‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 123 sur 255 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Mme MINUIT, Mlle GOTON, M. BATTU, M. PIQUE- POINT.

M. PIQUEPOINT, en colère.

Non, non, je veux lui apprendre à parier, pour que cela ne lui arrive plus.

Mme MINUIT.

Mais, monsieur, un petit moment de patience. C'est bien honnête à vous, de vouloir vous battre comme cela, pour une femme que vous ne connaissez pas.

LA GUINGUETTE. 25l

Bl^^e GOTON.

Ail, pour cela oui, ma chère rnèreî

M. PIQUEPOINT.

Je ne vous connais pas , madame? On comiait toujours les houuêtes gens. Laissez-moi aller.

Mme MINUIT.

Monsieur Battu , retenez-le.

M. BATTU

Allons , monsieur Piquepoint, écoutez-moi j vous allez vous faire des affaires , la garde viendra , on vous mènera au châtelet, et vous serez bien avancé!

M. PIQUEPOINT.

Monsieur , cela ne me fait rien. Madame est une brave témme, qui est insultée par un homme avec qui je suis....

Mtne MINUIT.

Mais, monsieur, qu'est-ce que cela fait? C'est passé, ny songez plus.

M. PIQUEPOINT.

Cela ne se peut pas , madame.

Mme MINUIT.

Je vous en prie pour Tamour de moi.

M. PIQUEPOINT.

Allons , puisque vous le voulez , j'y consens j mais je le retrouverai. Madame et monsieu» ,, je suis votre serviteur,

M. BATTU

Où voulez-vous aller 7

M™e MINUIT.

Vous ne vous en irez qu'avec nous déjà. Allons , mettezvous là.

M. PIQUEPOINT.

Madame , vous avez bien de la bonté.

Mlle GOTON.

Oui , monsieur : je m'en vais vous faire xme place à cété de ma chère mère.

M. PIQUEPOINT.

Mais y mademoiselle , je ne prendrai pas votre place.

j^jme MINUIT.

M. Battu lui donnera la sienne.

M. BATTU

Oui, oui, passez-là , mademoiselle ; je me mettrai ici.

Mlle GOTON.

Mais, c'est que....

M^ne MINUIT.

Allons, faites ce que M. Battu vous dit.

M'ie GOTON.

M*j voilà , ma chère mère.

M. BATTU

Madame Minuit, c'est un brave garçon que M. Piquépoint.

Mme MINUIT.

Eh mais , écoutez donc , vous n'avez pas besoin de le dire, on le voit bien.

M. BATTU

Et un habile homme encore.

Mme MINUIT.

Et de quelle vocation étes-vous , monsieur?

M. PIQUEPOINT.

Je suis tailleur, madame , et apprenti de Paris.

M. BATTU

C'est quelque chose. Il ne me reconnaît pasj c'est pourtant lui qui m'a retourné cet habit-là .

M. PIQUEPOINT.

Mais , cela se peut bien .

M. BATTU

Il y a deux ans.

M. PIQUEPOINT.

Ah ! c'est que , depuis ce temps-là , j'ai fait mon tour de France j et on voit tant de choses , que cela fait perdre la mémoire.

LA. GUIINGUETTE. 255

M^e MINUIT.

Oui j mais les voyages doiiucnt bien de resprlt.

M. PJQUEPOINT.

Ah i madame , cela serait boa , si j'avais été à votre école.

M^ie MINUIT.

Vous n'en avez pas besoin Vous êtes donc de Paris?

M. PIQUFPOINT.

Oui , madame , de la paroisse Saint-Laurent, il y a plus de vingt ans.

]^ime MINUIT.

Eli mais , nous sommes de la même paroisse ; c'est heureux cela ! As-tu jamais vu monsieur dans notre quartier, toi, Goton?

m''® goton.

Oui , ma mère, bien des fois.

M^e MINUIT.

Monsieur Battu , écoutez donc : si ce que nous disions ce matin pouvait se laire , madame Padoue aurait un pied de nez avec son fils, qu elle m'a tait dire qui était un bon sujet.

M. BATTU

Oui , oui , mais....

M™e MINUIT.

Mais, mais ce que je dis est vrai apparemment 5 c'est

que cette temme-ià a une langue d'aspic.

M. PIQUFPOINT.

Est-ce que vous ne l'aimez pas?

M"'® MINUIT

Ah, pour cela nonj c'est une méchante bête.

M. PIQUEPOINT.

Madame

M'"^ MINUIT

Est-ce qu'elle n'a pas voulu (aire accroire au pauvre défunt que Goton n'était pas sa fille ; mais il ne faut pas parler de cela devant les enfants. Je ne dis rien.

M. PIQUEPOINT.

Il ne faut pas croire les rapports.

aime aiiNuiT.

Eh pardi ! puisqu'elle Fa dit devant moi , il n'y a pas de rapport à cela 5 et elle veut que son fils épouse ma tiiie !

M. BATTU

Cela pourra se faire , madame Minuit.

M°ie MINUIT.

J'aimerais mieux la noyer tout à l'heure avec une pierre au cou , voyez-vous , plutôt que d'y consentir. Ce n'est pas qu'elle n'ait été de mes amies , madame Padoue, puisque ma fille a été en couturé chez elle.

M. BATTU

Ne vous emportez pas , et finissons cette affaire-là. Si mademoiselle Goton veut bien de monsieur , il n'y a pas à aller par quatre chemins.

^me MINUIT.

Qu'elle le veuille ou non, cela ne fait rien; je suis sa mère, en un mot, on ne peut pas dire le contraire, comme cette vilaine madame Padoue disait de son père.

M., BATTU

Sans doute, sans doute; ce n'est pas là le cas.

Mme MINUIT.

Eh bien, cela sera fini tout de suite. Allons, Goton, vous entendez?

T^jlle GOTON.

Oui, ma chère mère; mais

Mï"« MINUIT.

Oh, point de mais, si monsieur Comment vous appelez-vous?

M. PigUEPOINT.

Piquepoint, madame, à vous obéir.

Mme MINUIT.

Je dis donc , si monsieur Piquepoint le veut bien

M. PIQUrPOiNT.

Madame , c'est biea de rhonneiir , et je ne demande pas mleax ; mais

jVirae MINUIT.

Quoi, aussi des mriis! Savez -vous , monsieur, que je n'aime pas à élre contrariée?

M. BATTU

Allons , monsieur , dites vos raisons à madame Minuit.

M. PIQUEPOINT.

C'est que je crains que madame ne change d'avis quand elle saura qui je suis .

M™« MINUIT

Et pourquoi cela? Est-ce que vous avez eu quelque pendu dans votre famille?

M. PIQUEPOINT.

Non, madame.

^me MINUIT.

Vous me prenez donc pour une girouette?

M. PIQUEPOINT.

Je ne dis pas cela j mais c'est que j'ai une mère.

jf^me MINUIT.

Est-ce que je ne suis pas une mère aussi inoi? Vous en aurez deux , et, qui plus est , c'est qu'il ne vous en coûtera rien pour raccoucliement de votre femme.

M. BATTU

C'est bien quelque chose cela , monsieur Piquepoint.

M. PIQUEPOINT.

Sûrement j mais elle n'est pas encore grosse.

m"^ goton.

Comment, monsieur, est-ce que vous ne voudriez plus de moi à présent? Cela serait joli à vous.

M. PIQUEPOINT.

Ah , mon dieu , mademoiselle I au contraire. Je ne dis pas cela.

M"^e MINUIT.

Parlez donc.

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