SCENE PREMIÈRE
M"« DE RINANT, faisant de la tapisserie, M. DE LA
CHAINIÈRE.
M. DE LA CHAINIÈRE.
Je viens de voir sortir monsieor votre oncle, mademoiselle; il y avait long-temps que j'attendais ce moment-là.
M"e DE RINANT.
J'avais sûrement la même impatience que vous.
M. DE LA CHAINIÈRE.
Ne me flattez-vous pas 7
M"e DE RINANT.
Pourquoi vous flatterais-je 7 Mais que dis-je! à quoi vous servira- t-il d'être aimé 7
M. DE LA CHAINIÈRE.
A faire mon bonheur.
mIJ'' de RINANT.
Et si mon oncle ne veut pas consentir à nous marier ensemble 7
M. DE LA CHAINIÈRE.
Comment î aurait - il quelque projet contraire à notre amour7
m"« de RINANT.
Je n'en sais rien ; tout ce que je sais , c'est qu'il ne veut pas me marier.
M. DE LA CHAINIÈRE.
Lui en avez-vous parlé 7
262 l'amateur
îm"^ de rinant.
Je Tai tenté ; j\ii loué devant lui le bonheur d'une de mes amies , que sa mère mariait.
M. DE LA CHAINIÈRE.
Eh bien?
M"e DE RINaNT.
Il a haussé les épaules , en disant qu'une fille était toujours plus heureuse qu'une femme mariée.
M. DE LA CHAINIÈRE.
Il est vrai que ce sont là les propos des parents qui ne veulent pas marier leurs enfants.
M"e DE RINANT.
Mais , mon oncle, ai-je ajouté , quand on a épousé quelqu'un que l'on aime, et dont on est bien aimée? Ce n'est pas encore là un bon])eur,m'a-t-il répondu; car après le mariage on ne s'aime plus. Cela m'a affligée à penser, et je ne l'ai pas pressé davantage.
M. DE LA CHAINIÈRE.
Quoi, vous croiriez que je pourrais jamais cesser de vous aimer?
M^'e DE RINANT.
Mais si cela arrive toujours?
M. DE LA CHAINIÈRE.
Ali î bannissez cette crainte : ce n'est pas avec un véritable amour, un amour comme le mien , qu'on peut chantier. Souvent on se marie sans se connaître à présent, et le cœur n'a poin*.' de part à ces unions. Il y a des femmes qui n'ont même connu l'amour que trois ou quatre ans après avoir été mariées. Est-11 étonnant que dans ces mariages on ne goûte pas plus de donceii) s? Nuls soins , nuis égards ; on ne s'est jamais désiré ;
on finit jv^i- s'éviter. Mais nous ! pourriez-vous croire
m"^ de rînant.
Pensez-vous que je ne me sois pas dit tout ce que vous pourriez me dire? Cela n"a pas empêché que la crainte ne m'ait aiTC'tée, et je n'ai pas voulu m'exposera voir détruire mou bonheur.
M. DE LA CHAINIERE.
Et VOUS VOUS exposez à être forcée de m'abandonner , pour en épouser un autre .'
m"« de rinant.
Que dites -vous 7 Je ne consentirais jamais
M. DE LA CHAINIERE.
N'attendons pas qu'un obstacle de plus s'oppose à notre mariage.
M^'^ DE RINANT.
Comment faire?
M. DE LA CHAINIERE.
Votre oncle me connaît ; il sait quel est mon bien : qui pourrait le retenir 7
Bl"« DE RINANT.
S'il a d'autres projets?
M, DE LA CHAINIERE.
C'est ce qu'il faut savoir. M. du Rivault n'est-il pas de ses amis?
M*'^ DE RINANT.
Mais je crois que oui.
M. DE LA CHAINIERE.
Il faudrait le mettre dans nos intérêts : un tiers parle souvent mieux que les parties intéressées.
m"« DE RINANT.
Voulez-vous que je l'envoie prier de venir ici?
M. DE LA CHAINIERE.
Y vient-il souvent?
m"«DE RINANT.
Oui, et je ne serais pas étonnée..,.