‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 66 sur 255 · LE PRÉSIDENT, M"^« DE SAINT-CLAIR, TOU- RANGEAU · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT, M"^« DE SAINT-CLAIR, TOU- RANGEAU

TOURANGEAU

Madame de Saint-Clair.

M^« DE SAINT-CLAIR

En vérité , Président , il faut que je vous aime beaucoup, pour venir ici aujourd bui.

LE PRÉSIDENT

Quand ce ne serait que pour me cb armer de nouveau par cette assurance

j^ime DE SAINT-CLAIR, s'assejant.

Sans votre souper, je ne serais pas sortie, Président 5 mais je vous avoue que j'ai tout espéré du plaisir de me trouver cbez vous.

LE PRÉSIDENT

Vous me comblez de joie] Et je ne sais pas de quoi vous pouvez vous plaindre ; car en lionneur vous n'avez jamais été si belle: vos yeux....

M™« DE SAINT-CLAIR

Ne les regardez pas , Président.

LE PRÉSIDENT

Que je me refuse au plaisir d'y lire mon bonbeur? Ab î je ne me traiterai jamais avec tant de cruauté.

LE BOSSU. lii'J

M""^ DE SAINT -CLAIR

Il semble que vous m'aimiez rcellement.

Comment réellement? Qui pourrait vous en faire doujter un instant? Vous m'alarmez.

M™e DE SAINT-CLAIR.

Je ne sais , je crains que vous ne vous trompiez vous-même: de plus, vous revoyez madame de Mouson. Elle a bien des charmes , Président. C'est une personne d'un si grand mérite j elle en avait tant découvert en vous : les hommes sont flattés de cela , c'est tout simple ; et puis elle a tant de grâces, un peu gauches à la vérité 3 mais vous autres , vous ne distinguez pas tout cela.

LE PRÉSIDENT

Tout ce qui peut charmer en vous m'a-t-ii échappé?

jVime DE SAINT-CLAIR.

Ahî point de comparaison, s'il vous plaît; je craindrais trop d'être anéantie devant elle. C'est une bonne petite femme: je l'ai aimée autrefois.

LE PRÉSIDENT

C'est dans ce temps-là que vous avez blâmé son goût poui' moi.

Mme DE SAINT-CLATR.

Ah ! ne parlons plus de cela ; je me fais horreur à moi-même de vous avoir si mal connu. Je me suis fait justice dt^puis, en vous disant qu'elle n'était pas digne de vous j et je vous l'ai prouvé, je crois, en vous aimant.

LE PRÉSIDENT

J'en suis pénétré de reconnaissance. Elle a été piquée que je vous préférasse.

M"ie DE SAINT-CLAIR.

Oui , elle a eu la sottise de vous écrire qu elle ne vous aimait plus. Je vous avoue que celui-là m'a charmé.

LE PRÉSIDENT

C'était une noirceur que vous m'aviez faite là , d'avoir ridiculisé son goût pour moi.

l44. LE BOSSU.

m^^ DE SAINT-CLAIR.

Je vous l'ai dit , si je ne vous avais pas déjà aimé , ce qu elle peut faire m'importe -t- il assez pour devoir m'en occuper?

LE PRÉSIDENT

Oui , mais la manière dont vous vous êtes récriée partout, n'annonçait rien qui me fut favorable ; vous aviez même fait penser comme vous la plupart des femmes de Lyon. Puisque vous m'aimez , la réparation ne doit rien vous coûter.

m^^ DE SAINT-CLAIR.

Mais je vous épouse , Président , que voulez-vous de plus 7

LE PRÉSIDENT

Que ce ne soit pas dans votre terre j que ce soit ici, aux yeux de toute la ville.

M"ie DE SAINT-CLAIR.

C'est une folie que cette prétention-là. D'ailleurs la représentation me déplaît à mourir.

LE PRÉSIDENT

Vous n'êtes pas accoutumée au monde?

M™« DE SAINT-CLAIR

Ce n'est pas cela, mais

Mais, c'est que vous rougissez de votre choix, après le langage que vous avez tenu.

M'ne DE SAINT-CLAIR.

Quelle idée!

LE PRÉSIDENT

Mais pourquoi ne pas déclarer ce mariage? Si vous ne voulez pas qu'il se fasse ici, je vous suivrai partout où vous voudrez.

Mme DE SAINT-CLAIR.

Si VOUS voulez que je vous en dise la véritable raison , c'est que je promis, à la mort de mou mari , de ne jamais me remarier. Il est vrai que je n'étais C{u'un enfant.

LE BOSSU. l45

LE PRÉSIDENT

On connaît la valeur de ces promesscs-là , et elles ne doivent point vous arrêter. rr

M^e DE SAINT-CLAIR.

Rien ne peut vaincre ma répugnance là-dessus.

Page 1