SCENE V
LA MARQUISE, JULIE
LA MARQUISE
Eh bien , Julie , ce que je craignais n'est que trop vrai !
JULIE
Ah , madame , je ne saurais vous rassurer -, voici une lettre de madame de Brécy, qu elle m'a fait donner pour vous remettre lorsque vous seriez seule ; je crains bien (La Marquise
prend la lettre.)
LA MARQUISE , après avoir lu.
Il n'y a donc plus à en douter , Tingrat épouse madame de Méranci ! Je me meurs î
JULIE
Ah, madame , pourquoi vous ai-je donné cette lettre?
Le perfide î (Eiieseière.) Non, je ne Faime plus , je rougis même de Tavoir autant aimé.
JULIE
Cestbien fait, madame^ oubliez-le et pour toujours.
LA MARQUISE
Pour toujours î que je l'oublie , moi ! Julie.
JULIE
Espérez tout du temps.
LA MARQUISE
Ah, j'en mourrrai ! Il jouira du fruit de son crime, et il sera sans doute charmé de se voir à Tahri de mes reproches.
JULIE
Mais, madame, si vous essayez de le retirer de cet égarement?
LA MARQUISE
Que ne lui ai-je pas sacrifié ! mais c'était moi que Je satisfaisais ; quand je le préférais à tout au monde , il avait cessé de m^'aimer, il me trompait; mais non, je me trompais moimême, je croyais lire au fond de son cœur ce que ses yeux ne me disaient plus.