‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 73 sur 255 · SCÈNE IL M. LEROND, DAME FRAISÇOISE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL M. LEROND, DAME FRAISÇOISE

DAME FRANÇOISE , apportant une robe-de-chambre.

Eh bien, me voilà , me voilà j il ne faut pas crier si fort.

M. LEROND

Je ne vous savais pas si près.

Oh! vous croyez toujours qu'où ne pense pas à vous. Allons, voulez-vous mettre votre robe-de-chambre à présent?

M. LEROND

Non, pas encore : mettez-la sur celte chaise.

DAME FRANÇOISE

Pourquoi cela donc 7

M. LEROND

Parce que. ... Oii est Saint-Louis ?

DAME FRANÇOISE

Vous savez bien que vous Tavez envoyé à Paris.

M. LEROND

Ah ! c'est vrai.

DAME FRANÇOISE

Pourquoi ne mettez-vous pas votre robe-de-chambre aujourd'hui , vous qui aimez tant à être à voire aise?

M. LEROND

Parce qu'il va me venir du monde. ^.

DAME FRANÇOISE

Du monde, du monde! Cela ne vous coûte rien à vous de prier les gens. C'est donc pour souper ? Je n'ai rien.

M. LEROND

Il faudra bien que vous trouviez quelque chose^ car ce n'est pas pour un jour. Cette vitre est-elle raccommodée dans la chambre jaune?

LA ROBE-DE-CHAMBRE. l55

DAME FRANÇOISE

Eh, mon dieu, non.

M. LEROND

Il faut aller chercher le vitrier.

DAME FRANÇOISE

Saint-Louis ira quand il sera revenu. Qui esl-ce qui vient donc loger ici 7

M. LEROND

M. de Saint-Manr, etc....

DAME FRANÇOISE

Ah! M. de Saint-Maur, à la bonne heure.

M. LEROND

Et sa nièce.

DAME FRANÇOISE

Mademoiselle de TÈpine?

M. LEROND

Oui.

DAME FRANÇOISE

Qu'est-ce que vous voulez faire de cela? C'est une pie-grièche plus droite, plus dédaigneuse, plus glorieuse, plus sèche !

M. LEROND

Voilà comme vous êtes ; vous dites toujours du mal des gens que vous n'aimez pas. Qu'est-ce qu elle vous a fait?

A moi? Oh rien, Je ne lui ai jamais parlé, et je ne lui parlerai jamais.

M. LEROND

Vous voilà toujours avec vos préventions.

DAME FRANÇOISE

Mes préventions? Et si c'était une demoiselle comme une autre, est-ce qu'elle serait venue à trente ans sans être mariée? Moi, j'ai été mariée à dix-neuf j mais aussi, c'est que je ne faisais pas la sucrée comme elle.

M. LEROND

Allons, ne dites pas de ces choses-là.

l56 LA ROBE-DE-CHAMBRE.

DAME FRANÇOISE

Oh! je n aurai que faire de le dire, vous le verrez bien. Il semble qu elle ne veuille pas des hommes, et elle croit qu ils sont tous amoureux d'elle^ mais je n'en dis rien, ce n'est pas là mon affaire.

M. LEROND

Et qui est-ce qui vous a fait ces contes-là7

DAME FRANÇOISE

Des contes? Ah pardi! demandez à Saint-Louis j il vous dira si ce sont des contes.

M. LEROND

Saint-Louis 7

Oui, il a servi M. de Sainl-Maur.

M. LEROND

Je le sais bien.

DAME FRANÇOISE

Il n est sorti de chez lui qu à cause de cette belle demoisellelà.

M. LEROND

Vous le croyez ?

DAME FRANÇOISE

Eh pardi ! demandez-le à lui-même -, il vous dira qu'un jour elle s'est plainte à M. de Saint -Maur que Saint-Louis était amoureux d'elle, parce qu'il la regardait quand elle lui parlait. M. de Sainl-Maur a eu beau lui dire qu'ellese trompait, parce que le pauvre garçon est louche, comme vous savez j elle n'en a voulu rien croire.

M. LEROND

Allons, allons.

DAME FRANÇOISE

Et elle l'a fait sortir.

M. LEROND

Arrangez toujours la chambre jaune et la chambre rouge pour eux.

LA ROBE-DE-CHAMBRE. l5j

DAME FRANÇOISE

Oh, Saint-Louis les arrangera quand il sera rCTcnu : il faut que je songe à mon souper, moi.

Allez-vous-en doncj car je crois que je les entends.

DAME FRANÇOISE

AlîJ je ne veux pas la voir tant seulement. (Elle sort.)

M. LEROND

Les domestiques sont de drôles de gens! Ils voient tout le monde avec envie, les pauvres malheureux!

Page 1