M. PIQUE POINT
C'est que ma mère m'a voulu marier à un quelqu'un qui n\i pas voulu de moi, et elle en a été si piquée, qu'elle veut à cette heure que j'en épouse une autre.
IVime MINUIT.
Oh! nous lui ferons entendre raison.
M. PIQUEPOINT.
Oui ; mais quand vous saurez qui elle est, vous ne voudrez sûrement plus de moi.
Mme MINUIT.
Quand je vous dis , en un mot comme en cent , que je vous donne ma parole -, apparemment que je suis une honnête femme. Qu'est-ce qu'elle est voire mère?
M. PIQUEPOINT.
Elle est couturière.
M™e MINUIT.
Eh bien, ma fille est couturière aussi. Et pourquoi ne voudrait-elle pas que vous l'épousiez? Madame vaut bien monsieur, et monsieur vaut bien madame.
M. PIQUEPOINT.
C'est que vous ne savez pas mon vrai nom , parce que j'en ai changé pour faire mon tour de France.
M™e MINUIT.
C'est bien fait : mais comment vous appelez-vous?
M. PIQUEPOINT.
Je suis le fils de madame Padoue.
M™e MINUIT.
De madame Padoue? Ah ! celui-là est bon : mais je vous reconnais h présent. Et vous dites qu'elle veut vous marier à une autre? Laissez-moi faire, je lui parlerai encore une fois.
C'est qu'elle est bien cutctée.
MDie MINUIT.
Ah! je le suis plus qu'elle.
M. BATTU
Mais, madame Minuit, il faudrait employer la douceur.
j^me MINUIT.
La douceur? Si elle refusait ma fille , elle qui lui a montré son métier î Ali l je n'aime pas l'ingratitude : je m'en vais la trouver. Allons, allons-uous-en.
M. PIQUEPOINT , se levant de table.
Je crois qu'il faut que je la prévienne.
M. BATTU
Oui , il a raison. (Bas à Piquepoint.) C'cst-il vrai qu'elle ne voudra pas?
M. PIQUFPOINT , bas à M. Battu.
Oh que si , elle sait toute notre manigance.
Mme MINUIT.
Qu'est-ce qu'il dit, monsieur Bittu?
M BATTU
Qu'il faut que nous allions tous chez sa mère.
M™^ MINUIT
Eh, vraiment; c'est bien comme cela que je le compte. Allons, partons.
M. BATTU
Il faut payer. Garçon ?
M. PIQUEPOINT.
Monsieur, cela me regarde.
Mme MINUIT.
Allons , mon gendre , chacun son écot; payez pour vous , monsieur Battu paiera pour nous.
M. BATTU
Eh bien , nous paierons à îa maîtresse.
Mme MINUIT -
Allons , donnez le bras à ma fille ; je m'en vais prendre celui de M. Battu. (Us partenlles premiers.)
BI. PIQUEPOINT.
Vous voyez bien que nous en sommes venus à bout.
UjDe GOTON.
Ah , j'ai eu bien peur toujours !