‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 106 sur 255 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Mlle DE SAINT-GENEST, JULIE.

M^'e DE SAINT-GENEST.

Julie , tu ne veux pas me dire absolument ce que tu as?

JULIE

J'ai réellement du chagrin , mademoiselle.

m"« DE SAINT-GENEST.

Pourquoi cela? Je ne te cache rien j tu sais tous mes secrets : quelle est cette réserve?

JULIE

Eh bien , mademoiselle , c'est vous qui m'affligez -, je sui.s au désespoir d'être obligée de vous quitter.

M'ie DE SAINT-GENEST.

Comment, me quitter? Je ne le souffrirai pas.

JULIE

Il faut donc que vous sortiez d'ici j car tant que vous y resterez , je ne peux pas y demeurer exposée à toutes les persécutions de votre tuteur.

M"e DE SAINT-GENEST.

Qu'est-ce que cela veut dire?

JULIE

Quoi, vous le croyez amoureux de vous , M. Leblanc?

M^le DE SAINT-GENEST.

Que trop , puisqu'il s'oppose au mariage du chevalier du Cherny avec moi , et qu'il veut absolument que je l'épouse.

Je crois que c'est de votre bien qu'il est amoureux.

M^le DE SAINT-GENEST,

Mais il est jaloux .

JULIE

Bon! Les hommes sont jaloux dès qu'ils voient qu'on ne se soucie pas d'eux. Est-ce qu'il ne croit pas que j'aime Cliampagne , moi qui ne peux pas le souffrir?

m"« de saint-genest.

M. Leblanc est amoureux de toi?

JULIE

Oui , voilà ce que c'est j et comme ses desseins ne peuvent être que malhonnêtes, je ne veux pas y être exposée davantage.

M^l^ DE SAINT-GENEST.

Je le voudrais bien qu'il fût amoureux de toi: je voudrais pouvoir lui prouver que je le sais , le confondre , et être enfin débarrassée de ses poursuites. Mais sur quoi juges-tu cela?

JULIE

Sur les propositions qu'il m'a faites de me faire ma fortune, si je voulais me rendre à ses désirs.

M^^« DE SAINT-GENEST , riant.

Quoi, tout de bon?

JULIE

Oui, riez. Il voulait me donner cinquante louis, pour aller l'attendre ce soir dans le cabinet qui est au bout du jardin.

M^e DE SAINT-GENEST.

Eh bien , tu n'as pas voulu ?

JULIE

Mais je vous le demande î En vérité , vous avez une jolie opinion de moi , avec votre question.

M^e DE SAINT-GENEST , rêvant.

Non -j c'est qu'il me vient une idée

JULIE

Qu est-ce qae c'est?

lVl"« DE SAINT- GENEST.

Tu crois qu'il se rendrait au pavillon ?

JULIE

J'en suis sûre, vous dis -je.

IVl"e DE SAINT-GENEST.

Eh bien , il faut que tu acceptes la proposition .

JULIE

Comment , vous me croyez capable

M"^ de SAINT-GENEST.

Non ; mais écoute-moi .

JULIE

Je sais ce que vous allez me dire ; vous voulez nous y surprendre ensemble?

m"^ de SAINT-GENEST.

Non. Il faut, te dis-je , que tu acceptes la proposition , et je m'y rendrai à ta place. Je serai en droit pour lors de lui faire des reproches qui rempécheront de songer davantaj^e à m'épouser j et ce sera un obstacle de moins pour le Chevalier,

JULIE

Oui , mais j'ai refusé avec colère , et de façon à lui ôter tout espoir de réussir.

m"« DE SAINT-GENEST.

Si tu l'as quitté avec colère, il cherchera à t'apaiser, quand ce ne serait que pour t'empêcher de m'en rien dire.

JULIE

Cela pourrait être.

m"^ DE SAINT-GENEST.

Je crois l'entendre. Je vais te laisser avec lui , et tu viendras me dire ce qui se sera passé.

JULIE

Il faut que je vous sois aussi attachée que je le suis , pour me prêter à ce que vous désirez là.

m"® de saint-genest.

Mais tu ne risques rien. S'il te donne les cinquante louis, tu feras même très-bien de les prendre.

JULIE

Vous le croyez?

M^'c DE SAINT-GENEST.

Oui, oui^ il faut bien qui! paie cette petile correction. Tu viendras me retrouver chez moi.

JULIE

Oui, mademoiselle. Je crois à présent que je réussirai. Le plaisir de tromper M, Leblanc me réjouit d'avance.

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