‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 162 sur 382 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

la faule? Si, au lieu de vous remarier à une petite maîtresse, vous eussiez pris une femme comme la première madame Vermont, une femme à principes, une femme de ménage, votre fille aurait eu de meilleurs exemples devant les yeux.

MADAME LEDOUX. Ce n'est pas que madame Vermont actuelle n'ait de très-grandes qualités.

MADAME DURAND. Nommcz-en donc une, ma sœur; je vous en défie.

MADAME LEDOUX. Quo VOUS êtes vive, ma sœur !

M. VERMONT. La franchise de madame Durand va quelquefois un peu loin.

MADAME DURAND. Je sais qu'elle n'est pas du goût de tout le monde; mais pourquoi me cacherais-je d'en vouloir à madame Vermont? Ne devait-elle pas cliercher à diriger ces jeunes gens? Elle qui a tant d'expérience, ne pouvait-elle pas s'en servir pour faire le bonheur de sa belle-fille?

MADAME LEDOUX (d'uu ton attendri). Et par contre-coup celui de notre pauvre neveu.

MADAME DURAND. Un jeune homme que nous regardions comme notre fils!

MADAME LEDOUX. Que nous aimions plus que nous-mêmes, que nous avions pour ainsi dire élevé , puisqu'il avait eu le malheur de perdre ses parents à l'âge de dix-huit ans!

MADAME DURAND. Ces choses-lcî ne se pardonnent jamais.

M. VERMONT. Tout n'est pas désespéré.

MADAME LEDOUX. C'esl bien avancé du moins; le cœur d'un père cherche toujours à se faire illusion, et vous êtes un si bon père 1

M. VERMONT. Tout le monde sait combien j'aime ma fille.

MADAME LEDOUX. Il n'y a qu'une voix là-dessus. Vous aimez madame Lori comme nous aimons notre neveu.

MADAME DURAND. Oui, mais avec cette différence qu'il n'y a rien à lui reprocher à lui.

MADAME LEDOUX. Ma sœur, ma sœur, vous parlez à un père ; il faut avoir des égards.

MADAME DURAND. Dos égards ! Eh ! qui vous empêchait d'en avoir plus tôt, ma sœur? Pourquoi donc alliez-vous de porte

ftii porte clabauder contre ce mariage avant qu'il se fît, et avez-vous continué depuis qu'il est fait? Je sais que cela ne vous empêchait pas de voir les jeunes gens et de les accabler de caresses. Ce n'est pas ma manière à moi. Je suis saint Jean-Bouclie-d'Or ; ce que je dis en arrière, je le dis aussi devant les gens. Je n'aime pas les trigauderies.

MADAME LEDOUX. Mais, ma sœur, à qui en avez-vous?

M. VERMONT. Vous n'y pensez pas, madame Durand.

MADAME LEDOLT. Son bon cœur l'emporte loin quelquefois. (A part.) Qu'elle est méchante!

MADAME DiRAND. Ah! voilà qui est fini. Je n'en veux jamais aux gens des leçons que je leur donne.

MADAME LEDOL'X. C'est bien vrai.

MADAME DURAXD. Embrassons-nous, ma sœur.

(Elles s'embrassent.)

M. VERMONT (à part). Je ne croyais pas qu'elles s'aimassent autant. (Haut.) Mesdames, je suis obligé de vous quitter; nous ne nous reverrons peut-être qu'en assemblée. Je vous recommande bien d'apporter dans cette affaire toute la conciliation dont vous êtes capables ; de penser surtout que ce sont nos enfants que nous allons juger, et qu'il faut si bien nous y prendre que nous n'en entendions plus parler.

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