‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 148 sur 255 · M. DE BOURCLOS, LA MÈRE ROUGEAU, AGATHE · texte numérisé non relu

M. DE BOURCLOS, LA MÈRE ROUGEAU, AGATHE

LA MÈRE ROUGEAU

Allons , venez , venez , mademoiselle ; voilà nîonsieur de Bourclos , qui a quelque chose à vous dire.

M. DE BOURCLOS.

Moi? (Apajt.) Je crois quelle devine. (Haut.) Vous vous trompez.

LA MÈRE ROUGEAU

Pardonnez-moi j il me semble que...

AGATHE

Que voulez-vous que monsieur me dise, ma mère?

LA MERE ROUGEAU

Ab, oui, oui, VOUS avez raison, monsieur, c'est vrai, oui, je me trompe.

M. DE BOURCLOS.

Vous embellissez tous les jours, mademoiselle Agatbe.

AGATHE

Monsieur, vous avez bien de la bouté.

LA MÈRE ROUGEAU

Vous la trouvez donc jolie, ma fille?

M. DE BOURCLOS.

On ne peut pas la trouver autrement.

Bon, autrement! Elle le serait bien davantage peut-être....

AGATHE, basa la mère Rougeau.

Ma mère

LA MÈRE ROUGEAU

Je ne dis rien, je ne dis rien.

M. DE BOURCLOS.

Pourquoi, madame Rougeau? parlez, parlez.

LA MÈRE ROUGEAU

Ail! parlez vous-même. Si vous saviez tout ce que je lui dis depuis six ans....

M. DE BOURCLOS.

Et sur quoi?

LA MÈRE ROUGEAU

Eh dame! c'est son secret. N'y a-t-il pas six ans que vous avez acheté cette terre-ci?

M. DE BOURCLOS.

Oui, il y a eu six ans le mois passé.

LA MERE ROUGEAU

Cest cela même j mais tout cela finira.

AGATHE

Quoi?

LA MÈRE ROUGEAU

Ah! je sais bien ce que je veux dire. Vous la trouvez donc jolie, ma fille?

3lO LE SEIGNEUR DU VILLAGE,

M. DE EOURCLOS.

Assurément,

LA MÈRE ROUGEAU

Vous ne le lui aviez jamais dit encore.

M. DE EOURCLOS.

C'est que....

LA MÈRE ROUGEAU

Il ne faut pas vous gêner là-dessus déjà; parce que, vous entendez bien, une mère est toujours bien aise qu'on aime ses

enfants.

AGATHE

Qu est-ce que vous dîtes donc, ma mère?

LA MÈRE ROUGEAU

Laissez, laissez-moi faire. D'aiîieurs, c'est la douceur même; je l'y ai accoutumée, parce qu'il faut être comme cela avec les hommes. Je veux qu elle rende son mari heureux.

M. DE EOURCLOS.

Sûrement il le sera.

LA MÈRE ROUGEAU

Oh , vous le dites ; mais je parie que vous ne le croyez

pas.

M. DE EOURCLOS.

Pourquoi donc?

LA MÈRE ROUGEAU

Parce qu elle n'a pas de bien. Ah dameî si elle était bien rich*», je lui dirais, ma fille, il faut être fière avec les hommes; parce que tout le monde voudrait d'elle.

M. DE EOURCLOS.

Quand on est faite comme elle , on n'a pas besoin de richesses.

LA MÈRE ROUGEAU

Ahî voilà ce qu'on appelle parler cela. Tenez, monsieur de Bourclos, asseyez-vous. Agathe, donne donc une chaise à monsieur.

',,,;■ M. DE BOURCLOS.

Ce n'est pas la peine, je vais m'en aller.

AMOUREUX. Ôll

LA MÈRE ROUGEAU

Vous avez des affaires?

M. DE BOURCLOS.

Oui, j'ai bien de Tembairas dans la tête.

LA MÈRE ROUGEAU

Eh bien , débarrassez-vous ; quand ou a un fardeau trop lourd, il taut le mettre à terre : dites, nous vous aiderons.

M. DE BOURCLOS.

Vous ne savez pas ce que c'est.

Ma fille en poi terait la moitiéj elle est assez forte pour cela. Dites toujours.

M. DE BOURCLOS.

Non, je ne saurais. Adieu.

LA MÈRE ROUGEAU

Mais ne vous en allez pas^ nous allons vous laisser si vous voulez : en rêvant on trouve quelquefois.... Allons, ma fille, saluez monsieur. "*

M. DE BOURCLOS.

Vous vous en allez donc aussi, mademoiselle?

LA MÈRE ROUGEAU

Si vous vouiez, je vous la laisserai?

M. DE BOURCLOS.

Non, non, je ne veux pas la gêner.

LA MÈRE ROUGEAU

Vous ne la gênerez point, elle n'a rien à faire,

M. DE BOURCLOS.

Eh bien, je m'en vais.

LA MÈRE ROUGEAU

Tenez, voilà M. Canon j il vous tiendra compagnie; diteslui votre embarras, cela soulage toujours.

3l3 LE SEIGNEUR DU VILLAGE,

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