LE PRÉSIDENT, M"^« DE SAINT-CLAIR, TOU- RANGEAU
TOURANGEAU
Madame de Saint-Clair.
M^« DE SAINT-CLAIR
En vérité , Président , il faut que je vous aime beaucoup, pour venir ici aujourd bui.
LE PRÉSIDENT
Quand ce ne serait que pour me cb armer de nouveau par cette assurance
j^ime DE SAINT-CLAIR, s'assejant.
Sans votre souper, je ne serais pas sortie, Président 5 mais je vous avoue que j'ai tout espéré du plaisir de me trouver cbez vous.
LE PRÉSIDENT
Vous me comblez de joie] Et je ne sais pas de quoi vous pouvez vous plaindre ; car en lionneur vous n'avez jamais été si belle: vos yeux....
M™« DE SAINT-CLAIR
Ne les regardez pas , Président.
LE PRÉSIDENT
Que je me refuse au plaisir d'y lire mon bonbeur? Ab î je ne me traiterai jamais avec tant de cruauté.
LE BOSSU. lii'J
M""^ DE SAINT -CLAIR
Il semble que vous m'aimiez rcellement.
Comment réellement? Qui pourrait vous en faire doujter un instant? Vous m'alarmez.
M™e DE SAINT-CLAIR.
Je ne sais , je crains que vous ne vous trompiez vous-même: de plus, vous revoyez madame de Mouson. Elle a bien des charmes , Président. C'est une personne d'un si grand mérite j elle en avait tant découvert en vous : les hommes sont flattés de cela , c'est tout simple ; et puis elle a tant de grâces, un peu gauches à la vérité 3 mais vous autres , vous ne distinguez pas tout cela.
LE PRÉSIDENT
Tout ce qui peut charmer en vous m'a-t-ii échappé?
jVime DE SAINT-CLAIR.
Ahî point de comparaison, s'il vous plaît; je craindrais trop d'être anéantie devant elle. C'est une bonne petite femme: je l'ai aimée autrefois.
LE PRÉSIDENT
C'est dans ce temps-là que vous avez blâmé son goût poui' moi.
Mme DE SAINT-CLATR.
Ah ! ne parlons plus de cela ; je me fais horreur à moi-même de vous avoir si mal connu. Je me suis fait justice dt^puis, en vous disant qu'elle n'était pas digne de vous j et je vous l'ai prouvé, je crois, en vous aimant.
LE PRÉSIDENT
J'en suis pénétré de reconnaissance. Elle a été piquée que je vous préférasse.
M"ie DE SAINT-CLAIR.
Oui , elle a eu la sottise de vous écrire qu elle ne vous aimait plus. Je vous avoue que celui-là m'a charmé.
LE PRÉSIDENT
C'était une noirceur que vous m'aviez faite là , d'avoir ridiculisé son goût pour moi.
l44. LE BOSSU.
m^^ DE SAINT-CLAIR.
Je vous l'ai dit , si je ne vous avais pas déjà aimé , ce qu elle peut faire m'importe -t- il assez pour devoir m'en occuper?
LE PRÉSIDENT
Oui , mais la manière dont vous vous êtes récriée partout, n'annonçait rien qui me fut favorable ; vous aviez même fait penser comme vous la plupart des femmes de Lyon. Puisque vous m'aimez , la réparation ne doit rien vous coûter.
m^^ DE SAINT-CLAIR.
Mais je vous épouse , Président , que voulez-vous de plus 7
LE PRÉSIDENT
Que ce ne soit pas dans votre terre j que ce soit ici, aux yeux de toute la ville.
M"ie DE SAINT-CLAIR.
C'est une folie que cette prétention-là. D'ailleurs la représentation me déplaît à mourir.
LE PRÉSIDENT
Vous n'êtes pas accoutumée au monde?
M™« DE SAINT-CLAIR
Ce n'est pas cela, mais
Mais, c'est que vous rougissez de votre choix, après le langage que vous avez tenu.
M'ne DE SAINT-CLAIR.
Quelle idée!
LE PRÉSIDENT
Mais pourquoi ne pas déclarer ce mariage? Si vous ne voulez pas qu'il se fasse ici, je vous suivrai partout où vous voudrez.
Mme DE SAINT-CLAIR.
Si VOUS voulez que je vous en dise la véritable raison , c'est que je promis, à la mort de mou mari , de ne jamais me remarier. Il est vrai que je n'étais C{u'un enfant.
LE BOSSU. l45
LE PRÉSIDENT
On connaît la valeur de ces promesscs-là , et elles ne doivent point vous arrêter. rr
M^e DE SAINT-CLAIR.
Rien ne peut vaincre ma répugnance là-dessus.