SCENE IV
Mme MINUIT, Miî« GOTON, M. PIQLEPOINT assis, M. BATTU.
BI. BATTU
D'où venez-vous comme ça, madame Minuit?
M™e MINUIT.
Eli pardi j d'où j'étais, à voir danser avec madame Ducroc la bouchère. Je fais mes affaires partout en riant, moi, comme vous voyez. Elle doit accoucher dans deux mois ; sa sagefemme est morte, et elle m'a promis qu'elle n'en aurait pas d'autre que moi.
BI. BATTU
Vous avez bien de l'esprit, au moins.
Bline BIINUIT.
Ah! oui, comme dit cet autre, tout autour de la tête, et rien dedans. Eh bien, où est donc cette salade que je devons manger?
BI. BATTU
Elle va venir, elle va venir.
Mme MINUIT.
Nous mettrons-nous là?
Mlle GOTON, regardant Piquepoint.
Ahl oui, ma chère mère, nous verrons mieux le monde.
BI. BATTU
Garçon, allons, cette salade, du vin, du pain.
Vous allez l'avoir, on l'épluche.
M. PIQUEPOINT.
Garçon, et mon demi-setier?
LE GARÇON, apportant le denii-selier.
Je le tiens, le voilà.
M. BATTU
Garçon, allez donc.
LE GARÇON
J'y vais, j y vais.
m'^^ goton.
Il y a bien du monde ici aujourd'hui.
M. battu.
Oh dame! un jour de fête, c'est toujours comme cela.
3jlle GOTON.
Et les dimanches y en a-t-il autant, monsieur Battu?
M. BATTU
Qui dit l'un dit l'autre.
M^e MINUIT.
Elle ne sait pas tout cela, elle. Premièrement et d'un, il faut que vous sachiez que je l'ai élevée comme une duchesse. Pourquoi? parce que l'éducation va avant tout.
M. BATTU
Ohî vous êtes une dessalée, vous, madame Minuit.
M^n^ MINUIT.
Je connais un peu le monde j il m'en passe tant par les mains.
M. BATTU
Du métier dont vous êtes, cela n'est pas étonnant.
M™e MINUIT.
A propos , savez-vous que madame la Rose est grosse de trois mois?
M. BATTU
Il y a plus d'un an que son mari demeure à Senlis, et qu'il n'est venu à Paris.
M™«= MINUIT
Ouij mais elle vient de Senlis, elle.
M. BATTU
Et depuis quand ?
M™« MINUIT
Il y avait quinze jours qu'elle y était.
iri= 16
ll\1 LA GUINGUETTE.
M. BATTU
Ah, c'est malin, cela!
Mme MINUIT.
Oui, elle a dit à tout le quartier qu'elle s'ennuyait de ne le pas voir, qu'elle en mourait d'enviej et l'on a \lit que c'était une envie de femme grosse.
M. BATTU
Ah, il est bon là, le lapin! Eh, garçon!
LE GARÇOP^.
Le voilà, le voilà. (li arrange tout.) Yoilà toujours du vin et du pain .
M. PIQUEPOINT, à part.
Ah, voilà la Tresse, enfin!