M™«DE MOUSON, LE PRÉSIDENT, TOURANGEAU
TOURANGEAU
Madame de Mouson.
LE PRÉSIDENT
Ail, madame, il est bien honnête à vous d'arriver de si bonne heure î
M"i« DE MOUSON.
Honnête ! ce n'est pas là le mot, Président, convenez-en. Vous savez le plaisir que j'ai à être avec vous.
LE PRÉSIDENT
Madame , il ne peut pas surpasser le mien , je vous le jure. Si vous pouviez concevoir le bonheur que je goûte en vous ai-
l40 LE BOSSU.
mant, cette sorte fVadmiralion que j'ai pour moi, d'avoir pu toucher un cœur comme ie vôtre ! Réellement vous finirez par me rendre d'un amour-propre excessif.
M'"« DE MOUSON.
Yous en dites autant peut-être à madame de Saint- Clair.
LE PRÉSIDENT
Sûrement ; j'étudie auprès de vous tout ce que je dois lui dire , et elle n'imagine pas que c est à vous qu'elle le doit.
-^ M^ne DE MOUSON.
Mais elle est fort jolie, et je ne serais pas surprise qu'à la fm elle ne parvînt à vous plaire réellement.
LE PRÉSIDENT
Cela i'erait honneur à mon goCit, à ma façon de penser, surtout après la comparaison que je dois faire de vous à elle. Quelle différence! Que son àme est loin de ressembler à la vô tre ] Quel e.^prit que le sien ! tn vérité, il n'y a que le désir de vous venger qui puisse me faire supporter l'excès d'ennui et de dégoût qu'elle m inspire.
M'"'' DE MOUSON.
Vous le dites , et je le dois croire -, mais je n'aime point ce désir que vous avez de me venger. Je vous l'ai déjà dit: que m'importe ce ([uellea pu dire et penser 7 Était-elle faite pour sentir tout ce que vous valez? Tenez, Président, c'est plus votre amour -propre que ma gloire que vous voulez satisfaire.
LE PRESIDENT
S'il n'était question que de mon amour-propre, la manière dont elle l'a attaqué m'inquiéterait peu ; je ne tiens pas beaucoup aux défauts qu'elle m'a reprochés.
Mme DE MOUSON.
Eh bien, en voilà assez. Mandez-lui tout simplement que vous êtes revenu à moi, et que je vais vous épouser. Sicile vous aime , elle sera assez punie par le regret de vous perdre.
Oui , mais elle ne conviendrait pas qu'elle m'a aimé , et je veux que tout le monde le sache.
LE BOSSU. l4l
M'"'' DE MOUSON.
Vous dites qu'elle conseut à vous épouser.
LE PRÉSIDENT
Il est vrai.
M™e CE MOUSON.
Que voulez-vous de plus ?
LE PRÉSIDExNT.
Elle veut que nous partions secrètement pour sa terre de Saint- Clair, pour aller nous y marier, et ne revenir que quand elle croira quon ne parlera plus de ce mariage 5 moi , je n'aime pas le mystère avec elle , je veux que mon triomphe éclate.
M^^ DE MOUSON.
Allons , vous êtes fou. Finissez celte plaisanterie-là.
LE PRÉSIDENT
Dès ce soir même.
M^e DE MOUSON.
Comment?
LE PRÉSIDENT
Elle vient souper ici avec vous.
Min« DE MOUSON.
Quel est votre projet 7
Puisque vous êtes arrivée avant elle, il faut que vous vous cachiez; sûrement elle va venir. Entrez dans ce cahinet , et vous n'en sortirez que quand vous le jugerez à propos. Vous me ferez des reproches de vous avoir sacrifiée à elle; je ferai rétonné de l'excès de jalousie que vous montrerez; elle sera enchantée de triompher devant vous , et je me charge du reste.
M™^ DE MOUSON.
A quoi cela sera-t-il bon?
LE PRÉSIDENT
A riiumilier, et peut-être à la corriger.
M™e DE MOUSON.
Vous ne la corrigerez point ; et je me suis bien des fois repentie de la lettre que vous avez exigée de moi, pour la faire
1^2 LE BOSSIJ.
tomber dans le piège que vous vouliez lui tendre. Il n'y a peutêtre jamais eu que vous qui ait désiré de celle qu'il aime , qu elle lui écrive qu'elle ne Taime plus.
LE PRÉSIDENT
Cela a bien réussi. J'entends quelqu'un; sauvez-vous dans le cabinet.
M°^e DE MOUSON , selevant.
Avouez que vous me faites faire tout ce que vous voulez.
(EII« entre dans le cabinet.)