M. DE LA CHAISIÈRE
Monsieur?
M. DE TENDREVILLE.
Je vous dis ce que c'est.. . Il y a là du terrible, du pathétique, du déchirant; cela est admirable!
M. DE LA CHAINIÈRE.
Vous me donneriez de Torgueil, si je ne savais pas
M. DE TENDREVILLE.
Je vous dis que je n ai jamais rien vu de pareil ! Je n'ai pas bien conapris le sujet; mais c'est ma faute , car j'ai été si pénétré
M. DU RIVAULT.
Comment , vous n'avez pas vu que c'était un prince qui
M. DE TENDREVILLE.
Si , j'ai bien vu que c'était un prince amoureux.
Oui, mais à qui un père cruel ne veut pas donner sa filîe.
IM. DE TENDREVILLE.
Le père est donc un tyran 7
M. DU RIVAULT.
Oui , un tyran.
M. DE TENDREVILLE.
C'est une cruelle situation , et bien rendue.
M. DU RIVAULT.
C'est qu'elle est bien sentie , parce que fauteui- ([ue vous voyez l'éprouve actuellement.
M. DE TENDREVILLE.
Quoi, il est comme ce malheureux prince?
M. DU RIVAULT.
Précisément. Et devinez qui est-ce qui est le trran?
M. DE TENDREVILLE.
Qui est-ce qui peut être un tyran vis-à-vis de lui? qui pourrait même le devenir?
M. DU RIVAULT.
Vous.
M. DE TENDREVILLE.
Moi? Que me dites vous là î Je ne serai jamais un tyran j je ne les puis souffrir : ils ne sont dans les pièces que pour faire le malljeur des gens vertueux.
M. DU RIVAULT.
Si vous plaignez les gens vertueux , les voilà . Monsieur de la Chainière aime votre nièce, il en est aimé : si vous ne consentez pas qu'ils s'épousent , que serez-vous ?
M. DE TENDREVILLE.
Vous me prenez là sur le temps.
M. DU RIVAULT.
Il faut décider.
M. DE TENDREVILLE.
Moi, je voudrais toujours ne voir que des heureux, surtout quand ils le mentent ; et monsieur a uu talent
M. DE LA CHAINIERE.
Celui de réussir auprès de vous, monsieur, sera sûrement pour moi toujours le plus précieux.
M. DE TENDREVILLE.
Il est vrai que personne au monde ne peut me convenir autant que vous. Allons , je vous donne ma nièce. Aimez-vous bien, mes enfants : mais, dans votre bonheur, monsieur, n'oubliez jamais la tragédie , car il n'y a de plaisir véritable que celui-là,
M. DE LA CHAINIERE.
Ah , monsieur, que d'obligations .'....
276 l'amateur du tragique.
Mlle DE BINANT.
Mon oncle î....
M. DE TENDREVILLE.
Paix donc ; vous m'atteudriiiez encore : laissez-moi respirer. Venez dans le jardin vous promener j je vais envoyer chercher mon notaire , et je veux que le contrat se fasse surle-champ. Monsieur du Rivault , ne vous en allez pas.
M. DU RIVAULT.
C'est un spectacle trop doux pour moi que de les voir au comhle de leurs vœux, pour nen pas jouir autant qui! me sera possible.
LE