SCÈNE III
MAÎTRE FEUILLET, un peu après, M. CALLOU.
MAITRE FEUILLET. Si ma femme pouvait vendre, au marché de mardi, notre vieille vache cent cinquante francs, en achetant la petite taure de la mère Bellait cinquante francs, dans dix-huit mois nous aurions une bête qui voudrait deux fois celle dont nous voulons nous défaire.
M. CALLOU. Maître Feuillet, voudriez-vous me rendre le service de voir si Lubin n'est pas à l'église? Je ne l'ai pas prévenu que je viendrais aujourd'hui; il n'y a personne à la maison, et je suis à la porte de chez moi.
ivuiTRE FEUILLET. C'est qu'en effet c'est une rareté que de vous voir ici le dimanche malin. Ordinairement vous restez ce jour-là à la ville pour assister à la messe militaire, afin d'être reluqué par le préfet et par les autres autorités. Vous faites morgue ben! Quand on est employé à la préfecture, faut donner dans ces malices-là, n'est-ce pas donc?
M. CALLOU. Avec le préfet et les autorités qu'on a à cette heure, il n'y a pas de malice qui tienne, maître Feuillet; on aurait eu beau faire de la fausse monnaie toute sa vie pour ce parti-là, aussitôt qu'on dit : « En voilà assez », ils vous renvoient.
MAITRE FEUILLET. Ils VOUS out donc reuvoyé?
M. CALLOU (essayant de sourire). Dieu merci! (En soupirant.) Voulez-vous voir si Lubin est là ?
MAITRE FEUILLET. Ah! VOUS n'êtes plus commis! Qu'estce que vous avez donc fait de suspect?
M. CALLOU. J'ai assisté à un banquet que tous les honnêtes gens du département ont donné à un de nos députés.