SCÈNE IL M. LEROND, DAME FRAISÇOISE
DAME FRANÇOISE , apportant une robe-de-chambre.
Eh bien, me voilà , me voilà j il ne faut pas crier si fort.
M. LEROND
Je ne vous savais pas si près.
Oh! vous croyez toujours qu'où ne pense pas à vous. Allons, voulez-vous mettre votre robe-de-chambre à présent?
M. LEROND
Non, pas encore : mettez-la sur celte chaise.
DAME FRANÇOISE
Pourquoi cela donc 7
M. LEROND
Parce que. ... Oii est Saint-Louis ?
DAME FRANÇOISE
Vous savez bien que vous Tavez envoyé à Paris.
M. LEROND
Ah ! c'est vrai.
DAME FRANÇOISE
Pourquoi ne mettez-vous pas votre robe-de-chambre aujourd'hui , vous qui aimez tant à être à voire aise?
M. LEROND
Parce qu'il va me venir du monde. ^.
DAME FRANÇOISE
Du monde, du monde! Cela ne vous coûte rien à vous de prier les gens. C'est donc pour souper ? Je n'ai rien.
M. LEROND
Il faudra bien que vous trouviez quelque chose^ car ce n'est pas pour un jour. Cette vitre est-elle raccommodée dans la chambre jaune?
LA ROBE-DE-CHAMBRE. l55
DAME FRANÇOISE
Eh, mon dieu, non.
M. LEROND
Il faut aller chercher le vitrier.
DAME FRANÇOISE
Saint-Louis ira quand il sera revenu. Qui esl-ce qui vient donc loger ici 7
M. LEROND
M. de Saint-Manr, etc....
DAME FRANÇOISE
Ah! M. de Saint-Maur, à la bonne heure.
M. LEROND
Et sa nièce.
DAME FRANÇOISE
Mademoiselle de TÈpine?
M. LEROND
Oui.
DAME FRANÇOISE
Qu'est-ce que vous voulez faire de cela? C'est une pie-grièche plus droite, plus dédaigneuse, plus glorieuse, plus sèche !
M. LEROND
Voilà comme vous êtes ; vous dites toujours du mal des gens que vous n'aimez pas. Qu'est-ce qu elle vous a fait?
A moi? Oh rien, Je ne lui ai jamais parlé, et je ne lui parlerai jamais.
M. LEROND
Vous voilà toujours avec vos préventions.
DAME FRANÇOISE
Mes préventions? Et si c'était une demoiselle comme une autre, est-ce qu'elle serait venue à trente ans sans être mariée? Moi, j'ai été mariée à dix-neuf j mais aussi, c'est que je ne faisais pas la sucrée comme elle.
M. LEROND
Allons, ne dites pas de ces choses-là.
l56 LA ROBE-DE-CHAMBRE.
DAME FRANÇOISE
Oh! je n aurai que faire de le dire, vous le verrez bien. Il semble qu elle ne veuille pas des hommes, et elle croit qu ils sont tous amoureux d'elle^ mais je n'en dis rien, ce n'est pas là mon affaire.
M. LEROND
Et qui est-ce qui vous a fait ces contes-là7
DAME FRANÇOISE
Des contes? Ah pardi! demandez à Saint-Louis j il vous dira si ce sont des contes.
M. LEROND
Saint-Louis 7
Oui, il a servi M. de Sainl-Maur.
M. LEROND
Je le sais bien.
DAME FRANÇOISE
Il n est sorti de chez lui qu à cause de cette belle demoisellelà.
M. LEROND
Vous le croyez ?
DAME FRANÇOISE
Eh pardi ! demandez-le à lui-même -, il vous dira qu'un jour elle s'est plainte à M. de Saint -Maur que Saint-Louis était amoureux d'elle, parce qu'il la regardait quand elle lui parlait. M. de Sainl-Maur a eu beau lui dire qu'ellese trompait, parce que le pauvre garçon est louche, comme vous savez j elle n'en a voulu rien croire.
M. LEROND
Allons, allons.
DAME FRANÇOISE
Et elle l'a fait sortir.
M. LEROND
Arrangez toujours la chambre jaune et la chambre rouge pour eux.
LA ROBE-DE-CHAMBRE. l5j
DAME FRANÇOISE
Oh, Saint-Louis les arrangera quand il sera rCTcnu : il faut que je songe à mon souper, moi.
Allez-vous-en doncj car je crois que je les entends.
DAME FRANÇOISE
AlîJ je ne veux pas la voir tant seulement. (Elle sort.)
M. LEROND
Les domestiques sont de drôles de gens! Ils voient tout le monde avec envie, les pauvres malheureux!