M. LEROJND, M. DE SAINT-MAUR
M. DE SAINT-MAUR , en entrant.
Voilà le sallon , apparemment?
Oui j n'est-il pas bien?
M. DE SAINT-MAUR
Fort bien , fort bien.
M. LEROND
J'ai là ma chambre à coucher de plain-pied au jardin, un cabinet, et tout ce qu il me faut. Cela est un peu petit: mais je me tiens ici toute la journée^ et à la campagne
M. DE SAINT-MAUR
Votre maison est fort jolie , je vous assure.
M. LEROND
Nous avons dans ce village une assez bonne compagnie, et j'y passe six mois de Tannée. J'ai sept petits appartements à donner, qui ne sont pas mal^ voulez-vous les voir?
M. DE SAINT-MAUR
Non , je n'ai pas le temps.
M. LEROND
Pour un homme veuf il n'en faut pas davantage 3 n'est-ce pas?
M. DE SAINT-MAUR
Il y a bien des gens qui voudraient en avoir la moitié,
M. LEROND
Vous devriez venir passer comme cela quelque temps avec moi, et amener mademoiselle votre nièce.
l52 LA ROBE-DE-CHAMBRE.
M. DE SAINT-MAUR
C'est ce que je vieus vous proposer.
M. LEROND
Tout de bon? Voilà qui est agir en ami. Et quand viendrezvous?
M. DE SAINT-MAUR
Aujourd'hui.
M. LEROND
Vous badinez?
M. DE SAINT-MAUR
Non , vraiment j nous sommes venus dîner chez madame deLaruCj j'y ai laissé ma nièce, pour venir vous faire cette proposition.
M. LEROND
Il fallait venir diner ici tout de suite.
M. DE SAINT-MAUR
Je ne voulais pas venir m'ëtablir comme cela de but-enblanc tout d'un coup , sans vous prévenir.
M. LEROND
Voilà une jolie manière , pour un ami de vingt-cinq ans, car il y a vingt-cinq ans que nous étions ensemble chez le procureur.
M. DE SAINT-MAUR
Il y en a vingt-huit, mon ami.
M. LEROND
Tant que cela?
M. DE SAINT-MAUR
Oui , vraiment.
M. LEROND
Écoutez donc , je crois que vous avez raison ; car je me suis marié neuf ans après : j'ai gardé ma femme onze ans , et il y a huit ans qu'elle est morte : ceci est vrai. Comme le temps passe !
M. DE SAINT-MAUR
Qu'est-ce que cela fait, pourvu qu'on se porte bien?
LA ROBE-DE-CIiAMBRE. I 53
M. LEROND
Comme vous dites ; voilà le principal. Ah çà , je m'en vais prendre ina canne et mon chapeau , pour aller chercher mademoiselle deTÉpine.
M. DE SAINT-MAUR
Voilà une belle cérémonie l Elle joue au wisth j je vous l'amènerai : faites vos affaires .
M. LEROND
Vous ne voulez pas 7
M. DE SAINT-MAUR
Non, non.
M, LEROND
Mais c'est que cela serait plus honnête.
M. DE SAINT-MAUR
Voulez-vous faire des façons avec nous?
Vous savez bien que je n en fais jamais,
M. DE SAINT-MAUR
Tenez-vous donc tranquille.
M. LEROND
Allons , puisque vous le voulez , je resterai pour donner des ordres à dame Françoise , afin que votre nièce soit bien.
M. DE SAINT-MAUR
Elle le sera toujours, dès qu'elle sera chez vous. Je vais la chercher.
M. LEROND
Allez , allez , je vous attends.
M. DE SAINT-MAUR
Bonjour, mon ami.
M. LEROND
Vous me faites réellement plaisir. Adieu, (il appelle.) Dame Françoise , Dame Françoise !
i34 i^A ROBE-DE-CHAMBRE.