SCENE IV
LA MARQUISE, LE COMTE
LA MARQUISE
Asseyez-vous donc.
LE COMTE
Comme vous voudrez.
LA MARQUISE
Les retardements qui se sont opposés à notre mariage ne m'ont point inquiétée, parce que ce lien ne me rendra pas plus «ûre de votre cœur que je ne le suis.
LE COMTE, Il est vrai que si j ai cessé de me plaindre , c'est que j ai craint de vous déplaire par cette même impatience ^ voilà ce qui m'a fait garder le silence jusqu à présent.
LA MARQUISE
Je m'en étais doutée, et sans vous le dire j'ai fait tout ce qu'il m'a été possible pour liàter le moment que nous désirons : les formalités nécessaires seront terminées dans peu de jours.
LE COMTE, cachant sa surprise.
Dans peu de jours?
Oui, Comte, on vient de me Fannoncer.
LE COMTE, avec contrainte.
Vous me ravissez, je craignais les obstacles que le temps amène quelquefois.
LA MARQUISE
Il ny en aura plus, Comte, et nous serons enfin heureux.
LE COMTE
Oui, très-heureux. Cependant, je crains pour votre santé. Il me semble que depuis quelque temps vous n'êtes pas bien .
LA MARQUISE
C'est peu de chose, et le plaisir de me voir entièrement à vous me remettra bientôt.
LE COMTE, se levant.
Je crois que vous ne douiez pas combien je désire que rien ne retarde mon bonheur?
LA MARQUISE
J'en suis persuadée. Avez-vous quelque chose à faire, Comte?
LE COMTE
Oui , cela ne sera pas long.
LA MARQUISE
Revenez tout de suite.
EMPOISONNEMENT. 5l
Oui , madame.
LA MARQUISE
Vous me le promettez ?
LE COMTE
Sûrement -, que voulez-vous que je fasse quand je ne vous vois pas 7 (Il son.)
LA MARQUISE
Mon sort est donc décidé .' avec quelle froideur il a reçu ce que je lui ai dit ! ah !