M. DE PLATEAU
Cela est bien difficile ; ce n'est pas que je ne veuille faire ce
que vous voudriez, car moi Monsieur est officier, je
crois?
M. DE SAINT-BRICE
Oui, monsieur.
Je le disais bien : quand je vois qu on a comme cela la croix , je dis , il faut que ce soit quelqu'un qui serve ou qui a servi ; car nous avons une étape à Nogent.
M. DE SAINT-BRICE
Vous êtes de Nogent?
M. DE PLAVEAU.
Oui, monsieur, je me nomme Plaveau, et je suis officier aussi , moi ; mais pas de même que vous , je suis officier de justice^ je suis bailli de INogent^ et j'ai voulu être encore officier autrement, c'est-à-dire.... avoir une charge... Cest bien une charge que celle de bailli ; mais je veux dire une charge plus honorable; quand je dis plus honorable, c'est-à-dire une charge chez le roi.
M. DE SAINT-BRICE
Vous êtes officier du roi ?
M. DE PLAVEAU.
Oui, monsieur, j'ai cet honneur-là, je suis officier du gobelet.
M. DE SAINT-BRICE
Ah , c'est très-bien , monsieur : je vous souhaite le bonsoir.
M. DE PLAVEAU.
Monsieur, vous avez bien de la bonté j mais pour en revenir à ce que nous disions , c'est une charge où il faut parler devant le roi. Je suis bien accoutumé à parler en public , car j'ai été reçu avocat à Bourges et puis je juge tous les jours j c'est-à-dire, quand il y a des causes à mon bailliage , pour lors
i8 l'officier
je parle ; mais parler devant le roi , c'est difFérent , et il faut un peu s'étudier pour cela.
M. DE SAINT-BRICE
En ce cas-là , monsieur, je vous demande pardon de vous avoir interrompu, je suis bien votre serviteur.
M. DE PLAVEAU.
Vous ne m'avez point interrompu, monsieur, aucontraire: et je pense une chose, même
M. DE SAINT-BRICE
Quoi?
M. DE PLAVEAU.
Vous pourriez..,., je dis si vous vouliez , vous pourriez me donner votre avis sur la manière dont
M. DE SAINT-BRICE
Une autre fois , tant que vous voudrez.
M. DE PLAVEAU.
C'est bien honnête à vous , monsieur ; mais c'est démain que je commence, et
M. DE SAINT-BRICE
J'en suis bien fâché , mais
M. DE PLAVEAU.
C'est l'affaire d'un instant.
M. DE SAINT-BRICE
En vérité , je ne peux pas.
Je vous en prie. Demain quand le roi sera à table ; car j'ai déjà vu tout cela , il est là , et moi ici. Le roi demande à boire , et moi : voilà ce que je dis aussitôt, A boire pour le roi.
M. DE SAINT-BRICE
C'est fort bien.
M. DE PLAVEAU.
- Oui , c'est ce que je dois dire ; mais c'est le ton que je cherche, j'ai envie de dire comme cela (i). A boire pour le roi , ou à boire pour le roi , ou à boire pour le roi : non , je ny suis pas.
(x) Il prend différents tons.
M. DE SAINT-BRICE
Je trouve que c'est fort bien.
M. DE PLAVEAU.
Non , j'avais trouvé un autre ton àNogent, que je cherche. Ah , je crois que le voilà, écoulez , je vous prie : A boire pour le roi j non : A boire pour le roi ; ce n'est pas tout-à-fait cela , je le sens bien.
M. DE SAINT-BRICE-
Je vous assure que c est à merveille.
BI. DE PLAVEAU.
Vous me flattez , mais si vous m'aviez entendu à Nogent , vous verriez bien.... Tenez , voilà, je crois^ comme je disais: A boire pour.... Je ne saurais retrouver ce ton-là ; mais d'ici à demain il faudra bien en venir à bout.
M. DE SAINT-BRICE
Sûrement, je vous demande bien pardon , mais....
C'est juste , il faut que chacun fasse ses affaires. Je suis bien aise d'avoir eu l'honneur de taire votre connaissance , parce qu'on cause quelquefois.
M. DE SAINT-BRICE
Prenez donc votre lumière.
M. DE PLAVEAU.
Ah, oui , j'oubliais... :^ quand on a quelque chose comme cela dans la tète.... Je vous remercie bien, monsieur j je suis votre très-humble serviteur, (ii sort.)
M. DE SAINT-BRICE
Enfin , le voilà parti/
M. DE PLAVEAU , revenant.
Monsieur, je pense une chose : si je pouvais vous être utile pour votre mémoire....
M. DE SAINT-BRICE
Non, monsieur j je vous prie de vouloir bien
M. DE PLAVEAU.
Je fais acte de bonne volonté , au moins.
M. DE SAINT- BRICE
Je VOUS en suis obligé -, permettez que je finisse mon mémoire. (M.dePlaveau sort et revient.)