‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 154 sur 255 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M">«MIGNONEÏTE, MH" MARIANNE.

^jme MIGNONETTE, jippoitant son ouvrage, et voulant entrer dans son comptoir.

Tenez, Marianne? rangez cette boîte : ils ont toujours la fureur de mettre quelque chose sur ce banc.

M*'» MARIANNE

Il n y a plus rien, ma chère mère.

Mme MIGNONETTE.

C'est bon. Allons, passez, vous.

m"« MARIANNE.

Ah! ma chère mère, j'ai oublié mes ciseaux.

M°i« MIGNONETTE.

Vous vous servirez des miens. Qu'est-ce que vous allez faire-là?

m'*« MARIANNE.

J'achève d'ourler mes mouchoirs.

M™® MIGNONETTE. *^^^

Comment, ils ne sont pas encore faits?

M^'e MARIANNE.

Mais c'est que....

M"'e MIGNONETTE.

Oui, c'est que, au lieu de travailler, vous avez toujours le nez en l'air, à regarder qui va et qui vient.

m1'« MARIANNE.

11 est bien difficile

324 LA MARCHAINDE

M»"» MIGNONETTE

Diflicile, ou non, je ne veux pas que vous regardiez les hommes, entendez-vous?

M'^« MARIANNE

Mais, quand on me parle?

ÎVI™e MIGNONETTE.

Vous n avez qu'à ne pas répondre.

M^^e MARIANNE.

Mais je passerai pour une solle, ou pour une impertinente.

M°^e MIGNONETTE.

Point du tout. Est-ce que je ne réponds. pas pour vous?

M"e MARIANNE.

Mais si, lorsqu'on vous parle, je faisais de même, que diriez-vous?

Mme MIGNONETTE.

Que vous auriez tort, puisque je réponds, moi.

m"<^ MARIANNE.

Vous voulez donc que je passe pour être sourde?

M™e MIGNONETTE.

Oui, précisément; voilà ce que je veux.

ISl^^ MARIANNE.

Ce serait une belle réputation que j'aurais là.

3irae MIGNONETTE.

Elle vaudrait mieux que celle d écouter tous les piopos qu on vous tiendrait.

m"« MARIANNE.

Mais quand j'étais petite, vous me faisiez parler à tout le monde.

M™« MIGNOiNETTE.

Dans ce temps-là, c'était différent.

m"« MARIANNE.

Ce n'est pas la peine d'être grande pour être plus maltraitée qu'un enfant.

Mi"« MIGNO NETTE.

Quand on est grande, il faut être raisonnable j ce que je vous dis là, c'est pour votre bien.

m"® MARIANNE.

Mais , quel mal puis-je faire en répondant à ceux qui me parlent? Faites-vous du mal, vous, ma cbère mère, quand on vous dit que vous êtes bien aimable, et que vous répondez en souriant : monsieur, vous avez bien de la bonté?

jVime MIGNONETTE.

Je sais bien que c'est pour rire; voilà pourquoi je ris aussi.

M''« MARIANNE

Obî je suis bien sûre que cela vous fait plaisir.

M°»e MIGNONETTE.

Et sur quoi le jugez-vous?

M^le MARIANNE, souriant.

Sur quelque chose.

M™e MIGNONETTE.

Mais encore?

M"e MARIANNE.

Je ne peux pas le dire.

M™e MIGNONETTE.

Pourquoi cela ? Apparemment que vous êtes bien aise vous, quand on vous dit que vous êtes jolie?

m'*« MARIANNE.

Oh , moi , vous m'avez défendu d'écouter quand on me parle : je n entends rien.

Mme MIGNONETTE.

En un mot, comme en cent, que je ne vous voie pas regarder. . . , les officiers surtout.

M^'^ MARIANNE

Oh , ma chère mère , pourquoi plutôt ceux-là que les

autres ?

Mme MIGNONETTE.

Parce qu'ils cherchent plus à tromper les filles.

M'^e MARIANNE.

Cest bien dommage , car ils sont bien honnêtes. J'ai bien de la peine à croire cela.

M"»c MIGNONETTE.

Cela est pourtant bien vrai.

Dl'^e MARIANNE.

Comment se peut-il faire que des gens qui se battent pour nous , soient des trompeurs ?

M™« MIGNONETTE

Oh , parce que cela arrive tous les jours.

M^le MARIANNE.

Il y en a , je suis sûre , qui ne sont pas comme vous dites.

M™*= flIIGNONETTE.

A^oilà M. d'Escabious : allons , taisez-vous , et songez à ce que je vous ai recommandé , entendez-vous?

M^e MARIANNE.

Oui , ma chère mère.

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