‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 236 sur 255 · BERNARD Y · texte numérisé non relu

BERNARD Y

Et madame de Rocmare ?

Elle joue toujours , et elle est avare ^ hors pour le jeu.

BERNARDY.

Et madame la comtesse de la Villansore.

Je l'ai eue plus de six mois. Va-t'en voir si mademoiselle de Sotiny est chez elle.

BERNARDY.

Je ne vous conseille pas d'y aller

Pourquoi donc? Tout ce que nous avons de mieux de nos jeunes gens y passent leur vie.

BERNARDY.

Cela est bon pour des gens sans expérience, des étrangers, par exemple .

C'est une fille charmante J

Je la connais bien.

Pourquoi ne veux-tu pas que j'y aille?

BERNARDY.

C'est qu'on ne sait pas ce qui peut arriver.

Comment?

BERNARDY.

Vous VOUS portez bien , n'est-ce pas?

Mais , je crois que oui.

BERNARDY.

Eh bien, restez tranquille, monsieur le Marquis.

Voilà de vos propos , à vous autres : quand vous n'aimez pas une fille, vous la décriez.

BERNARDY.

Moi , je raime beaucoup ; et j'ai des raisons pour cela.

Comment?

BERNARDY.

Je ne veux pas lui faire torl^ mais je ne peux dire cela à monsieur le Marquis.

Quoi?

BERNARDY.

C'est moi qui l'ai enlevée à Marseille , d'oii je l'ai menée à Aix.

Toi?

BERNARDY.

Oui, foi d'homme d'honneur. En revenant d'Italie, je devins amoureux d'elle, je l'épousai -, au bout de six mois je la plantai là 'j mais elle est venue à Paris me trouver : je lui ai conseillé de cbercher fortune, et elle a réussi, comme vous voyez.

Elle est ta femme?

BERNARDY.

Oui , monsieur le Marquis.

Tu eues peut-être jaloux?

BERNARDY.

Ah ! monsieur le Marquis sait bien que nous ne pensons pas comme cela, nous autres, et puis je ne la vois plus.

Va voir si ma voiture se raccommode, ou si l'autre revient.

(Le cour»ur sort.)

Page 1