‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 201 sur 255 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LE BAILLI, LE GREFFIER, M»« DE SAINT-MARTIAL, M. DE MARBEAU, CORDONNET, Dame MOMQLE.

LE BAILLI, en dehors.

Ouvrez doncj c'est de la part du roi.

DAME MONIQUE, tremblante.

Faut-il ouvrir, monsieur ?

M. DE MARBEAU

De la part du roi, sans doute.

DAME MONIQUE

Ah! c'est M. le Bailli,

l'habit neuf. 4^7

LE BAILLI

M. de Marbeau est-il ici?

DAME MONIQUE

* Oui, monsieur, le voilà.

LE BAILLI

Entrez, vous autres, et que la garde reste à la porte, (Ti «'as-

sied, et Je greffier et Cordonnet entrent.)

M. DE MARBEAU

Qu'est-ce qu'il y a donc, monsieur le Bailli?

LE BAILLI

Monsieur le Greffier, asseyez-vous là, et écrivez. (Le greffier

s'assied.AM. deMarbean.) Comment VOUS appclcz-VOUS, mOUsicur

de Marbeau?

M. DE MARBEAU

Mais je ne comprends pas....

LE BAILLI

Répondez, et ne vous coupez pas. Ceci est de la plus grande conséquence.

M. DE MARBEAU

Joseph de Marbeau.

LA BAILLI

Vos qualités?

M. DE MARBEAU

Ancien quartinier de la ville de Paris ►

LE BAILLI

Bon. Le sieur Cordonnet vous accuse de lui avoir fait faire un habit vert qu'il vous a livré aujourd'hui j cela esl-iï vrai?

M. DE MARBEAU

Oui, mais je l'ai bien payé.

LE BAILLI

Ce n'est pas là ce dont il est question. Pourquoi avez-vous fait faire un habit vert ?

M. DE MARBEAU

Potirquoi ?

458 l'habit JN'Eur.

Oui?

M. DE MARBEAU

Ma foi, je n'en sais rien. »

LE BAILLI

Mettez qu'il ne veut pas dire pourquoi.

M. DE MARBEAU

Attendez 5 parce que j'en ai vu à tout le monde à la campagne.

LE BAILLI

Oui, mais u'avez-vous pas fait faire cet habit pour n'être pas reconnu?

M. DE MARBEAU

Est-ce qu'un habit change le visage?

LE BAILLI

Mettez qu'il plaisante et ne répond pas.

M. DE MARBEAU

Non, non, monsieur le Greffier. Je n'ai pas eu dessein de

me déguiser.

LE BAILLI

Bon. Avez- vous passé par la petite ruelle ce soir?

M. DE MARBEAU

Oui , monsieur, et j'y ai eu graud'peur, parce qu'il y avait des voleurs.

Ah ! nous y voilà . Et comment étaient faits ces voleurs ?

M. DE MARBEAU

Je ne les ai pas vus , parce que je me suis enfui ; et lorsque je suis arrivé ici , j étais tout prêt à me trouver mal.

DAME MONIQUE

Cela est bien vrai, monsieur. Mademoiselle vous le dira comme moi.

M^le DE SAINT-MARTIAL.

Oui, monsieur.

LE BAILLI

Comment vous appelez-vous , mademoiselle?

l'habit neuf. 4^9

m'^« de saint-martial.

Julie de Salnl-Martial.

LE BAILLI

Votre âge?

M"« de SAINT-MARTIAL.

Dix-sept ans.

LE BAILLI

Fille mineure. (A Dame Monique.) Et VOUS? DAME MONIQUE.

Monique Duchemin , veuve de Pierre Dumoulin, menuisier.

Bon. Mettez majeure. Avez-vous vu toutes deux Joseph de Marbeau aujourd'hui , avec un habit vert sur le corps?

M"e DE SAINT-MARTIAL.

Oui , monsieur.

DAME MONIQUE

C'est moi qui lui ai aidé , ce soir, à l'ôter.

LE BAILLI

Fort bien.

DAME MONIQUE

Et tenez, le voilà.

LE BAILLI

Monsieur le Greffier, visitez les poches de cet habit.

M. DE MARBEAU

Ce n'est pas la peine j car il n y avait que mon mouchoir et ma tabatière , et les voilà.

LE BAILLI

Mettez qu il refuse qu'on visite les poches de son habit vert.

M. DE MARBEAU

Je ne refuse rien ; ce n est que pour en éviter la peine à M. le Greffier. En vérité , messieurs , vous avez bien de la bonté d'écrire comme cela tout ce que je dis.

LE BAILLI

Visitez donc, monsieur.

44o l'habit neuf.

LE GREFFIER , fouillant.

Je ne trouve rien, (ii cherche toujours.) Ah ! je sens quelque choses c'est une bourse.

LE BAILLI

Une bourse à argent?

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