SCENE V
M"eDE COURVILLERS, M. DE SAINÏ-CLET, M. DE
LA SAUSSAYE
M. DE LA SAUSSAYE
Eh bien, voilà tout ce que j'aime, moi.
M'ie DE COURVILLERS.
O ciel î c'est M. de la Saussaye.
M. DE LA SAUSSAYE
Comment^ est-ce que je vous fais peur?
M. DE SAINT-CLET.
Ah, monsieur! je vous en conjure...
M. DE LA SAUSSAYE
Pourquoi donc vous épouvantez- vous 7 Vous ne me connaissez pas. Est-ce que je ne sais pas qu'à votre âge il faut aimer? Parbleu, allez, je regrette bien ce lemps-là!
M. DE SAINT-CLET.
Vous me rassurez. Vous êtes ami du père de mademoiselle, et je craignais....
M. DE LA SAUSSAYE
Vous craigniez.... Vous avez tortj je voudrais de tout mon cœur pouvoir vous servir tous les deux.
M"e DE COURVILLERS.
Eh, monsieur, que pourriez-vous faire?
Je n'en sais rien, parce qu'il faut penser avant de savoir ce qu'on fera. Allons, asseyez-vous et comptez-moi vos affaires; nous verrons.
M. DE SAINT-CLET.
Que d'obligation ne vous aurions-nous pas!
M. DE LA SAUSSAYE
Bon , des obligations ! Je suis un peu philosophe, et je ne compte point sur tout cela : d'ailleurs je n'en ai que fairej la reconnaissance embarrasse souvent j et si je peux vous obliger, ce ne sera pas pour vous aller fatiguer d'un poids comme celui-là. On a beau dire, la nature ne nous a pas fait reconnaissants. Eh bien, qu'est-ce que cela me fait à moi? Ne croyezvous pas que je vais m'en chagriner? Je cultive mes terres, elles me rendent ou elles ne me rendent pas,- on recueille toujours plus qu'on ne peut manger.
M. DE SAINT-CLET.
Oui, quand on est bien riche.
M. DE LA SAUSSAYE
Bon, sans être riche; tout cela ne fait rien.
M^^e DE COURVILLERS.
Eh, monsieur, c'est ce qui fait notre malheur pourtant!
M. DE LA SAUSSAYE
Mais vous serez bien riche, vous, mademoiselle.
M"e DE COURVILLERS.
Oui, mais M. de Saint-Clet?
Eh, bien, combien a-t-il? Huit, dix mille livres de rente?
M. DE SAINT-CLET.
Six ou sept tout au plus.
M. DE LA SAUSSAYE
Il y a là de quoi vivre.
M. DE SAINT-CLET.
Oui, mais sans mademoiselle, ce sera la plus malheureuse vie!...
M. DE LA SAUSSAYE
Ah, oui, parce que vous vous aimez.Vous voyez bien que j'avais deviné d'abord.
M. DE SAINT-CLET.
J'ai VU mademoiselle au couvent, où elle était avec ma sœurj il m'a été impossible de résister à tant de charmes.
M. DE LA SAUSSAYE
Ah , oui! on devient toujours amoureux dans les couvents; on lit cela dans les romans : il faut taire comme les autres. Eh bien?
M. DE SAINT-CLET.
On veut marier mademoiselle.
M. DE LA SAUSSAYE
Et ce n'est pas à vous?
Je ne saurais m'en flatter.
M. DE LA SAUSSAYE
Parce que vous ti'étes pas aussi riche qu'elle ?
M. DE SAINT-CLET.
Eh , non , malheureusement î
M. DE LA SAUSSAYE
Mais vous pouvez le devenir.
M. DE SAINT-CLET.
Comment?
M. DE LA SAUSSAYE
Il y a tant de moyens à présent ; laissez- moi faire. Si vous voulez vous épouser , chargez-moi de cette négociation-là ; je vous réponds que je réussirai.
M. DE SAINT-CLET.
Il serait possible î. . .
M. DE LA SAUSSAYE
Sûrement ; pardi , je ne vous promettrais pas une chose que. . . Il faut d'abord que mademoiselle s'en aille chez elle.
M^'e DE COURVILLERS.
Ah, monsieur!
M. DE LA SAUSSAYE
Bon , bon , des remercîmens ! Je n'ai que faire de tout cela, moi. Sonnez, vous, monsieur.
460 LE SOT AMT.
Voilà quelqu'un.
M. DE LA SAUSSAYE
Allez-vous-ea doue, mademoiselle. (Elle sort.)