‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 98 sur 339 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

SCANDÉE, CRIARDUS, TROTAS.

SCANDÉE , menée par un chien à la coulisse.

Prince , de ma tendresse Je viens vous assurer ; mais , dieux ! quelle tristesse!

(Trotas la mène par sa robe à Criardiis.)

Amour, protcge-mol , protège mon vainqueur! Mais que vois-je, grand Dieu! quelle est cette fureur? Quel farouche regard l d'où vient cette colère? Vous ne répondez point : quel funeste mystère î

Je comptais avec vous adoucir mes douleurs , Serais-je seule, hélas.' à répandre des pleurs? O mon cher Criardus! parlez : que vais-je entendre?

CRIARDUS.

Depuis long-temps ici je suis à vous attendre ; Mais Poignardin , madame, ailleurs vous retenait j De son amour, sans doute, il vous entretenait: Qu'il est heureux î il aime , et vous le laissez faire. Qui l'eût dit qu'un rival , un jour, pourrait vous plaire? Que vous mépriseriez un amant tel que moi? Que vous pourriez , un jour, me préférer le Roi?

SCANDÉE

o ciell qui moi? Seigneur!

CRIARDUS.

Ne feignez plus , madame , Après tant de serments vous trahissez ma flamme I Je vais fuir de ces lieux ; j'abjure mon amour.

SCANDÉE

OÙ courez-vous, Seigneur?

CRIARDUS.

Je vais perdre le jour.

SCANDÉE

Vous me quittez, c'est vous qui me fuyez, barbare.

CRIARDUS.

Ingrate ! je vous fuis pour descendre au Tarlare ; Les tourments de l'enfer seront plus doux pour moi Que la prJsence, hélas ! d'une femme sans foi.

SCANDÉE

Soutiens-mol donc, Trotas.

(Elle lombe dans les bras de Trotas.)

TROTAS.

Elle perd connaissance.

De votre amour jaloux voyez l'extravagance. Quoi! sans l'entendre, ainsi faut-il la condamner? Prince, regardez-la.

204 CRIARDUS ET SCANDÉE,

CRIARDUS.

Rien ne peut m'étonner.

(Il la regarde.)

Comment! elle se meurt. Quelle aveugle colère ! Malheureux que je suis .' mais, hélas ! comment faire?

(Aux genoux de Scandée.)

Scandée , écoulez-moi , regardez votre amant :

Que ce regard est doux! grands dieux qu'il est touchant!

SCANDÉE

Quoi ! je suis dans vos bras I mon bonheur est extrême. Vous m'aimez donc , Seigneur?

CRIARDUS.

Oui , oui , oui , je vous aime.

SCANDÉE

Je craignais de vous perdre , et vous m'aimez toujours !

Oui , je vous aimerai le reste de mes jours : Cro\ez-en mes serments j à l'instant je le jure.

SCANDÉE , elle se lève.

Est-il besoin, Seigneur? votre parole est sûre . Je n'en saurais douter. Mais parions sensément , Nous nous sommes assez livrés au sentiment : x Quel parti faut-il prendre avec un roi perfide Qui veut vous outi-ager?

CRIARDUS.

Son père était Hercide , De ma mère l'amant. Sur la protection Du fils j'ai trop compté , je le vois , l'action De vous aimer le prouve; et cependant qu'en dire? J'en eusse fait autant : qui vous voit , vous désire.

TROTAS.

Mais , en parlant ainsi , quel est votre projet ? La Princesse l'a dit : il faut aller au fait. Je ne vous comprends pas ; je le vois avec peine, Vous n'eu savez pas plus qu'avant toute la scène.

TRAGÉDIE. 2o5

CRIARDUS.

Tu raisonnes très-bien ; je t'aime , cher Trotas , Aides-nous à sortir d'un si dangereux pas.

TROTAS.

Vous perdez trop de temps en beaucoup de paroles ,

En doucereux, discours , aussi longs que frivoles j

Il faut des actions , et non pas des propos ;

La gloire disparaît dans les bras du repos.

Vous savez les regrets du Prince votre père.

Un voisin orgueilleux chez lui porte la guerre ,

Défendez vos états , il vous recevra bien j

Vous êtes général , ce n'est pas être rien.

On doit tout à celui qui nous comble de gloire j

L'Hjmen couronnera l'amour et la victoire.

Pour Corlnthe un vaisseau se prépare à partir :

Le capitaine est sûr, il voudra vous servir ;

Je peux compter sur lui , c'est un ami d'école.

Quittez , quittez le roi sans dire une parole,

CRIARDUS.

Suivrons-nous , ma Princesse , un semblable projet î

SCANDÉE

Je crois qu'on peut compter sur un fidèle sujet. Trotas voit de sang-froid, on peut suivre un tel guide. Cependant Poignardln...,

CRIARDUS.

Qu'a donc fait ce perfide?

SCANDÉE

Que voulez- vous savoir?

CRIARDUS.

Comment? Parlez? eh bien?

Madame, au nom des dieux

Je ne dirai plus rien.

TROTAS.

Nous serons fort instruits. Pour mol, je me retire; Mais ici le roi vient. Sachons ce qu'il va dire.

2oG CRIARDUS ET SCANDÉE,

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