LE GREFFIER
Un moment, un moment.
LE BAILLI
Oui ! vous ne savez pas à qui appartient cet habit-là.
M. DE FORTIÈRE.
A quelque voleur, sans doute.
LE BAILLI
Il esl à M. de Marbeau.
M. DE FORTIÈRE.
Il est à vous ?
M. DE MARBEAU
Oui , vraiment.
M. DE FORTlÊRE.
Il y a plus d'un habit vert dans le monde. Je ne vous en connaissais pas.
M. DE MARBEAU
Je ne Tai mis pour la première fois qu'aujourd'hui.
M, DE FORTlÊRE.
Ah! mais cela ne fait rien.
l'habit neuf. 44-5
LE BAILLI
Comment, cela ne fait rien? Votre bourse était dans sa poche.
M. DE FORTIÈRE.
Mais vous voyez bien , monsieur le Bailli , que ce ne peut pas être M. de Marbeau qui m'ait volé. Cela tombe sous les sens.
M. DE MARBEAU
Mon cher monsieur de Portière, soutenez-moi, je vous prie.
M. DE FORTIÈRE.
Comment donc î je vous soutiendrai au péril de ma vie.
LE BAILLI
Monsieur , si ce n est pas M. de Marbeau qui est le voleur, il est du moins le receleur -, c'est la même chose, et il doit subir la même peine.
M. DE MARBEAU
La même peine?
Oui, monsieur, vous serez pendu.
M. DE MARBEAU
Mais , monsieur le Bailli , un moment de raison.
LE BAILLI
Il n'y a point de raison à cela 5 voilà la justice.
M. DE FORTIERE.
M. de Marbeau a toujours été un homme d'honneur.
LE BAILLI
Cela ne fait rien ; il ne faut qu'un mauvais moment. Vous avez été volé par un hoaime en habit vert dans la ruelle; il la avoué , il était en habit vert , l'argent se trouve dans sa poche; s'il n'est que le receleur, qu'il l'avoue.
M. DE MARBEAU
Moi , receleur î • M. DE FORTIERE.
Allons , cela ne se peut pas.
L HABIT NEUF
M. DE MARBEAU
Monsieur de Portière , départez-vous de votre accusation ; tout ce que j'ai est à vous,
Je ne veux pas de votre bien.
LE BAILLI
Monsieur, il faut que justice soit faite.
M. DE MARBEAU
Un moment, monsieur le Bailli. (Bas à m. de Portière.) Si vous aimez encore mademoiselle de Saint-Martial , je vous la donnerai aussi.
M. DE FORTIÈRE.
Monsieur , je vous crois honnête homme , et Tintérét n'est pas ce qui me gouverne. Il est fâcheux que toutes les accusations soient contre vous , mais j y renoncerai si vous le voulez.
M. DE MARBEAU
Ah, monsieur!
BI. DE FORTIÈRE.
Monsieur le Bailli , puis-je me départir des accusations ?
LE BAILLI
Monsieur, on pourrait sauver la vie à M. deMarbeau -, mais cela est difi&cile.
M. DE FORTIÈRE.
Je vous entends : gardez la procédure jusqu'à nouvel ordre j je vous réponds de monsieur.
M. DE MARBEAU
Eh, messieurs! finissons tout de suite.
M. DE FORTIÈRE.
C'est que vous croirez que c'est pour avoir mademoiselle de Saint-Martial, que je m'emploie pour vous.
Quand je le croirais, vous me rendez service j c'est à charge de revanche.
l'habit neuf. 445
M. DE FORTIÈRE.
Monsieur ïe Bailli , prenez celte bourse. J'y ajouterai encore, s'il le faut; remetlez-moi tous les papiers , et dites que le voleur avait envoyé mon argent à M. de Marbeau pour me le rendre. Cordonnet, vous direz la même cbose, et je vous paierai bien.
LE BAILLI , prenant la bourse et remettant les papiers.
Je suis charmé , ainsi que M. le Greffier, de faire plaisir à M. de Marbeau et k vous aussi. Messieurs, il ne sera plus question de rien ; mais il faudra que mademoiselle et dame Monique se taisent de même que nous,
m"« de saint-martial.
Je vous réponds de tout.
DAME MONIQUE
Nous savons nous taire , monsieur le Bailli.
LE BAILLI
Messieurs , mesdames , j'ai l'honneur de vous souhaiter le
bonsoir. (Il sort avec le Greffier et Cordonnet.)