SCENE PREMIERE
Mlle DE SAINT-GENEST, JULIE.
M^'e DE SAINT-GENEST.
Julie , tu ne veux pas me dire absolument ce que tu as?
JULIE
J'ai réellement du chagrin , mademoiselle.
m"« DE SAINT-GENEST.
Pourquoi cela? Je ne te cache rien j tu sais tous mes secrets : quelle est cette réserve?
JULIE
Eh bien , mademoiselle , c'est vous qui m'affligez -, je sui.s au désespoir d'être obligée de vous quitter.
M'ie DE SAINT-GENEST.
Comment, me quitter? Je ne le souffrirai pas.
JULIE
Il faut donc que vous sortiez d'ici j car tant que vous y resterez , je ne peux pas y demeurer exposée à toutes les persécutions de votre tuteur.
M"e DE SAINT-GENEST.
Qu'est-ce que cela veut dire?
JULIE
Quoi, vous le croyez amoureux de vous , M. Leblanc?
M^le DE SAINT-GENEST.
Que trop , puisqu'il s'oppose au mariage du chevalier du Cherny avec moi , et qu'il veut absolument que je l'épouse.
Je crois que c'est de votre bien qu'il est amoureux.
M^le DE SAINT-GENEST,
Mais il est jaloux .
JULIE
Bon! Les hommes sont jaloux dès qu'ils voient qu'on ne se soucie pas d'eux. Est-ce qu'il ne croit pas que j'aime Cliampagne , moi qui ne peux pas le souffrir?
m"« de saint-genest.
M. Leblanc est amoureux de toi?
JULIE
Oui , voilà ce que c'est j et comme ses desseins ne peuvent être que malhonnêtes, je ne veux pas y être exposée davantage.
M^l^ DE SAINT-GENEST.
Je le voudrais bien qu'il fût amoureux de toi: je voudrais pouvoir lui prouver que je le sais , le confondre , et être enfin débarrassée de ses poursuites. Mais sur quoi juges-tu cela?
JULIE
Sur les propositions qu'il m'a faites de me faire ma fortune, si je voulais me rendre à ses désirs.
M^^« DE SAINT-GENEST , riant.
Quoi, tout de bon?
JULIE
Oui, riez. Il voulait me donner cinquante louis, pour aller l'attendre ce soir dans le cabinet qui est au bout du jardin.
M^e DE SAINT-GENEST.
Eh bien , tu n'as pas voulu ?
JULIE
Mais je vous le demande î En vérité , vous avez une jolie opinion de moi , avec votre question.
M^e DE SAINT-GENEST , rêvant.
Non -j c'est qu'il me vient une idée
JULIE
Qu est-ce qae c'est?
lVl"« DE SAINT- GENEST.
Tu crois qu'il se rendrait au pavillon ?
JULIE
J'en suis sûre, vous dis -je.
IVl"e DE SAINT-GENEST.
Eh bien , il faut que tu acceptes la proposition .
JULIE
Comment , vous me croyez capable
M"^ de SAINT-GENEST.
Non ; mais écoute-moi .
JULIE
Je sais ce que vous allez me dire ; vous voulez nous y surprendre ensemble?
m"^ de SAINT-GENEST.
Non. Il faut, te dis-je , que tu acceptes la proposition , et je m'y rendrai à ta place. Je serai en droit pour lors de lui faire des reproches qui rempécheront de songer davantaj^e à m'épouser j et ce sera un obstacle de moins pour le Chevalier,
JULIE
Oui , mais j'ai refusé avec colère , et de façon à lui ôter tout espoir de réussir.
m"« DE SAINT-GENEST.
Si tu l'as quitté avec colère, il cherchera à t'apaiser, quand ce ne serait que pour t'empêcher de m'en rien dire.
JULIE
Cela pourrait être.
m"^ DE SAINT-GENEST.
Je crois l'entendre. Je vais te laisser avec lui , et tu viendras me dire ce qui se sera passé.
JULIE
Il faut que je vous sois aussi attachée que je le suis , pour me prêter à ce que vous désirez là.
m"® de saint-genest.
Mais tu ne risques rien. S'il te donne les cinquante louis, tu feras même très-bien de les prendre.
JULIE
Vous le croyez?
M^'c DE SAINT-GENEST.
Oui, oui^ il faut bien qui! paie cette petile correction. Tu viendras me retrouver chez moi.
JULIE
Oui, mademoiselle. Je crois à présent que je réussirai. Le plaisir de tromper M, Leblanc me réjouit d'avance.