‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 164 sur 382 · SCÈNE IH · texte numérisé non relu

SCÈNE IH

MADAME DURAND. Quel litre de noblesse ! Comment veut-on qu'une jeune personne se conduise bien, lorsqu'un père a la sottise de lui donner une semblable belle-mère?

MADAME LEDOL'x. Quanl à cel.1, la pelile avait do bons commencements. Vous vous rappelez comme moi les lettres que l'on a interceptées à son couvent. 11 est vrai qu'il y a un àgc où l'on ne sait guère la conséquence des choses; mais faire faire une fausse clef, consentir à être enlevée, cela passe la permission.

MADAME DURAND. Elle n'était pos mariée alors, et je suis fie fort bonne composition pour les filles et pour les veuves; mais quand on est en puissance de mari, ma sœur!

MADAME LEDOUX. Eh bien ! ma sœur?

MADAME DURAND. C'est très-uiiïérenf .

MADAME LEDOUX. Oui, ma sœuf.

MADAME DURAND. Ah! que je la félicite d'être tombée à un homme comme le sien, un vrai nigaud qui n'a rien vu qu'on ne l'ait forcé de voir; et de n'avoir pas eu affaire à feu monsieur Durand, par exemple! Vous vous rappelez quel homme terrible c'était de son vivant?

MADAME LEDOUX. Et comme vous avez souffert avec lui 1

MADAME DURANT). Point, ma sœur. Je me plaignais parce qu'il faut toujours qu'une femme se plaigne; mais je ne hais pas les hommes terribles, moi. Un mari comme notre neveu m'aurait fait pitié. C'est une poule qu'un homme comme cela.

M.u)AME LEDOUX. Tellement poule, qu'hier au soir encore il n'était pas très-éloigné de demander pardon à sa femme.

MADAME DURAND. Vous dites vrai?

MADAME LEDOL'X. Très-vrai. Vous concevez bien que je n'ai pas manqué d'arguments pour lui remontrer le tort qu'il se ferait.

MADAME DURAND. Jc le déshériterais s'il était capable d'une telle bassesse.

MADAME LEDOUX. Ma sœur, il est notre neveu.

MADAME DURAND. Il ne Serait plus digne de l'être.

MADAME LEDOL^. C'csl le scul rejetou de la famille.

MADAME DURANT). Peu m'importe. .le ne prétends pas que

ma fortune passe jamais aux enfants de la demoiselle Vermont.

MADAME LEDOUX. Cette idée-là n'est pas agréable, il faut en convenir. Mais, grâce au ciel, elle n'en a pas encore.

MADAME DURAND. Et s'ils venaient à se rapprocher?

MADAME LEDOUX. Alî ! los rapprochements sont perfides.

MADAME DURAND. Je VOUS répète, ma sœur, que je le déshériterais.

MADAME LEDOUX. Et moi aussi. Je ne suis pas méchante, mais je crois que je le déshériterais.

MADAME DURAND. J'ai mou filleul Coco qui est un sujet charmant; je lui donnerais tout mon bien.

MADAME LEDOUX. Je laisserais le mien à mes deux petits orphelins.

MADAME DURAND. Rien n'est sot comme de penser qu'on doive sa fortune à un homme parce qu'il est votre neveu.

MADAiME LEDOUX. Surtùut lorsque vos affections se sont dirigées d'un autre côté ; car ce n'est pas toujours le sang qui dirige les affections. N'êles-vous pas de mon avis, ma sœur?

MADAME DURAND. Très-fort, ma sœur.

MADAME LEDOUX. C'était aussi le sentiment de ce bon monsieur Ledoux. Il ne voyait personne de sa famille.

MADAME DURAND. Il avait pris le bon parti.

MADAME LEDOUX. Un parent l'aurait fait fuir à cent lieues.

MADAME DURAND. Cela ne m'étonne pas.

MADAME LEDOUX. Il n'a fait un testament en ma faveur que par haine contre ses héritiers.

Madame durand. Ah! si l'on n'était pas retenu par je ne sais quoi

madame LEDOUX. Si le monde n'était pas si malin!

madame DURAND. Je VOUS assure que Coco, mon filleul , ne craindrait pas la misère.

MADAME LEDOUX. Mes dcux orphclins pourraient en adopter d'autres à leur tour.

MADAME DURAND. Il faut prendre une résolution, ma sœur.

MADAME LEDOUX. Faites, et je vous imiterai.

MADAME DURAND. On en dira ce qu'on voudra.

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