LA MÈRE ROUGEAU, M. DE BOURCLOS
M. DE BOURCLOS.
Quelle idée a eue cet homme-là 7 Et il prétend me servir!
LA MÈRE ROUGEAU
M. Canon m'a dit que vous me demandiez , monsieur.
M. DE BOURCLOS.
Oui , j'ai h vous parler.
LA MÈBE ROUGEAU.
Me voilà toute prête à vous entendre.
M. DE BOURCLOS.
Vous mariez votrefiUe?
LA MÈRE ROUGEAU
Oui, monsieur; j'espère que vous le trouverez bon , que vous v consentirez, et que vous allez me féliciter d'en éire débarrassée ; car, garder une fille , ce n'est pas peu de chose au moins. Cependant elle est sage.
M. DE BOURCLOS.
Et croyez -VOUS qu'elle aime M. Canon?
Point du tout ; mais cela ne fait rien.
Cela ne fait rien?
AMOUREUX. 3l5
LA MÈRE ROUGEAU
Non , pour se marier, cela n'est pas toujours nécessaire.
M. DE BOURCLOS.
Et comment êtes-vous sûre qu'elle ne l'aime point?
LA MÈRE ROUGEAU
Oh ! je m'en doute , parce que. .. .
M. DE BOURCLOS.
Parce que?
LA MÈRE ROUGEAU
Je vous ai tlit : il y a six ans....
M. DE BOURCLOS.
Achevez.
LA MÈRE ROUGEAU
Il y a six ans qu'elle est triste ; auparavant , elle chantaiu toujours , c'était une réjouie comme il n'y en a point.
M. DE BOURCLOS.
Est-ce que vous croyez qu'elle aimerait quelqu'un?
LA MÈRE ROUGEAU
Je l'imagine.
Elle n'est donc pas aimée?
LA MERE ROUGEAU
Ah dame, celui-là, je ne peux pas vous le direj car si quelqu'un l'aimait , il y a long-temps que je la lui aurais donnée , s'il me l'avail demandée.
M. DE BOURCLOS.
Il faudrait savoir qui elle aime.
LA MÈRE ROUGEAU
Ah ! demandez-lui cela vous-même.
M. DE BOURCLOS.
C'est que je voudrais qu'elle fût heureuse.
LA MÈRE ROUGEAU
Oh ! elle le sera sûrement avec M. Canon.
3l6 LE SEIGNEUR DU VILLAGE,
M. DE BOURCLOS.
M. Canon?
LA MÈRE ROUGE AU
Est-ce que tous n'approuvez pas ce mariage-làT
M. DE BOURCLOS.
Si elle aime ailleurs?
LA MÈRE ROUGEAU
Que voulez-vous que j'y fasse?
Cela est vrai. ... Je voudrais lui parler.
LA MÈRE ROUGEAU
Eh, pardi, je m'en vais Tappeler. Agathe? Agathe?
M. DE BOURCLOS, à part.
Quel par tl prendre ?