

TROTAS.

Je (lis que je le crains.

Rejetons loin tle nous....

Tu périras , tyran , redoute mon courroux : Mon bras armé , sur toi vengera cet outrage.

TROTAS.

Ah ! Seigneur, arrêtez; s'il ententl ce tapage.... On vient : si c'était lui , songez à (iler doux , Pensez à la Princesse , enfin pensez h vous,

CRIARDUS.

Puis- je ne pas crier dans ma juste colère?

TROTAS.

Fant-il pour étonner, devenir téméraire?

CRIARDUS.

De l'honneur s'il voulait ainsi trahir la foi.... A force de poumons je lui ferai la loi.

TROTAS.

Si vous vous enrouez....

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