SCENE PREMIERE
M">«MIGNONEÏTE, MH" MARIANNE.
^jme MIGNONETTE, jippoitant son ouvrage, et voulant entrer dans son comptoir.
Tenez, Marianne? rangez cette boîte : ils ont toujours la fureur de mettre quelque chose sur ce banc.
M*'» MARIANNE
Il n y a plus rien, ma chère mère.
Mme MIGNONETTE.
C'est bon. Allons, passez, vous.
m"« MARIANNE.
Ah! ma chère mère, j'ai oublié mes ciseaux.
M°i« MIGNONETTE.
Vous vous servirez des miens. Qu'est-ce que vous allez faire-là?
m'*« MARIANNE.
J'achève d'ourler mes mouchoirs.
M™® MIGNONETTE. *^^^
Comment, ils ne sont pas encore faits?
M^'e MARIANNE.
Mais c'est que....
M"'e MIGNONETTE.
Oui, c'est que, au lieu de travailler, vous avez toujours le nez en l'air, à regarder qui va et qui vient.
m1'« MARIANNE.
11 est bien difficile
324 LA MARCHAINDE
M»"» MIGNONETTE
Diflicile, ou non, je ne veux pas que vous regardiez les hommes, entendez-vous?
M'^« MARIANNE
Mais, quand on me parle?
ÎVI™e MIGNONETTE.
Vous n avez qu'à ne pas répondre.
M^^e MARIANNE.
Mais je passerai pour une solle, ou pour une impertinente.
M°^e MIGNONETTE.
Point du tout. Est-ce que je ne réponds. pas pour vous?
M"e MARIANNE.
Mais si, lorsqu'on vous parle, je faisais de même, que diriez-vous?
Mme MIGNONETTE.
Que vous auriez tort, puisque je réponds, moi.
m"<^ MARIANNE.
Vous voulez donc que je passe pour être sourde?
M™e MIGNONETTE.
Oui, précisément; voilà ce que je veux.
ISl^^ MARIANNE.
Ce serait une belle réputation que j'aurais là.
3irae MIGNONETTE.
Elle vaudrait mieux que celle d écouter tous les piopos qu on vous tiendrait.
m"« MARIANNE.
Mais quand j'étais petite, vous me faisiez parler à tout le monde.
M™« MIGNOiNETTE.
Dans ce temps-là, c'était différent.
m"« MARIANNE.
Ce n'est pas la peine d'être grande pour être plus maltraitée qu'un enfant.
Mi"« MIGNO NETTE.
Quand on est grande, il faut être raisonnable j ce que je vous dis là, c'est pour votre bien.
m"® MARIANNE.
Mais , quel mal puis-je faire en répondant à ceux qui me parlent? Faites-vous du mal, vous, ma cbère mère, quand on vous dit que vous êtes bien aimable, et que vous répondez en souriant : monsieur, vous avez bien de la bonté?
jVime MIGNONETTE.
Je sais bien que c'est pour rire; voilà pourquoi je ris aussi.
M''« MARIANNE
Obî je suis bien sûre que cela vous fait plaisir.
M°»e MIGNONETTE.
Et sur quoi le jugez-vous?
M^le MARIANNE, souriant.
Sur quelque chose.
M™e MIGNONETTE.
Mais encore?
M"e MARIANNE.
Je ne peux pas le dire.
M™e MIGNONETTE.
Pourquoi cela ? Apparemment que vous êtes bien aise vous, quand on vous dit que vous êtes jolie?
m'*« MARIANNE.
Oh , moi , vous m'avez défendu d'écouter quand on me parle : je n entends rien.
Mme MIGNONETTE.
En un mot, comme en cent, que je ne vous voie pas regarder. . . , les officiers surtout.
M^'^ MARIANNE
Oh , ma chère mère , pourquoi plutôt ceux-là que les
autres ?
Mme MIGNONETTE.
Parce qu'ils cherchent plus à tromper les filles.
M'^e MARIANNE.
Cest bien dommage , car ils sont bien honnêtes. J'ai bien de la peine à croire cela.
M"»c MIGNONETTE.
Cela est pourtant bien vrai.
Dl'^e MARIANNE.
Comment se peut-il faire que des gens qui se battent pour nous , soient des trompeurs ?
M™« MIGNONETTE
Oh , parce que cela arrive tous les jours.
M^le MARIANNE.
Il y en a , je suis sûre , qui ne sont pas comme vous dites.
M™*= flIIGNONETTE.
A^oilà M. d'Escabious : allons , taisez-vous , et songez à ce que je vous ai recommandé , entendez-vous?
M^e MARIANNE.
Oui , ma chère mère.