MAÎTRE FEUILLET, LE BRIGADIER
LE BRIGADIER. Savez-vous ce qui lui a fait retirer sa place?
MAITRE FEUILLET. Il parle d'un ban d'un ban d'un
banquet et d'un député ; v'ià à peu près.
LE BRIGADIER. Quoi ! ce Serait par rapport à ce banquet qui a eu lieu il y a huit jours ! Mais ce député était un ultra ! Apparemment qu'il ne l'est pas assez pour ce qu'on veut faire. C'est à y perdre la tête. Quand je pense que c'est lui qui m'a fait nommer brigadier ! Si j'avais été de rang à dîner avec lui, j'y aurais dîné, moi, de bonne foi , comme un imbécile. Ah! c'est là le crime de monsieur Callou ! En vérité, je n'y comprends rien.
MAITRE FEUILLET. Que ça ne fasse pas baisser le prix des vaches, c'est tout ce que je demande. J'en ai une à vendre au marché de mardi.
LE BRIGADIER. Vous ne pcDScz qu'à votre intérêt, vous, maître Feuillet.
MAITRE FEUILLET. A quoi peusez-vous donc, vous, monsieur le brigadier?
LE BRIGADIER. Je pense que je vais attendre monsieur de Saint-Chéron au sortir de la messe. C'est un fier royaliste, lui ; Je verrai bien ce qu'il me dira.
MAITRE FEUILLET. Il u'est pas à la messe tout justement. Il n'y a que madame de Saint-Chéron et mademoiselle Christine.
LE BRIGADIER. En ce cas-là, je vas pousser jusqu'au château.
(Il sort.)
MAÎTRE FEUILLET, MADAME DE SAINT-CHERON , CHRIS- TINE, FIRMIN, MADEMOISELLE DU.NOYER.
MAITRE FEUILLET. Ça lui Va ben de rae reprocher d'être intéressé. Est-ce qu'il ne faut pas payer le percepteur? Si on ne payait pas le percepteur, qui est-ce qui les paierait eux autres?
MADAME DE SAINT-CHÉRON (entrant sur la scène). Vous a\ez quelqu'un qui vous monte la tête, Firmin.
FIRMIN. OÙ verrais-je ce quelqu'un-là? je ne vous quitte pas; je ne lis que vos journaux; je ne connais pas d'autres personnes que celles que vous connaissez.
MADAME DE SAINT-CHÉRON. Le comité directeur est si adroit !
FIRMIN. Le comité directeur est un mot qu'on a inventé pour déconcerter ceux dont on redoute le bon sens.
MADAME DE SAINT-CHÉRON. JoH bon sens que celui qui vous fait faire des contorsions de possédé dans une église !
CHRISTINE. Ah! ma tante, des contorsions de possédé!
FIRMIN. J'ai seulement eu un moment de surprise quand j'ai entendu le curé dire en chaire à ses paroissiens qu'il les ferait bien obéir maintenant, parce qu'il avait pour lui la force civile.
MADAME DE SAINT-CHÉRON. C'est l'autoriié civile qu'il aurait dû dire, je le sais bien ; mais cela valail-il de sauter sur place comme vous l'avez fait ?
MAITRE FEUILLET. Pardon , madame. Qu'est-ce que les curés ont donc de nouveau?
MADAME DE SAINT-CHÉRON. Ah! c'cst VOUS maître Feuillet? Je ne vous vois jamais à la messe.
MAITRE FEUILLET. Ma femme et ma fille y vont.
MADAME DE SALNT-CHÉRON. Mais VOUS !
MAITRE FEUILLET. MoDsieur le curé m'en veut; il m'a déjà
apostrophé une fois; je n'ai pas envie qu'il recommence
Ce n'est pas ce qu'il me. dit; ça m'est ben égal ; nez à nez, je
ne ferais qu'en rire; mais quand tous les yeux se fisquenl sur vous, on n'aime pas ça.
FiRMiN. Voilà le comité directeur, madame ; il n'y en a pas d'autre. A force d'abuser de tout , on fait que chacun se retire.
MADEMOISELLE DUNOYER. Il me Semble qu'on ne devrait pas avoir le droit de se retirer.
MADAME DE SAiNT-CHÉRON. Bien , bien , très-bien , mademoiselle Dunoyer. On ne devrait avoir le droit de rien, pour mieux dire, excepté le droit de faire ce qu'on vous dirait de faire.
FIRMIN. Ce serait très-commode pour ceux qui auraient le droit de dire.
CHRISTINE (à demi-voix). Firmin, allez-vous recommencer?
MAITRE FEUILLET (à part). Il cst gentil, le petit monsieur; je le comprends toujours bien.