M. DE LA CH'AINIÈRE
Cela ne se peut pas. Elle n'est pas chez moi. Je l'ai prêtée à une dame qui est allée à Versailles , mais qui reviendra sûrement demain.
DU TBAGIQUE. Sjl
M. DE TENDRE VILLE
Ce retard m'afflige réelleuient; mais je ne savais pas que vous eussiez ce lalent-Ià.
M. DU RIVAULT.
Il s'en cachait , et c'est moi qui l ai déterminé à vous consulter.
M. DE TFNDREVILLE.
Je VOUS en ai la p'us grande obiigation. Mais, monsieur, ne pourrlez-vous pas vous en rappeler quelque chose?
M. DU RIVAULT,
Oui , ce que vous me disiez ce matin , par exemple.
M. DE TENDREVILLE.
Ah oui ! vous ne pouvez pas reculer.
M. DE LA CHAINIÊRE.
M. du Rivault plaisante, monsieur 3 je n'ai pas de mémoire.
M. DE TENDREVILLE.
On se souvient toujours de ce que l'on a fait.
M. DU RIVAULT.
C'est timidité. Allons , allons , ne vous faites pas prier davantage. (Bas.) Dites ce que vous voudrez.
M. DE TENDREVILLE.
Ecoutez-vous , ma nièce?
M^'e DE RINANT.
Sûrement, mon oncle.
M. DU RIVAULT.
Songez à nous déclamer ce morceau-là.
M. DI^ TENDREVILLE.
Oh , oui , je suis fou de la déclamation.
M. DU RIVAULT.
Allons donc.
M. DE LA CHAINIÊRE, fort embarrassé, se lève et rêve.
Puisque vous le vou cz
M. DU RIVAULT.
Sans doute.
272 L AMATEUK
M. DE TENDREVILLE.
Je trouve qu il a déjà l'air pénétré de ce qu'il va dire. Il n'y a que les auteurs, pour bien réciter les veis.
M. DU RIVAULT.
Écoutons, écoutons.
M. DE LA CHAINIÈRE, déclamant.
Triste et sombre désert, solitude éternelle, Soyez le confident de ma peine cruelle.
M. DE TENDREVILLE, admirant.
Fort bien j cela est très -beau.
M. DU RIVAULT.
Je vous ie disais bien.
M. DE LA CHAINIÈRE.
Un cœur trop inSlexible , un sort trop rigoureux , Tout s'oppose au destin qui peut combler mes vœux .'
M. DE TENDREVILLE, pleurant.
Il m'attendrit.
Vous verrez le reste.
W. DE LA CHAINIÈRE.
Sors du fatal séjour, clière ombre que j'adore. Et les feux de l'enfer seront pour moi l'aurore.
M. DE TENDREVILLE.
Beau, beau, beau!
M. DE LA CHAINIÈRE.
Mais quel démon la suit? C'est l'amour malbeureux , Attacbé sans relâche à notre sort affi-eux!
M. DE TENDREVILLE.
Cela est déchirant.
M. DE LA CHAINIÈRE.
]\]e pardonnerez-vous , trop aimable princesse. Me pardonnerez-vous ma fatale tendresse?
Ce sont vos seuls attraits qui causent tant de maux : Un seul de vos regards produit mille rivaux.
DU TRAGIQUE. SJÔ
M. DE TENDREVILLE.
Divin , divin î
M. DE LA CHAINIÊRE.
Mais peut-on reproclier une flamme si tendre ! Dans cet instant si doux, daignez encor m'entendre... Ou bien
M. DE TENDREVILLE, pleurant.
Ah, je n en puis plus!
N'interrompez donc pas.
M. DE LA CHAINIERE.
Vous me fuyez!...
M, DE TENDREVILLE, pleurant.
Ah, que cela est beau!
M. DE LA CHAINIERE.
Que vois-je7 Ah, quel malheur!
Un rival trop heureux!... ren'er est dans mon cœur!
M. DE TENDREVILLE, pleurant.
Ah! il déchire le mien.
M. DE LA CHAINIERE.
Mort, viens à mon secours! (Il fait semblant de tirer un poignard.) M. DE TENDREVILLE, pleurant.
Il me fait trembler.
M. DE LA CHAINIERE.
' De ces jours que j'abhorre,
Tranchons le cours affreux. (lise frappe et tombe dans un fauteuil.) M. DE TENDREVILLE, pleurant.
Cela est trop touchant!
M. DU RIVAULT.
Laissez-le donc tinir.
M. DE LA CHAINIERE.
Omment, je vis encore?...
O vous, tristes témoins de mes cruels malheurs. Ne m'oubliez jamais j songez toujours... Je meurs.
274 l'amateur
M. DE TExVDkEVILLE, sangloltant.
Il esl mort! — Ab ! ah! ah I je n'ai jamais rien vu de si heaul
M. DU RIVAULT.
Je VOUS Ta vais bien dit.
M. DE TENDREVILLE. -
Ahl monsieur, comment Est-il possible que vous ayez
fait cela?