MM. DE SAINT-VIGNARD ET DE LAVIROUX
Ah! ah! ah! ah! ah!
LE CHEVALIER DU PARC
Paix donc.
M. DE LAVIROUX.
Il n'y a jamais eu de sonnette à la porte de madame Victol'in.
M. DE SAINT-VIGNARD
Ni de chien dans sa maison, à ce qu'il me semble.
De chien? Mais cela me rappelle qu'hier elle demanda à son frère de lui prêter celui-là .
M. DE SAINT-VIGNARD
C'était pour recevoir du Parc.
LE CHEVALIER DU PARC
J'espère qu'avant entendu ce bruit-là, elle aura fait attaclier le chien, et qu elle aura ôté la sonnette, pour l'empêcher d'aboyer.
M. DE LAVIROUX.
Ma foi, je le crois aussi; elle est peut-être à présent dans la crainte que lu ne reviennes pas.
M. DE SAINT-VIGNARD
Je la plains bien sincèrement. Il n'y a pas deux hommes comme du Parc dans le monde; et quand une femme a eu le bonheur de lui plaire, elle ne doit plus être malheureuse.
LA SONNETTE. 2j3
LE CHEVALIER DU PARC
Messieurs, vous plaisantez.
M. DE SAINT- VIGNARD
Non, vraiment.
LE CHEVALIER DU PARC
Vous voudriez bien ctre à ma place.
M. DE LAVIROUX.
Ah! pas encore.
LE CHEVALIER DU PARC
Il me semble que je n'entends rien.
M. DE SAINT-VIGNARD
Non : allons.
LE CHEVALIER DU PARC
Que diable! restez là.
M. DE SAINT-VIGNARD
Ah! comme tu voudras.
M. DE LAVIROUX.
Oui , mais il ne faut pas qu'il fasse semblant d'entrer, et qu'il s'en aille.
M. DE SAINT-VIGNARD
Oui , oui, approchons-nous.
LE CHEVALIER DU PARC
Ne faites donc pas de bruit.
M. DE LAVIROUX.
Non , non.
(Ils approchent tousles trois. Le chevalier du Parc ourre, le bruit de la sonnelte recommence, et Je chien aboie «ncore plus fort. MM. de Saint- Vignard et de Laviroux rient encore eu s'éloigaantde la porte.)
LE CHEVALIER DU PARC
En vérité , je ne sais pas ce qu'il y a de si plaisant à cela.
M. DE SAINT-VIGNARD
Comment, d'avoir la clef, et de ne pas entrer?
Cesl une bien bonne clef que celle-là !
2l4 ^^ SONNETTE.
M. DE SAINT-VIGNARD
Il na pas d'attention non plus 5 on lui recommande de ne pas faire de bruit, et il fait un tintamarre de tous les diables.
M. DE LAVIROUX.
Ah ! oui ; cela n'est pas honnête.
M. DE SAINT- VJGNARD.
Sans doute. Quand on a le bonheur d être aimé d'une femme , il faut la ménnger.
M. DE LAVIROUX.
Cependant c'est sa faute à elle : que n'empêche-t-elle la sonnette?
M. DE SAINT-VIGNARD
Cela est vraij à sa place , j'entrerais toujours.
M. DE LAVIROUX.
Oui , mais il y a le chien.
M. DE SAINT-VIGNARD
Est-ce que tu craindrais le chien?
LE CHEVALIER DU PARC
Le chien? mais..,.
Je le connais , moi ; il est bien fort.
LE CHEVALIER DU PARC
Mais, messieurs, si vous étiez à ma pla ce , qu'est-ce que vous feriez?
M. DE SAINT-VIGNARD
Moi , j'entrerais sûrement.
M. DE LAVIROUX.
Et moi aussi 5 je n'en voudrais pas avoir le démenti.
M. DE SAINT-VIGNARD
Oui; mais nous perdrons le pari , en le conseillant comme cela.
M. DE LAVIROUX.
Il faudra bien tôt ou tard qu'il y renonce.
M. DE SAINT-VIGNARD
Non pas , si le chien s'endort.
LE CHEVALIER DU PA.RC
Messieurs , vous êtes de mauvais plaisants. Allons , laissezmoi, par grâce.
M. DE LAVIROUX.
Cela ne se peut pas, tu le sais bien. (Le chevalier du Parc va encore pour entrer; même bruit de la sonnette et du chien.)
LE CHEVALIER DU PARC
Le diable emporte et ia sonnette et le cbien?
Ce que je trouve d'étonnant, c'est que personne ne remue dans la maison.
M. DE LAVIROUX.
Ne parle donc pas si haut. J'entends quelqu'un.
M. DE SAINT-VIGNARD
Ou ouvre une fenêtre , je crois.
M. DE LAVIROUX.
Oui ; paix , paix.