‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 205 sur 255 · LE GREFFIER · texte numérisé non relu

LE GREFFIER

Un moment, un moment.

LE BAILLI

Oui ! vous ne savez pas à qui appartient cet habit-là.

M. DE FORTIÈRE.

A quelque voleur, sans doute.

LE BAILLI

Il esl à M. de Marbeau.

M. DE FORTIÈRE.

Il est à vous ?

M. DE MARBEAU

Oui , vraiment.

M. DE FORTlÊRE.

Il y a plus d'un habit vert dans le monde. Je ne vous en connaissais pas.

M. DE MARBEAU

Je ne Tai mis pour la première fois qu'aujourd'hui.

M, DE FORTlÊRE.

Ah! mais cela ne fait rien.

l'habit neuf. 44-5

LE BAILLI

Comment, cela ne fait rien? Votre bourse était dans sa poche.

M. DE FORTIÈRE.

Mais vous voyez bien , monsieur le Bailli , que ce ne peut pas être M. de Marbeau qui m'ait volé. Cela tombe sous les sens.

M. DE MARBEAU

Mon cher monsieur de Portière, soutenez-moi, je vous prie.

M. DE FORTIÈRE.

Comment donc î je vous soutiendrai au péril de ma vie.

LE BAILLI

Monsieur , si ce n est pas M. de Marbeau qui est le voleur, il est du moins le receleur -, c'est la même chose, et il doit subir la même peine.

M. DE MARBEAU

La même peine?

Oui, monsieur, vous serez pendu.

M. DE MARBEAU

Mais , monsieur le Bailli , un moment de raison.

LE BAILLI

Il n'y a point de raison à cela 5 voilà la justice.

M. DE FORTIERE.

M. de Marbeau a toujours été un homme d'honneur.

LE BAILLI

Cela ne fait rien ; il ne faut qu'un mauvais moment. Vous avez été volé par un hoaime en habit vert dans la ruelle; il la avoué , il était en habit vert , l'argent se trouve dans sa poche; s'il n'est que le receleur, qu'il l'avoue.

M. DE MARBEAU

Moi , receleur î • M. DE FORTIERE.

Allons , cela ne se peut pas.

L HABIT NEUF

M. DE MARBEAU

Monsieur de Portière , départez-vous de votre accusation ; tout ce que j'ai est à vous,

Je ne veux pas de votre bien.

LE BAILLI

Monsieur, il faut que justice soit faite.

M. DE MARBEAU

Un moment, monsieur le Bailli. (Bas à m. de Portière.) Si vous aimez encore mademoiselle de Saint-Martial , je vous la donnerai aussi.

M. DE FORTIÈRE.

Monsieur , je vous crois honnête homme , et Tintérét n'est pas ce qui me gouverne. Il est fâcheux que toutes les accusations soient contre vous , mais j y renoncerai si vous le voulez.

M. DE MARBEAU

Ah, monsieur!

BI. DE FORTIÈRE.

Monsieur le Bailli , puis-je me départir des accusations ?

LE BAILLI

Monsieur, on pourrait sauver la vie à M. deMarbeau -, mais cela est difi&cile.

M. DE FORTIÈRE.

Je vous entends : gardez la procédure jusqu'à nouvel ordre j je vous réponds de monsieur.

M. DE MARBEAU

Eh, messieurs! finissons tout de suite.

M. DE FORTIÈRE.

C'est que vous croirez que c'est pour avoir mademoiselle de Saint-Martial, que je m'emploie pour vous.

Quand je le croirais, vous me rendez service j c'est à charge de revanche.

l'habit neuf. 445

M. DE FORTIÈRE.

Monsieur ïe Bailli , prenez celte bourse. J'y ajouterai encore, s'il le faut; remetlez-moi tous les papiers , et dites que le voleur avait envoyé mon argent à M. de Marbeau pour me le rendre. Cordonnet, vous direz la même cbose, et je vous paierai bien.

LE BAILLI , prenant la bourse et remettant les papiers.

Je suis charmé , ainsi que M. le Greffier, de faire plaisir à M. de Marbeau et k vous aussi. Messieurs, il ne sera plus question de rien ; mais il faudra que mademoiselle et dame Monique se taisent de même que nous,

m"« de saint-martial.

Je vous réponds de tout.

DAME MONIQUE

Nous savons nous taire , monsieur le Bailli.

LE BAILLI

Messieurs , mesdames , j'ai l'honneur de vous souhaiter le

bonsoir. (Il sort avec le Greffier et Cordonnet.)

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