‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 72 sur 255 · M. LEROJND, M. DE SAINT-MAUR · texte numérisé non relu

M. LEROJND, M. DE SAINT-MAUR

M. DE SAINT-MAUR , en entrant.

Voilà le sallon , apparemment?

Oui j n'est-il pas bien?

M. DE SAINT-MAUR

Fort bien , fort bien.

M. LEROND

J'ai là ma chambre à coucher de plain-pied au jardin, un cabinet, et tout ce qu il me faut. Cela est un peu petit: mais je me tiens ici toute la journée^ et à la campagne

M. DE SAINT-MAUR

Votre maison est fort jolie , je vous assure.

M. LEROND

Nous avons dans ce village une assez bonne compagnie, et j'y passe six mois de Tannée. J'ai sept petits appartements à donner, qui ne sont pas mal^ voulez-vous les voir?

M. DE SAINT-MAUR

Non , je n'ai pas le temps.

M. LEROND

Pour un homme veuf il n'en faut pas davantage 3 n'est-ce pas?

M. DE SAINT-MAUR

Il y a bien des gens qui voudraient en avoir la moitié,

M. LEROND

Vous devriez venir passer comme cela quelque temps avec moi, et amener mademoiselle votre nièce.

l52 LA ROBE-DE-CHAMBRE.

M. DE SAINT-MAUR

C'est ce que je vieus vous proposer.

M. LEROND

Tout de bon? Voilà qui est agir en ami. Et quand viendrezvous?

M. DE SAINT-MAUR

Aujourd'hui.

M. LEROND

Vous badinez?

M. DE SAINT-MAUR

Non , vraiment j nous sommes venus dîner chez madame deLaruCj j'y ai laissé ma nièce, pour venir vous faire cette proposition.

M. LEROND

Il fallait venir diner ici tout de suite.

M. DE SAINT-MAUR

Je ne voulais pas venir m'ëtablir comme cela de but-enblanc tout d'un coup , sans vous prévenir.

M. LEROND

Voilà une jolie manière , pour un ami de vingt-cinq ans, car il y a vingt-cinq ans que nous étions ensemble chez le procureur.

M. DE SAINT-MAUR

Il y en a vingt-huit, mon ami.

M. LEROND

Tant que cela?

M. DE SAINT-MAUR

Oui , vraiment.

M. LEROND

Écoutez donc , je crois que vous avez raison ; car je me suis marié neuf ans après : j'ai gardé ma femme onze ans , et il y a huit ans qu'elle est morte : ceci est vrai. Comme le temps passe !

M. DE SAINT-MAUR

Qu'est-ce que cela fait, pourvu qu'on se porte bien?

LA ROBE-DE-CIiAMBRE. I 53

M. LEROND

Comme vous dites ; voilà le principal. Ah çà , je m'en vais prendre ina canne et mon chapeau , pour aller chercher mademoiselle deTÉpine.

M. DE SAINT-MAUR

Voilà une belle cérémonie l Elle joue au wisth j je vous l'amènerai : faites vos affaires .

M. LEROND

Vous ne voulez pas 7

M. DE SAINT-MAUR

Non, non.

M, LEROND

Mais c'est que cela serait plus honnête.

M. DE SAINT-MAUR

Voulez-vous faire des façons avec nous?

Vous savez bien que je n en fais jamais,

M. DE SAINT-MAUR

Tenez-vous donc tranquille.

M. LEROND

Allons , puisque vous le voulez , je resterai pour donner des ordres à dame Françoise , afin que votre nièce soit bien.

M. DE SAINT-MAUR

Elle le sera toujours, dès qu'elle sera chez vous. Je vais la chercher.

M. LEROND

Allez , allez , je vous attends.

M. DE SAINT-MAUR

Bonjour, mon ami.

M. LEROND

Vous me faites réellement plaisir. Adieu, (il appelle.) Dame Françoise , Dame Françoise !

i34 i^A ROBE-DE-CHAMBRE.

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