‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 245 sur 255 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE MARQUIS, L'HAMEÇON déguisé en peintr* en miniature. L HAMEÇON , faisant la révérence.

Je Tiens d'apprendre , monsieur le Marquis , qu'il vous est arrivé à l'instant un malheur , qui serait bien heureux pour moi, si vous le vouliez.

Qui êtes-vous ?

Je m'appelle Rajeuni, et je suis peintre en miniature.

Eh bien, qu'est-ce que vous me voulez?

l'hamecon.

C'est qu'il ne tient qu'à monsieur le Marquis de me faire gagner, en un quart-d'heure , cinquante louis.

Et comment cela?

l'hamecon.

Unedamede grande distinction melesa promis, si je puis lui

apporter un portrait fort ressemblant de monsieur le Marquis.

le marquis.

Ah, ah^ c'est cela?

l'hameçon.

Oui vraiment ; car elle vous aime si fort, qu'elle m en donnerait peut-être cent , si je réussissais.

le marquis.

C'est peut-être une vieille lèmme.

l'hameçon.

Non , vraiment , elle est jeune , et fort jolie.

Je ne l'ai donc jamais trouvée nulle part?

5l4 LES DEUX FILOUX.

Je De sais pas j mais elle ne pense qu à vous j elle ne parle que de vous.

Monsieur Rajeuni, vous me direz son nom?

l'hameçon.

Je ne le sais pas.

Sa demeure?

l'hameçon.

Elle est venue chez moi , et elle y revient tous les deux jours, pour voir si j'ai réussi. Il y a un mois que je suis monsieur le Marquis à tons les spectacles , aux promenades , au rempart j je commence bien mon portrait j mais comme vous ne tenez pas en place , je ne saurais l'achever.

Vous avez donc fait quelque chose? montrez-moi. l'hameçon.

Je ne l'ai pas ici ; mais si monsieur le Marquis voulait se tenir là , un petit quart-d'heure seulement , cela suffirait j et comme j'en ferais sûrement beaucoup de copies parce que je connais mille femmes qui voudraient en avoir, ma fortune serait faite.

Eh bien , j'y consens , à condition que vous ferez tout ce qu'il vous sera possible pour savoir quelle est la dame.

l'hameçon , faisant semblant de travailler.

Je vous le promets.

OÙ demeurez-vous?

l'hamfçon.

Monsieur le Marquis counaît-il la rue du Ponceau?

Non, mais mes gens la trouveront.

LES DEUX FILOUX. 5l5

l'hameçon.

Ils n auront qa'à demander Rajeuni , peintre en miniature chez un tabletier. '

lE MARQUIS.

Cela est bon.

l'hameçon.

Monsieur le Marquis, si vous vouliez bien vous tourner un peu de mon côté.

Comme cela?

l'hameçon.

Oui. Fort bien. Je ne suis pas étonné si toutes les dames sont amoureuses de vous ; vous avez des traits nobles , enchanteurs; tout cela n'est pas aisé à rendre.

On m'a toujours manqué.

l'hameçon.

Vous n'êtes pas comme cela , vous , monsieur le Marquis vous êtes sûr des coups que vous portez dans le cœur des dames. Aussi avec des yeux comme les vôtres, cela n'est pas étonnant.

Pouvez-vous rendre bien les yeux ?

l'hameçon.

Ecoutez donc, je n'en ai guère fait comme ceux-là.

Vous êtes honnête , monsieur Rajeuni.

l'hameçon.

Monsieur le Marquis , c'est l'état de la profession.

5l6 LES DEUX FILOUX.

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