SCENE III
LA COMTESSE, LA MARQUISE, M™e DE MOINDOUX , LE VICOMTE, M. DE MONDOLX, LEGPJS.
LEGRIS
M. le vicomte de Solmare.
LE VICOMTE , à M. de Mondoux. *
Monsieur, je vous assure que je ne passerai pas.
M. DE MONDOUX.
Monsieui', il m'est impossible
jjme DE 3IOXDOUX.
Allons donc, Vicomte, est-ce que vous ne connaissez pas M. de Mondoux?
LE VICOMTE
Je vous demande pardon , madame , et c'est pour cela
M^e DE MONDOUX.
En vérité , vous venez bien tard , Vicomte. (A M. de Mondoux qui salue les dames.) Eh bicu , mousicur, aurcz-vous bientôt fini de tourmenter ces dames comme cela , avec vos révérences 7 Vous les tenez debout; allons, assevez-vous.
BI DE MONDOUX.
Je veux rendre à ces dames....
M™« DE BIONDOUX.
Oui , c'est bien là de quoi elles s'embarrassent î Monsieur le Vicomte, et le Chevalier?
LE VICOMTE
Je le croyais ici..,. Madame la Comtesse, vous êtes sortie de bonne heure aujourd'hui : j'ai passé à votre porte à sept heures, vous veniez de partir.
LA COMTESSE
Il est vrai ; j'ai eu tout plein d'affaires , et puis je voulais voir le second acte de l'opéra , que je n'avais pas encore vu. A propos, Vicomte, connaissez-vous i'abbé de Coursac?
Sq^ le mari.
LE VICOMTE
Fi donc ! pouvez-voas prononcer ce nom-là seulement?
Mme DE MONDOUX.
Monsieur le Vicomte , navez-yous pas soupe hier chez la Maréchale ?
LE VICOMTE
Pourquoi cela?
M™e DE MONDOUX.
C'est qu'elle m'avait dit qu'elle pourrait bien venir me demander aujourd'hui à souper 3 et je voulais savoir si elle vous en aurait parlé.
LA MARQUISE , ironiquement.
La Maréchale est à Versailles ; car il y a aujourd'hui un grand souper chez l'ambassadeur.
LE VICOMTE
Qu'est-ce que vous dites donc, madame? Elle y soupe.
LA MARQUISE
Je le sais bien.
LE VICOMTE
Eh bien , c'est à Paris.
LA MARQUISE
Madame de Mondoux sait bien ce que je veux dire.
M™e DE MONDOUX.
Oui , oui, elle est un peu comme cela ; elle aime les fêles.
LA COMTESSE , bas à la Marquise.
Je veux parler à M. de Mondoux.
LA MARQUISE, basa la Comtesse et au Vicomte.
Et moi aussi. Vicomte, parlez à M. de Mondoux, pour désespérer sa femme.
M™« DE MONDOUX.
Qu'est-ce que vous dites donc , mesdames?
Vous le saurez, madame.
LA MARQUISE
Monsieur de Mondoux, vous avez sans doute vu la tragédie nouvelle?
LE MARI. SqS
M™e DE MONDOUX.
Oui, madame, il y va toujours.
LA COMTESSE
Eh bien , monsieur, qu'en pensez- vous 7
M. DE MONDOUX. *
Madame
M»"* DE MONDOUX.
C'est une pièce qui me fait le plus grand plaisir !
LA MARQUISE
Monsieur de Mondoux , en avez- vous été content?
M. DE MONDOUX.
Je ne peux pas. . . .
M™e DE MONDOUX.
Non , il ne peut pas dire autrement. Il faudrait qu'il fût de bien mauvais goût.
LA COMTESSE
Moi , je ne la trouve point bonne du tout.
M™« DE MONDOUX.
Madame , je peux me tromper, mais je pense tout autrement.
LA MARQUISE
Sachons le sentiment de M. de Mondoux. J'ai eu l'honneur de vous y voir à la première représentation j vous écoutiez bien attentivement.
M. DE MONDOUX.
Madame, quand je vais au spectacle, j'aime à le suivre.
jVime DE MONDOUX.
La belle occupation î et quand il revient, et que je lui demande qui est-ce qui y était , il n'en sait jamais rien.
LA COMTESSE
Oui 5 mais il s'amuse de ce que l'on joue, et cela vaut bien mieux.
M™e DE MONDOUX.
Laissons cela, mesdames. Irez-vous bientôt à Champclos 7
OgS LE MARI.
LA MARQUISE
Non , madame. Monsieur deMondoux , je veux absolument savoir ce que vous pensez de la pièce.
M^e DE MONDOUX.
Il VOUS di»a de belles choses là-dessus !
LA COMTESSE
Pourquoi non?
Dites donc, monsieur de Mondoux.
M^CDE MONDOUX.
Allons , parlez , puisque ces dames le veulent.
M. DE MONDOUX.
Madame, je trouve Texposition embrouillée, le nœud mal fait , et le dénouement , quoiqu assez bon , prévu dès le second acte, ce qui ôte tout Tintérét^ d'ailleurs il y a des vers boursoufflés , qu on admire toujours , et c'est tout.
LA MARQUISE
Savez-vous que voilà le meilleur jugement que Ton en ait encore porté?
mme J5E MONDOUX.
Moi , je soutiendrai qu elle est très-bonne , car elle m'a fait le plus grand plaisir.
LA MARQUISE^ au Vicomte, bas.
Elle est désespérée.
LE VICOMTE , bas à la Marquise.
Cela est excellent !
LA COMTESSE
On avait trop vanté cette pièce- là ; elle avait été lue partout et applaudie à outrance.
LA MARQUISE
Voilà toujours ce qui arrive à ces ouvrages-là,
M""^ DE MONDOUX.
On la redonne pourtant demain.
Kon , madame 3 l'auteur l'a retirée.
LE M A m. 397
LA MARQUISE, bas à la Comtesse.
Cherchons encore quelque chose pour faire parler son mari.
LA COMTESSE, bas à la Marquise.
Oui , oui ; attendez que je pense.
M"»e DE MONDOUX.
Mesdames, vous avez peut-être quelque chose à dire , et si M. de Mondoux vous gène. . . .
LA MARQUISE
Non, madame, assurément.
M^^e DE MONDOUX.
Monsieur de Mondoux , si vous alliez examiner dans votre
cabinet ce mémoire de ce matin On vous avertira pour
souper.
LA COMTESSE
Non , monsieur.
LA MARQUISE
Nous ne le souffrirons pas.
]Vime DE MONDOUX.
Pourquoi?... Allez donc, monsieur.
Si monsieur sort, nous nous en allons.
Mme DE MONDOUX.
Vous VOUS moquez de lui 5 pourquoi ces façons-là?